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DOSSIER SUR L' HUMANITAIRE

L'aide humanitaire est une façon d'aider par le biais de la solidarité (en donnant du temps) ou de la charité (en donnant de l'argent), au bénéfice de populations précaires du globe.

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DOSSIER ONG

Des empires à L'Empire.

On ne peut pas attribuer à toutes les ONG les mêmes intentions, mais certains emblèmes de la solidarité internationale servent manifestement d'autres intérêts que ceux auxquels ils prétendent. Bien avant que le Congo devienne un des fonds de commerce des soi-disant défenseurs des droits de l'homme, il fut déjà l'objet du combat d'un des tous premiers organismes humanitaires. Cet organisme est né au début du XXème siècle, soit précisément au croisement des dynamiques coloniales qui précédèrent la chute des Empires. En Afrique, l'Empire Britannique apparaissait alors comme l'Empire le plus important, notamment avec le Nigeria qui comptait plus de 15 millions d'habitants, mais aussi grâce au libre-échange, dont ils étaient alors les champions. Cependant, l'industrialisation naissante des nations occidentales entraîna une compétition acharnée pour le contrôle des ressources et des marchés. Cette réalité historique fut à l'origine de la régression de l'Empire Britannique, dont la part de marché mondial passa du quart en 1880 au sixième en 1913. A cette époque, l'industrie automobile se développe considérablement, une aubaine pour le roi de Belgique Léopold II, dont un des avantages providentiels est le caoutchouc importé du Congo. Ce dernier trouve donc un moyen efficace de rentabiliser sa colonie personnelle : y faire travailler de force les Congolais, alors traités de façon horrible et inhumaine, afin de collecter un maximum de caoutchouc[1]. Edmund Dene Morel, qui n'est alors qu'un simple journaliste britannique, se rend au Congo dès la fin du XIXème siècle. Après avoir salué l'œuvre du Roi Léopold II au Congo, il s'investit subitement dans la critique de son colonialisme : il est indigné par les conditions de vie des Congolais, ainsi que par l'exploitation de leurs ressources. Le combat initié par Morel prend vite de l'ampleur au sein de la communauté anglophone et européenne grâce à son journal le West African Mail. Puis, en 1904, il fonde la Congo Reform Association, qui militera en faveur d'un retrait belge du Congo et qui aura pour ambition d'y faire cesser les atrocités.

Il y avait un intérêt stratégique pour l'Empire Britannique - conduit par les perspectives de Ceci Rhodes, [2] - à déstabiliser le Congo du Roi Léopold II. Ce territoire, convoité par la Grande Bretagne, permettait de faire le lien entre le Cap et le Caire, tout en interdisant la jonction des colonies australes portugaises entre elles. Idem pour les colonies allemandes. En outre, Morel était considéré comme l'agent des « Marchands de Liverpool »[3], groupe dont l'activité était alors nettement précarisée par le Congo et qui n'aurait rien eu contre sa ruine. Il est difficile de dire si l'action humanitaire de Morel, soutenue par l'Empire Britannique, avait pour objectif de simplement déstabiliser le Congo de Léopold et d'en imposer l'annexion à l'Etat Belge – ce qui devint officiel le 13 Décembre 1906, sous la pression de la communauté européenne et américaine, incitée par les démarches de Morel - ou si une vision plus profonde animait ces démarches. Toujours est-il que la ligne de chemin de fer, voulue par Cecil Rhodes, fut construite dés 1906 et inaugurée en 1911. L'usage de moyens dévoyés afin de perpétuer l'extension de l'Empire Britannique en Afrique ne fait aucun doute, même si la démarche de Morel peut paraître sincère. La grande dépression des années 30 précipitera le déclin économique du grand Empire Britannique, et la partition des Indes, en 1947, y mettra définitivement fin. Parallèlement, la création des Nations Unies et la fin de la Seconde Guerre Mondiale conduisirent à deux faits essentiels : les proclamations d'indépendance de nombreuses nations et la fin des grands empires coloniaux. Par conséquent, on assiste déjà à l'émergence d'un monde aux ambitions unipolaires, bien qu'à l'aube de la Guerre Froide tout ceci n'est encore que virtuel. Dans la foulée, les Nations Unies officialisent l'expression et le sigle « ONG » dés 1945, puis elles créent en 1948 le département économique et social des Nations Unies. Celui-ci est chargé d'encadrer la participation des ONG aux sommets, en accréditant celles qui y interviendront. Elles sont au nombre de 41 en 1948 et elles sont aujourd'hui plus de 3000. D'autres organismes interétatiques formaliseront, par la suite, leur relation avec les ONG, d'abord l'OCDE, puis l'OTAN, l'OMC, etc. De nos jours, 42 ONG, défendant officiellement la population et les intérêts congolais, sont accréditées au Conseil économique et social des Nations Unies. On y trouve notamment l'AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme), qui est affiliée à la LDH (Ligue des Droits de l'Homme). L'AEDH fait, en outre, partie des 37 ONG financées par le NED (National Endowment for Democracy) au Congo et elle a reçu 35000$ de sa part cette année. Le NED a été crée par Donal Reagan afin de poursuivre les actions secrètes de la CIA. Cette association est, officiellement, un des principaux organismes humanitaires dépendant du Département d'État Américain par l'intermédiaire d'USAID5. La majorité des 37 ONG financées par le NED au Congo est également accréditée par le Conseil économique et social des Nations Unies. Autrement dit, l'hégémonie américaine au sein des Nations Unies est déployée dans tous les domaines et l'humanitaire n'y échappe pas. L'exemple de la Congo Reform Association de Morel (devenue depuis le Congo Reform Network, qui est également accrédité au Conseil économique et social des Nations Unies) montre que ce phénomène est ancien, et que les ONG ont été, dès le départ, des outils des Empires. Quelles seront, sur le long terme, les conséquences de leur institutionnalisation, initiée par les Nations Unies en 1948 ?

1 - Les Fantômes du Roi Léopold – Adam Hochschild -2007

2 - La décomposition des nations européennes : De l'union euro-Atlantique à l'Etat mondial – Pierre Hillard - 2010

3 Histoire générale du Congo, de l'héritage ancien à la République Démocratique - Isidore Ndaywelè Nziem – 1998

4 « Organisations non ( ?) gouvernementales », par Thibault Le Texier, La Lettre du Forum de Delphes, novembre 2007.

La société civile : Institutionnalisation ou normalisation ?

Depuis leur reconnaissance par les Nations Unies en 1948, la place occupée par les ONG, aussi bien sur le plan médiatique que dans l'inconscient collectif, induit une méconnaissance des véritables enjeux qu'elles soulèvent. Par ailleurs, le statut juridique et associatif des ONG, doit inviter à une véritable réflexion de fond quant au rôle majeur qu'elles jouent dans la prise de décisions internationales. Les ONG prétendent notamment instruire une forme de contre-pouvoir, qu'elles exerceraient via un dialogue continu avec les forces politiques et économiques. Face à la violence de la mondialisation et ses conséquences désastreuses, la solidarité internationale ne peut naturellement que jouir d'une image collectivement perçue comme positive. Mais, de par leur collaboration avec différents systèmes de coopération internationale, elles sont de fait intégrées à la globalisation. Elles participent notamment aux sommets des Nations Unies, dont le fonctionnement repose sur une architecture plus que discutable. En effet, le Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Tribunal Pénal International sont contrôlés par les États-Unis et leurs alliés, grâce aux invraisemblables droits de véto dont ils disposent. Ceci permet l'accaparement de la guerre en l'excluant de tout débat démocratique, mais aussi de fixer les règles de sa légalité. Du point de vue de leur immersion dans ce système de domination onusienne, elles ne peuvent donc pas être considérées comme un contre-pouvoir mais plutôt comme un adjoint du pouvoir. Il est donc tout à fait logique, qu'en période de globalisation accrue, les ONG ne s'opposent pas aux principes légaux de l'organisation des Nations Unies. Bien au contraire, elles adoubent ces règles, tout en sachant qu'elles ordonnent inévitablement une politique internationale précarisée par l'hégémonie d'un monde unipolaire et conduit par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Avec plus de distance, il est évident que les Nations Unies tendent à imposer la globalisation, car sa propre survie en dépend, et réciproquement. Les différents organes qui les composent sont donc spontanément amenés à s'ajuster. De la même manière, on pourrait penser, au premier abord, que la surreprésentation de la société civile et sa prétention à une reconnaissance de plus en plus accrue, aboutirent à son auto-institutionnalisation : Une sorte de réalité indubitable lui ayant permis de "forcer" son intégration au sein des institutions politiques, et dont elle aurait été unilatéralement responsable. Mais en réalité, il ne s'agit que d'ajustements croissants au sein d'un système, ce dernier cooptant ses différents représentants afin d'entretenir une progression illimitée de la globalisation.1 En ce qui concerne le caractère apolitique des ONG, et leur exclusion du cadre constitutionnel, elles sont en effet en-dehors des procédés de gouvernements traditionnels : Elles ne sont ni élues, ni théoriquement affiliées à des orientations politiques. Pourtant, elles ont la capacité de pousser leurs idées, et les préconisations qui en découlent lors des sommets internationaux. Cette particularité entraîne une imprécision, aussi bien concernant leur objectif, que leur constitution. En effet, le Conseil Economique et Social des Nations Unies, qui est chargé d'accréditer les OSC (Organismes de la Société Civile) par l'intermédiaire du Département des ONG, met sur le même plan des organismes qui n'ont officiellement pas les mêmes objectifs. On y trouve aussi bien la Fondation Ford (qui est un paravent de la CIA) ; des associations dites citoyennes comme ATTAC ; des ONG de solidarité internationale comme Action Contre la Faim ; des syndicats patronaux comme la Business Roundtable2 ; des instituts et think-tanks comme le Club de Rome ; etc. Cette extension du sens communément accepté des ONG, jette un flou considérable sur leurs objectifs : tantôt venir en aide à des populations et proposer des régulations de l'économie mondialisée (ce qui est le cas d'Action Contre la Faim et d'ATTAC) ; tantôt représenter cette même économie et/ou servir les intérêts d'un ou de plusieurs États (Ce que font la Fondation Ford, la Business Roundtable et le Club de Rome).

Lors du récent sommet de Copenhague, nous avons pu assister à l'explosion du nombre des ONG, et à une avancée considérable de leur capacité à faire connaître leur(s) opinion(s). Comme dans le cas des Nations Unies, aucune d'entre-elles n'a critiqué le fond de ce sommet, alors qu'il ne repose ni sur un consensus scientifique international, ni sur une véritable coopération des Nations. Ce sommet, avait simplement pour objectif d'aboutir à de nouvelles règles "écologiques" internationales, voire mondiales, et cela afin de contenir le développement industriel des pays émergents qui seront les puissances de demain. En particulier celui de la Chine, Nation que les États-Unis ne souhaitent pas voir défier leur hégémonie en plein essoufflement. Là où les ONG furent donc "utiles" c'est dans leur soutien indéfectible à la tenue de ce sommet et dans le travail effectué en amont et visant à définir les perspectives énergétiques d'avenir. Perspectives qui envisagent ouvertement la création d'un ministère mondial de l'écologie. "L'échec de Copenhague" - pour reprendre l'expression d'une grande partie de la société civile -, n'est donc que virtuel de ce point de vue. De plus, depuis la fin du sommet, de grandes opérations, dont les conséquences seront semblables à celles attendues au sommet de Copenhague, ont été lancées. C'est notamment le cas de la Robin Hood Tax, initiative poussée, entres autres, par Georges Soros et Warren Buffet. Son objectif est la mise en place d'une taxe sur les transactions bancaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce projet est soutenu par les centaines d'ONG qui déclaraient quelques semaines auparavant qu'elles avaient assistées au naufrage de la cause écologique lors d'un sommet qui n'avait mené à rien de concret. Mais surtout, cette idée, si elle aboutit, entraînera forcément une aggravation de la globalisation via les règles qu'elle fixera unilatéralement. Pourtant, la réalité industrielle est différente pour chaque état, en particulier pour les Pays émergents dont le développement repose en grande partie sur leur capacité à déployer un arsenal industriel. Mais selon les règles que veulent imposer le G20 et ses ONG alliées, ceci provoquerait des émissions de C02, ce qui n'est évidemment pas acceptable, et cela bien que le socle scientifique de la théorie du GIEC soit présentement encore à l'état spéculatif.

Le point de ralliement des ONG au système de domination, est donc contenu dans sa composante la plus essentielle : l'uni-polarité. Par conséquent, et afin d'exporter les règles et principes du système de domination mondiale, les ONG tout comme le marché, se doivent d'être transnationales ou internationales. Elles disposent de bureaux dans l'extrême majorité des Nations du monde et elles font remonter leurs travaux, études et expertises auprès des véritables architectes de la globalisation dont elles sont, de fait, un des principaux vecteurs. Elles ne font que s'aligner sur le système qui les chapeaute, et servent de porte-paroles à une opposition fantasmée par les médias vassaux de la globalisation. Elles ne sont donc ni un contre-pouvoir, ni un outil de régulation démocratique. Il ne s'agit pas simplement d'une institutionnalisation de l'apolitique mais surtout d'une normalisation des circuits du système de gouvernance mondiale. Comme l'écrivait Foucault : « la société civile, ce n'est pas une réalité première et immédiate […], c'est quelque chose qui fait partie de la technologie gouvernementale moderne" 3 ; C'est en effet le cas, mais quels sont ses objectifs à court et long terme ?

1 L'institutionnalisation de la société civile » - Thibault Le Texier – Janvier 2010 -

2 La Business Roundable a été fondée par de grands groupes économiques américains en 1972.

3 FOUCAULT Michel, Naissance de la Biopolitique, Cours au Collège de France, 1978-1979, Paris : Gallimard/Seuil, 2004, p.300

Relations franco-américaines

Les relations franco-américaines sont incontestablement un des vecteurs de la globalisation et un de ses verrous. En effet, la construction européenne, qui est le cheval de Troie de la gouvernance mondiale, n'aurait pas pu se parfaire sans la participation de la France. De plus, l'histoire de la France et les possibles alliances stratégiques qu'elle pourrait initier sur la scène internationale, imposent sa neutralisation. Cette mise en quarantaine, nécessaire pour le processus globalisant, fut exponentielle depuis l'avancée manifeste de son intégration dans l'Europe. Les Etats-Unis, quant à eux, ont incorporés une dimension humanitaire à toute entreprise expansionniste depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec le Plan Marshall. Cette stratégie leur permit de traiter les conséquences de leurs actions militaires, tout en produisant un tas de bénéfices médiatiques et politiques. C'est pourquoi, les relations franco-américaines d'après-guerre révèlent un flagrant ajustement de certaines ONG avec les volontés expansionnistes des Etats-Unis. Par conséquent et dans ce cadre précis, il est avant tout question des réactions étatsuniennes à la politique extérieure de la France et de l'accélération de son intégration dans le processus européen. Dans le cadre du Plan Marshall, outre la contribution financière à la reconstruction de l'Europe, une ONG avait alors été créée : CARE1, qui deviendra plus tard CARE International. Des colis alimentaires furent gracieusement distribués par l'ONG dans les pays européens dévastés par la guerre. En France, les fonds du Plan Marshall furent administrés par le Commissariat Général au Plan, où officiait Jean Guyot qui en était chargé. Puis, il occupa le poste de directeur financier de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) - l'ancêtre de l'Union Européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui – sous la direction Jean Monnet. Ce dernier en démissionna en 1954 pour prendre la tête du Comité d'Action pour les États-Unis d'Europe. Jean Guyot entra ensuite à la banque Lazard dont il fut associé-gérant pendant près de 50 ans et où il participa à la renommée internationale de la banque. En 1983, il crée le bureau français de l'ONG Care, qui est actuellement présidée par Arielle de Rothschild.

Les États-Unis avaient donc affirmé, dés la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un besoin de camoufler leurs ambitions impériales, en employant des moyens subversifs. Cette nécessité se fit de plus en plus grande pendant la Guerre Froide, ce qui les incita à poursuivre dans cette voie insidieuse. Jusqu'en 1969, Charles De Gaulle est au pouvoir et résiste aux pressions américaines en refusant tant qu'il peut la construction d'une Europe inféodée aux intérêts américains. Il ira même jusqu'à proposer à Willy Brandt le développement d'un projet européen alternatif à celui attendu du côté étasunien. Au lendemain de la chute de Charles De Gaulle, la France est alors à la fois dans l'orbite des États-Unis et dans l'incapacité de répondre à leurs tentatives de cooptations. La porte est donc entièrement ouverte, ce qui permit à certains personnages de collaborer étroitement avec les États-Unis. Afin de coaliser l'opinion publique et les forces politico-économiques en faveur d'une construction européenne américano-centrée, ces derniers créent de nombreux think-tanks, ONG, qui de plus, assurent le bon fonctionnement des relations franco-américaines.

  • La Fondation Franco-américaine, qui fut officialisée en 1976 par le président Ford et son homologue français Valérie Giscard-d'Estaing, en est l'icône la plus limpide. Elle œuvre ouvertement pour "enrichir les relations franco-américaines et encourager un dialogue actif entre les deux nations". 2C'est notamment grâce au soutien de Thierry de Montbrial 3et Jean Louis Gergorin, que la création du bureau français de cette fondation fut possible. Elle est aujourd'hui financée par la Banque Lazard : un des architectes - sinon l'architecte principal - des relations franco-américaines d'après-guerre. Pour saluer son engagement, Michel-David Weill recevra le prix Benjamin Franklyn de la Fondation Franco Américaine en 2003, prix qui récompense "une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l'amélioration des relations entre la France et les États-Unis » - on ne peut faire plus clair.

  • Michel David Weill a régné en grand patron de Lazard de 1970 à 2001, période pendant laquelle il signa le chèque permettant la création du bureau américain de l'ONG française Action Contre la Faim. Cette association humanitaire a été fondée en 1979 sous le nom d'AICF (Action Internationale Contre la Faim) par un groupe d'intellectuels français. Parmi les plus actifs, on y trouve : Jacques Attali, Bernard Henri-Lévy ; Guy Sorman (qui entrera en tant que Young leader4 de la fondation franco-américaine trois ans plus tard) ; Marc Ullmann (qui officia sous la direction de Jean Monnet à la CECA avant d'entrer au CSIS5 sous la direction d'Henry Kissinger) ; Marek Halter (qui fondera ensuite SOS Racisme avec Bernard Henry Lévy et avec qui il se rendit en Afghanistan en 1980 pour le compte d'AICF). AICF fut donc fondée par un groupe d'individus qui ont avalisé la politique américaine pendant, et au delà de la Guerre Froide. Concernant les actions menées par l'association, elle poursuit visiblement dés sa fondation la défense des intérêts américains. Elle se rend par exemple en 1980 à la frontière afghano-pakistanaise où l'ISI recrute les combattants afghans pour le compte de la CIA. La guerre sale imaginée par Zbigniew Brzezinski et qui consiste à offrir à l'armée soviétique sa "Guerre du Vietnam" en attirant les russes dans le bourbier afghan, provoquera la mort de près d'un million d'afghans. Mais le discours médiatique d'Action Contre la Faim permet d'en minimiser les conséquences, et au passage d'édulcorer une Guerre qui n'est que peu froide dans certaines contrées. Par ailleurs, il s'agissait évidemment de soutenir la doctrine de guerre américaine qui consistait à présenter la situation de la manière la plus subversive possible. Comme le rappelait d'ailleurs Olivier Roy, un membre du fameux groupe d'intellectuels français fondateur d'AICF en 1979, dans une interview récente : « En août 1980, je forçais avec un âne et quelques porteurs le blocus russe en Afghanistan pour faire passer une aide humanitaire dérisoire. L'opération Caravanes pour l'Afghanistan ». Une opération qui avait été organisée par Bernard Henri Lévy, lui même un des fondateurs d'AICF en 1979. Depuis, les missions de l'association suivent les ambitions impériales américaines : Afghanistan, Cambodge, Soudan, etc. Plus récemment, Airbus et EADS ont mis des avions à disposition d'Action Contre la Faim lors du séisme en Haïti en Janvier 2010. EADS est un des principaux soutiens financier de la Fondation Franco-Américaine et son ex vice-président n'est autre que Jean Louis Gergorin. L'action soi-disant humanitaire, mais en réalité impérialiste des Etats-Unis lors du séisme en Haïti était donc vraisemblablement appuyé en France par ses canaux traditionnels que sont la Fondation Franco-américaine et Action Contre la Faim.

L'humanitaire mis au service des États-Unis est constamment renouvelé en fonction des stratégies du département d'état, utilisant pour ce faire des fondations et instituts, qui mettent sur pied de nouvelles initiatives. C'est, par exemple, le cas du "Plan Marshall Global", lancé par Al Gore en 2003, et qui reprend en partie le nom de son ancêtre : Le Plan Marshall de la Seconde Guerre Mondiale. La fondation instigatrice du projet fut accrédité en tant qu'ONG par le Département des ONG des Nations Unies dés son année de création. La solidarité internationale américaine, au delà de représenter un intérêt géopolitique, est historiquement inscrite dans la conception sociétale américaine.C'est pourquoi, une étude complète de ces mécanismes est complexe, tant le terrain est vaste. Mais ces pratiques, notamment les collaborations entre le domaine commercial et caritatif comme dans le cas d'EADS et d'Action Contre la Faim, se multiplient et se modernisent, jusqu'à créer de nouveaux secteurs d'activité.

1 Care est l'acronyme de "Comitee for American Relief Everywhere-,

2 Pierre Hillard ; La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale ; François-Xavier de Guibert ; 2009

3 Thierry de Montbrial fait partie du comité directeur des Bilderberg Meetings depuis 1976, comme il l'indique sur son CV personnel. En 1979, il crée l'IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Les travaux de l'IFRI sont semblables à ceux de la Comission Trilatérale dont ils appliquent visiblement les consignes. L'IFRI publie une revue qui porte le nom « politique étrangère », soit une simple traduction du titre de la revue Foreign Affairs du Council of Foreign Relations (CFR)

4 Les Young Leaders sont sélectionnés après une sélection sévère parmi de jeunes dirigeants français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse "talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l'un ou l'autre pays".

5 Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington, D.C. est un cercle de réflexion et d'influence sur la politique étrangère américaine fondé en 1964 par l'amiral Arleigh Burke et l'histoiren David Manker Abshire. Il est en partie chargé d'élaborer la construction de l'axe Euro-atlantique.

De l'entrepreneuriat social à la gouvernance mondiale.

Il est de plus en plus courant d'entendre parler d'un "marché écologique et social", notamment depuis la création des forums sociaux mondiaux au début des années 90 puis la naissance du microcrédit. Désormais, cette volonté de création d'une économie prétendument "sociale et solidaire" se fait de plus en plus prégnante et ouvre les portes à diverses initiatives que l'on peut regrouper sous le nom d' “entrepreneuriat social". Ce domaine appelle à une étroite collaboration entre le domaine privé et les ONG qui sont par nature non-lucratives.1 De nombreuses multinationales font désormais appel à cette idée afin de poursuivre leurs ambitions mercantiles, voire expansionnistes. C'est notamment le cas de Danone qui dispose de son propre organisme d'entrepreneuriat social : Danone Communities et qui se présente ainsi : « Nous sommes un incubateur d'entreprises à vocation sociale, né à l'initiative du Pr. Muhammad Yunus 2 et du groupe Danone. Notre mission est de promouvoir, accompagner et financer des social businesses, répondant à des questions de malnutrition et de pauvreté ». La frontière entre le commercial et l'humanitaire n'existe donc plus, puisque ces deux domaines, en principe opposés, fusionnent selon toute vraisemblance au profit du capitalisme mondialisé. Dans la même veine, le Plan Marshall Global, qui reprend le nom de son ancêtre, cité plus haut, aspire à la « création d'une économie de marché écologique et sociale à l'échelle mondiale ». Une initiative, à laquelle s'est d'ailleurs associée Susan George, la porte parole d'ATTAC et d'une grande partie du mouvement altermondialiste. Le microcrédit quant à lui est un principe relativement simple : un organisme de microcrédit s'adresse à des personnes dans le besoin. Il leur propose la mise à disposition d'un moyen financier afin de mettre en œuvre une activité professionnelle et permet ainsi d'assurer leur survie. Il s'agit d'un système de crédit classique avec un taux d'intérêt ; soit une pratique fortement semblable à celles des banques privées d'investissement, auxquelles elle est d'ailleurs affiliée. Une des plus grandes ONG de microcrédit au monde vit le jour suite à un discours de Jacques Attali à L'Aspen Institute3 en 1997. Il y lança l'idée d'une grande ONG qui regrouperait les organismes de microcrédit. Un an plus tard, et grâce à l'appui de Michel Rocard, Muhamed Yunus et de Massimo Ponzellini3, il créé l'ONG Planet Finance. Le conseil d'honneur de l'organisme abrite une liste impressionnante de personnalités : on y retrouve l'ex président de la branche américaine de Lazard : Felix Rohatyn ; Guillaume Sarkozy ; Bernard Kouchner ; Michel-David Weill, le grand patron de Lazard ; Rachida Dati 4. Par ailleurs, son principal conseiller est Christophe Guillemin, l'actuel directeur général de la Fondation Franco-Américaine. Au regard des liens entre Planet Finance et la sphère bancaire, ainsi que de la perspective transnationale qui anime ses ambitions, il convient de considérer son activité de microcrédit comme un simple moyen d'exporter le système de la dette. Un mécanisme qui vise en premier lieu les pays en voie de développement, alors que l'activité humaine y est déjà nettement précarisée par les programmes d'ajustements structurels prodigués par le FMI et la Banque Mondiale. En dehors de ces étroites collaborations entre le domaine commercial privé et celui de la solidarité internationale, il s'agit également d'imposer une nouvelle source de normativité. Les ONG deviennent des outils d'expertise, qui remplacent petit à petit le cadre traditionnel du droit. C'est par exemple le cas de Médecins du Monde, qui en 2007, a remis un rapport sur la situation d'Areva au Niger. Un rapport qui n'était pas le fruit d'une enquête sur l'exploitation des mines nigériennes et des conditions de travail des employés locaux d'Areva, mais celui d'un partenariat officiel entre Médecins du Monde et Areva. Dans ce cas précis, il s'agit donc de substituer au respect du droit du travail nigérien, l'expertise d'une ONG qui n'a aucun mandat, ni aucune compétence reconnue dans ce domaine. Avec le temps, il est incontestable que cette négation du droit conduira à l'émergence de nouvelles issues de procédures non législatives. Or les normes existantes reposent avant tout sur des principes juridiques et politiques, propres à l'Etat de droit, alors que la vision empruntée par les ONG se fonde sur l'expertise – qui est une notion subjective et malléable. De plus, leurs ambitions sont transnationales et dépassent donc toutes les résistances étatiques et souveraines existantes. De fait, elles poursuivent nécessairement l'objectif d'une gouvernance mondiale, au sein de laquelle elles pourraient remplacer à la fois le droit et la démocratie, soit ce qui constitue la base des nations souveraines. C'est ce que constatait Jacques Attali, lors d'une Tribune à l'ONU en 2004 par ces mots : « Les ONG peuvent donner un sens à la mondialisation, qui n'est souvent, sans elles, que l'internationale des marchés et des guerres. Ces organisations portent aujourd'hui les idées de gouvernement mondial, de fraternité, de droits des générations futures, d'équité sociale, le droit des femmes et des minorités. Les ONG donnent un sens à la démocratie, qui n'est souvent, sans elles, qu'une mascarade d'élections, sans enracinement durable dans les peuples. Elles portent d'ailleurs aujourd'hui les combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d'expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement. »5

1 Quel avenir pour les ONG la nouvelle gouvernance mondiale ? – IRIS- Sous la direction de Handicap International ; 2008

2 Muhammad Yunus est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres »

3 L'institut Aspen est un cercle de réflexion et d'influence international à but non lucratif fondé en 1950 à Aspen dans le Colorado aux États-Unis dédié au « commandement éclairé, l'appréciation d'idées et valeur éternelles, un dialogue ouvert sur des thèmes actuels ». Son orientation en politique étrangère est d'inspiration atlantiste.

4 Elle avait auparavant officiée avec Jacques Attali à la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement)

5 Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG ; 2004



L'expression "société civile" est récemment apparue comme l'appellation sous laquelle les ONG se présentent. Pour l'UNESCO. La société civile est « le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l'État ». En théorie, la société civile se place donc en dehors du cadre étatique, mais aussi du cadre commercial, ce qui est largement discutable. Du point de vue sémantique et selon la définition du dictionnaire de la langue française, est "civil", ce qui concerne l'ensemble des citoyens. Ce terme provient en grande partie du droit, et donc de la reconnaissance du droit civique des citoyens, son application garantissant le bon fonctionnement de ses propres principes fondateurs dans une République.

Pourtant, la réalité de la société civile est largement en désaccord avec toutes les formes de représentations traditionnelles. Il ne s'agit ni d'une forme de démocratie élective, ni d'une forme de démocratie participative, puisque son fonctionnement s'exclut du cadre général et donc "civil" auquel il prétend. Il serait donc plus convenable de considérer la société civile comme un type de néo-lobby qui exprime des intérêts particuliers et non comme une médiation démocratique qui aurait pour objectif d'assurer le bien commun. De plus, l'indétermination sociale de la "société civile", du fait de l'ignorance de sa provenance et de ses affiliations avec la sphère politique et économique, en fait un outil de manipulation en faveur de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. Par conséquent, cet outil permet à ce système aux ambitions hégémoniques de manœuvrer. Ces manœuvres sont en effet nettement plus aisées lorsque l'unique garant des souverainetés populaires a été déterminé par un groupe non élu, voire autoproclamé. C'est ce que proposent deux projets différents dans la forme, mais dont le fond est parfaitement identique :
  • Le premier est la Campagne pour la Création d'Une Assemblée Parlementaires des Nations Unies (UNPA) qui est notamment soutenue par Susan George. Sur le long terme, cette campagne souhaiterait créer une assemblée parlementaire mondiale, à laquelle participeraient des délégués issus des parlements nationaux, voire régionaux, « reflétant ainsi la diversité politique de ces derniers ». Cette initiative ne remet aucunement en cause l'existence du Conseil de Sécurité, ni des institutions de Bretton Woods, auxquels elle souhaite simplement proposer des « solutions novatrices ». Elle aspire donc à une simpliste immersion de délégués nationaux et régionaux au sein du système onusien. Or, c'est précisément ce système qui encadre, au moins d'un point de vue économique et militaire, l'extinction des souverainetés populaires. De plus, les processus de balkanisation, notamment en Europe avec l'euro-régionalisme, ont une double intention : premièrement, procéder à l'éclatement des Nations, en particulier en créant une confusion identitaire dans des régions historiquement sujettes à des revendications autonomistes. Deuxièmement, déléguer les responsabilités régionales à des structures supra étatiques telles que l'Union Européenne, soit au sein d'entités politiques souhaitant l'extinction des Nations. 1Et cela au profit d'une commission européenne autocrate et de ses futurs organismes vassaux. Les 27 commissaires de l'UE ne sont pas élus, mais nommés pour conduire politiquement une commission indépendante des gouvernements nationaux. Cette nomination leur procure un mandat de représentants et de défenseurs des intérêts de l'UE dans son ensemble. Il s'agit donc pour l'UNPA d'intégrer un édifice qui exclut les Nations à tout prix de son fonctionnement, et qui de plus impose la délégation des pouvoirs régionaux au profit d'autorités supranationales non démocratiques. Autrement dit, l'UNPA ne souhaite que s'accorder sur le système Onusien, en créant des liens plus directs entre les Nations Unies et des autorités régionales et nationales affaiblies ou soumises à une, ou des, autorité(s) supranationale(s). Le bénéfice de ces relations ne peut donc qu'être arbitraire, et ne peut en aucun cas favoriser une meilleure représentativité des souverainetés populaires et nationales. Ce projet étant peu favorable à un sursaut des Nations et des souverainetés, l'UNPA ne peut que s'en remettre à la société civile, qui doit, selon elle, « exhorter les nations à soutenir ce projet. »
  • Le deuxième projet, nettement plus radical, est le COPAM (Comité pour un Parlement Mondial). Il a rejoint le réseau de l'UNPA en Mai 2009 et son représentant Olivier Giscard d'Estaing avait alors déclaré : "Nous avons donc le plaisir de joindre ce réseau. Quant aux détails de la proposition, je voulais mettre en évidence que selon notre point de vue, les futurs délégués d'une assemblée parlementaire mondiale, pourraient initialement être nommés par les Parlements nationaux. Cependant, nous croyons que les délégués ne devraient pas nécessairement être eux-mêmes des députés élus. Le cumul du mandat mondial avec un autre mandat parlementaire au niveau national serait à l'inconvénient du premier ». Dans ce cas, il s'agit ouvertement d'émettre, et de défendre l'hypothèse d'un système politique semblable à celui de la commission européenne : un parlement mondial, dont les représentants ne sont pas des élus. Ces deux exemples montrent qu'il existe un véritable risque dans la formulation de la société civile. Elle ne peut aboutir qu'à la privatisation de la démocratie et de l'expression des souverainetés. Car, ces dérives n'en sont pas, il s'agit d'une harmonisation croissante, et parfois surprenante, de la société civile et d'une globalisation autoritaire aussi bien dans ses principes économiques et militaires, que politiques. L'Union Européenne peut y apparaître comme le prototype de structure supra étatique dont la conception est la plus autocrate. De plus, l'Office d'Aide Humanitaire de la Commission Européenne (ECHO) est donc entre les mains d'une commission non élue. Cet office poursuit donc les mêmes objectifs que la société civile, soit son exclusion de tout processus de représentation. C'est notamment la vision défendue par Benoît Miribel, l'actuel président D'Action Contre la Faim le 21 Octobre dernier lors de son intervention à la commission européenne en charge d'ECHO : « Nous tenons à l'indépendance d'ECHO, hors considérations d'ordre politique et de sécurité de l'UE et vous, vous tenez à la libre capacité d'intervention des ONG humanitaires européennes qui ont fait leurs preuves. Nous devons maintenant, ensemble, nous battre pour défendre les principes humanitaires auprès des Etats membres, et au delà ». Mais cette réalité trouvera nécessairement une limite qui est celle de la globalisation. La société civile ne pourra pousser le processus globalisant au-delà de ses propres limites, puisqu'elle est contenue dans ce processus et n'en est qu'un rouage aux ambitions particulières et bien définies. A l'inverse, l'objectif d'une gouvernance mondiale non étatique ne peut se passer de la société civile, et encore moins de ce qu'elle permet. Comme le dit Jacques Attali : « Les ONG vont être l'esquisse de l'amorce du gouvernement mondial, de la démocratie planétaire »2. Il est donc essentiel qu'elles se substituent aux souverainetés étatiques, qui sont par nature opposées à leur fusion au sein d'un gouvernement mondial. La société civile sera donc à l'avenir, un allié fondamental des perspectives mondialistes. Elle s'imposera grâce à une prétention toujours plus grossière de contre-pouvoir, jusqu'au point de rupture qui précipitera inévitablement son entière dissolution au sein d'une gouvernance mondiale totalitaire.

1 Minorités et régionalismes dans l'Europe Fédérale des Régions : Enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l'Europe ; Pierre Hillard ; 2004

2 Conversation d'avenirs ; Public Sénat ; « L'avenir des ONG » diffusé le 04/07/2008

Julien Teil
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FRANCE AFRIQUE LES DESSOUS DE L'AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT

France-Afrique. Qui aide vraiment qui ? Les dessous de l'aide publique au développement
Pour répondre à la question "Où vont les 8 milliards d'Aide Publique au Développement française ?", Survie édite un 4 pages de vulgarisation, qui décortique sa répartition, et ses ecueils... Ce document présente ensuite la vraie nature des flux financiers Nord Sud puis les revendications de Survie pour réformer le financement du développement, lutter contre la corruption et assainir la politique de la France en Afrique.
Survie est une association (loi 1901) qui mène des campagnes d'information et d'interpellation des citoyens et des élus pour une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud.
Elle fonde son action sur la légitimité qui incombe à chacun d'interpeller ses élus et d'exiger un contrôle réel des choix politiques dans tous les domaines.
Elle compte 1600 adhérents, plusieurs centaines de militants et une vingtaine de groupes locaux qui relaient ses campagnes dans toute la France.
L'engagement de Survie repose sur un constat :
Les problèmes de développement et la pauvreté dans les pays du Sud ont avant tout des causes politiques. C'est donc dans le champ politique qu'il convient d'agir.
http://survie-france.org/rubrique.php3?id_rubrique=95

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http://survie-france.org/IMG/pdf/4pagesAPDSURVIEv2.pdf

LE RECRUTEMENT D'ENFANTS DANS LES FORCES ARMEES

Prévenir le recrutement des enfants :
l'approche du CICR
http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/iwpList2/Home?OpenDocument

Le recrutement d'enfants dans les forces armées ou les groupes armés est source de constante préoccupation pour le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Ayant pour mandat de protéger et d'assister les personnes touchées par les conflits armés et de promouvoir le respect du droit international humanitaire, le CICR a un rôle particulier à jouer concernant la prévention de recrutement d'enfants. Le présent papier présente l'approche du CICR dans ce domaine. Cet article a été rédigé pour le "Refugee Survey Quarterly", No 4, 2008.
Le mode et la raison du recrutement des enfants-soldats sont des questions complexes et les réponses appropriées varient en fonction du contexte. En d'autres termes, il n'existe pas de réponse unique ou simple. Divers organismes peuvent et doivent participer à la lutte contre le recrutement des enfants, mais c'est aux États et aux groupes armés qu'incombe la principale responsabilité.
Pourquoi les enfants se retrouvent-ils dans les forces armées et les groupes armés ?

Les enfants rejoignent les forces armées étatiques ou les groupes armés non gouvernementaux pour une multitude de raisons. Leur recrutement peut être volontaire ou forcé. Ils peuvent être enlevés par des porteurs d'armes ou être forcés à s'enrôler d'une autre façon. Par conséquent, avant d'entrer dans les détails relatifs à la contribution du CICR dans la lutte contre ce phénomène, il convient d'examiner certaines des raisons les plus courantes de l'intégration des enfants aux forces combattantes.
Il est évident que la guerre elle-même est le facteur le plus fondamental de la participation des enfants à la guerre[1]. Il est plus facile pour les enfants de s'enrôler dans les forces armées ou les groupes armés si la guerre vient à eux, que si elle se déroule à des milliers de kilomètres. Cependant, l'enrôlement volontaire de jeunes adolescents en temps de paix montre que l'existence d'une guerre à proximité n'est pas une condition préalable au recrutement des jeunes. Par ailleurs, les raisons les plus fréquemment invoquées par les enfants pour expliquer leur enrôlement dans un groupe armé ou dans des forces armées sont (dans le désordre) :

    Premièrement, la pauvreté[2]. En fait, la caractéristique commune la plus courante des enfants-soldats est leur pauvreté. Quand une guerre éclate et que la société s'effondre, les possibilités de générer un revenu stable diminuent. Souvent, le seul moyen de survivre économiquement est de rejoindre l'armée ou un groupe armé. Les soldats manquent rarement de nourriture et ils reçoivent généralement une sorte de salaire, même irrégulièrement.

    Puis il y a la sécurité. De nombreux enfants rejoignent les forces armées ou des groupes armés parce qu'ils pensent qu'ils seront ainsi mieux protégés, selon l'idée que « si vous ne pouvez pas les vaincre, rejoignez-les »… ou leurs ennemis. Les enfants pensent souvent que s'ils font partie d'un corps armé, celui-ci ne les attaquera pas. Cependant, la façon dont ils seront traités une fois qu'ils l'auront intégré est une autre question, et il est possible qu'ils n'en aient pas eu conscience préalablement.

    L'accès à l'éducation peut jouer un rôle. Le « facteur éducatif » comprend de nombreux éléments : d'une part, le manque d'accès à l'éducation mène de nombreux jeunes à considérer que la formation militaire est leur seule possibilité d'apprendre. Si vous n'avez ni travail ni école où aller, l'option militaire peut paraître relativement attrayante. La qualité de l'éducation que l'enfant recevait dans le contexte civil joue également un rôle. Si un enfant va dans une école où l'éducation est de mauvaise qualité et où les enseignants ne respectent pas les droits et la dignité des enfants, ceux-ci peuvent partir par frustration. De plus, les écoles peuvent servir de terrain de recrutement : le lavage de cerveau des écoliers par des groupes influents est un phénomène que nous constatons bien trop souvent. Dans les cas extrêmes, des groupes armés, voire les forces armées, peuvent recruter les enfants de force, directement dans les écoles.

    La famille et les amis peuvent pousser les enfants dans un sens ou dans l'autre : les enfants qui ne sont pas entourés d'un réseau familial sont plus susceptibles de rejoindre des groupes armés ou les forces armées que ceux qui vivent dans une unité familiale qui fonctionne bien. En revanche, un environnement familial à problèmes peut inciter un enfant à s'enrôler pour échapper à cette situation. Les membres d'une famille peuvent en outre encourager les jeunes à rejoindre les forces armées ou un groupe armé pour défendre une cause. Enfin, lorsqu'un conflit dure depuis des décennies, les enfants des combattants se trouvent souvent dans les rangs des forces armées ou des groupes armés.

    L'identité de groupe et l'idéologie peuvent elles aussi jouer un rôle, car les jeunes peuvent très bien s'engager dans un parti politique qui exige leur participation aux combats. Certains enfants s'enrôlent parce qu'ils veulent défendre leur village, leur groupe ethnique ou des zones qui ont une grande valeur symbolique à leurs yeux. Le désir ou la pression poussant à faire partie d'un groupe pèse aussi dans la balance, tout comme la présence d'enfants plus âgés dans ces groupes, car ils constituent un fort « facteur d'attraction ».

  Et enfin, il y a la vengeance : de nombreux enfants deviennent soldats pour se venger, souvent après que leurs ennemis ont tué, maltraité ou pillé leur famille et leurs amis.

Les facteurs ci-dessus, qui sont généralement liés et cumulatifs, peuvent tous constituer une preuve du degré de volonté de l'enfant. Cependant, il convient de rester prudent face aux affirmations de recrutement volontaire, car l'enrôlement est rarement dû à la simple volonté de l'enfant. Au contraire, même l'enrôlement dit « volontaire » tend à être conditionné par des facteurs que l'enfant ne maîtrise pas. Et bien sûr, c'est aussi souvent le cas pour les adultes. La guerre entraîne une vulnérabilité – à la fois physique et financière. L'effondrement de la société provoque le chômage, la dislocation des familles, la perte de membres de sa famille, la fermeture des écoles et l'absence de perspectives. Quand l'enrôlement dans les forces combattantes est de loin l'option la plus attrayante, du moins en apparence, le pas est facile à faire. Mais ces enfants comprennent-ils vraiment dans quoi ils s'engagent ? Une fois qu'ils y sont, il est difficile d'en sortir.
Les enfants peuvent subir le recrutement forcé et parfois être contraints à s'enrôler. L'enlèvement d'enfants par l'Armée de résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) dans le nord de l'Ouganda est un exemple typique. Certains des enfants étaient peut-être volontaires, mais la plupart ont été enlevés pour servir dans la LRA.
Une force combattante peut très bien estimer que le recours aux enfants est essentiel à sa survie. En plus de participer activement aux combats, les enfants sont utilisés pour remplir des tâches d'appoint en tant que porteurs, espions, messagers, cuisiniers, etc. Dans certains contextes, ils servent souvent d'esclaves sexuels. Lorsqu'ils participent au combat, les enfants sont souvent plus disposés que les adultes à commettre des atrocités. Manquant de maturité, et fréquemment sous l'influence de drogues, ils ont souvent moins peur que les adultes, ne pensent pas toujours aux conséquences de leurs actes et peuvent involontairement violer les règles du droit international humanitaire. Spécialiste des Pays Africains de la Zone Franc Président du MLAN 

TRAVAIL HUMANITAIRE LA MENACE A CHANGE DE VISAGE

Travail humanitaire: la menace a changé de visage
Agnès Gruda


Quand des gens lui demandent ce qui lui cause des insomnies, Kevin McCourt répond sans réfléchir: «C'est la sécurité de mon personnel.»

Kevin McCourt dirige la section canadienne de l'organisation humanitaire CARE. «Nous sommes partout où ça va mal», résume-t-il.

Au fil des ans, CARE Canada a perdu des dizaines d'employés. En Somalie, au début des années 90. Au Rwanda, pendant le génocide.
Mais depuis quelque temps, la menace a changé de visage. «Il y a 20 ans, les employés risquaient leur vie parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Aujourd'hui, ils sont directement ciblés par les belligérants.»

Encore récemment, des employés de CARE Canada ont été menacés en Somalie. L'organisation humanitaire a fini par suspendre plusieurs projets dans ce pays. Elle ne pouvait plus garantir la sécurité de son personnel.
CARE n'est pas la seule. Avec 122 coopérants tués et 62 enlevés, les organisations humanitaires ont payé, en 2008, un lourd tribut à la violence.
C'était de loin la pire année pour les coopérants, affirme le Centre sur la coopération internationale, qui documente le phénomène depuis 13 ans.

En 1998, ce centre de recherche ne recensait que 27 attaques contre des humanitaires. L'an dernier, il y en eu plus de 155. Le risque d'enlèvement a augmenté de 350% depuis trois ans. Et les coopérants risquent désormais davantage de se faire tuer que... les soldats de l'ONU.

De plus en plus, ces attaques visent spécifiquement les organisations internationales et leurs employés étrangers, constate le Centre de coopération internationale. Pourquoi? En partie pour des raisons politiques. Et en partie par appât du gain.

Perte d'immunité

«Autrefois, les véhicules blancs avaient une certaine immunité. Plus maintenant», note Marion Turmine, directrice de projets pour Oxfam-Québec.

Cette immunité a été tellement écorchée que plusieurs ONG ont décidé de repeindre leurs véhicules en rouge ou en vert. Question de passer inaperçues...

Pourquoi donc ceux qui apportent de l'aide aux civils se trouvent-ils, désormais, dans la mire des groupes armés? En partie parce que les organisations humanitaires se livrent de plus en plus à une sorte de mélange de genres, en s'associant de trop près à des forces militaires, déplore Jerry Barr, du Conseil canadien pour la coopération internationale.

Du coup, les travailleurs humanitaires sont identifiés aux armées combattantes, déplore-t-il.

La forme même des conflits a changé, augmentant le risque pour les coopérants, dit Frédéric Sanchez, de la section canadienne de Médecins sans frontières. «Quand j'étais en Bosnie, pendant les guerres des Balkans, c'était plus simple: il y avait deux ou trois armées qui se battaient entre elles, et nous avions des interlocuteurs avec qui négocier», rappelle-t-il.

Aujourd'hui, les factions se multiplient, les conflits se fragmentent: un chef peut bien signer des accords de paix, il n'est pas certain qu'ils seront respectés au prochain poste de contrôle...

»Les yeux de l'Occident»

Au Darfour, la situation s'est détériorée abruptement le jour où la Cour pénale internationale a émis son mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Béchir. Ce dernier savait bien que les enquêteurs de La Haye s'étaient basés sur des rapports d'ONG qui documentent la situation sur le terrain. Pas étonnant que ces organisations soient désormais perçues comme «les yeux de l'Occident», dit Fabienne Hara, de l'International Crisis Group.

Mais souvent, les agresseurs sont aussi motivés par le simple appât du gain. «Le gouvernement soudanais a expulsé les ONG occidentales pour des raisons politiques. Peut-être vont-elles pouvoir retourner un jour au Darfour. Mais en attendant, qu'est-il arrivé à leur équipement et à leurs ordinateurs? Ils ont été volés, dit Mme Hara.

Résultat combiné de tous ces facteurs de risque: les organisations humanitaires se replient. Ces derniers temps, 12 projets majeurs ont dû être fermés dans six pays où la situation est devenue intenable pour les coopérants. Pour le grand malheur des civils.
Dure année pour les coopérants

260 travailleurs humanitaires ont été tués, enlevés ou blessés en 2008.

Incidents violents

> Nombre d'incidents violents en 1998: 27

> Nombre d'incidents violents en 2009: 155

Enlèvements
> Travailleurs humanitaires enlevés en 1998: 18
> Travailleurs humanitaires enlevés en 2008: 62

Assassinats
> Travailleurs humanitaires, locaux et étrangers, tués en 1998: 36
> Travailleurs humanitaires, locaux et étrangers, tués en 2008: 122 (dont 45 en Somalie, 33 en Afghanistan et 19 au Soudan)

Conséquences
> 12 projets humanitaires majeurs ont dû être interrompus dans un total de six pays en raison de l'insécurité
Source: Centre sur la coopération internationale (Center on International Cooperation)

REFORMER L'AIDE HUMANITAIRE

Afrique Renouveau, Vol. 19 #4 (Janvier 2006), page 6
Réformer l'aide humanitaire


L'ONU et les organismes de secours veulent renforcer et accélérer la livraison de vivres
Y a-t-il quelque chose qui ne va pas dans la façon dont la communauté internationale réagit aux famines, aux séismes et aux inondations? Demandez donc à Josephine Kachebe. Cette grand-mère de 83 ans de la communauté de Tiki Mwiinga, dans le sud de la Zambie, fait partie des quelque 12 millions d'habitants de l'Afrique australe qui ont désespérément besoin d'une aide alimentaire d'urgence, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). En juin 2005, le PAM a lancé un appel pour que la région reçoive suffisamment de vivres jusqu'à la moisson d'avril 2006.
Mais cinq mois de famine plus tard, cet objectif n'a été que très partiellement atteint. En novembre, Mme Kabeche a raconté aux inspecteurs du PAM que son seul repas ce jour-là avait été composé de cosses de graines récupérées, de noix sauvages et de racines d'arbre qu'elle avait mélangées avec des cendres dans un gruau amer. La veille, elle n'avait rien mangé. Si jamais les secours arrivent, ”ça sera trop tard pour moi. Je serai morte”, ajouta-t-elle.
Malheureusement, il faudra peut-être que Mme Kabeche et des milliers de ses amis et voisins meurent pour que la communauté internationale se décide à agir. Trop souvent, les donateurs ignorent les mises en garde jusqu'à ce que des images de famine soient diffusées sur les écrans de télévision, a affirmé en août James Morris, Directeur exécutif du PAM, devant un public américain. Ce n'est qu'à ce moment-là que les cordons de la bourse se délient et qu'une aide vitale est acheminée aux survivants.

“Nous ne pouvons pas attendre que nos postes de télévision projettent ces images effroyables dans nos salons pour réagir, a-t-il déclaré.

Réformer le dispositif international d'intervention humanitaire d'urgence est une obligation morale. C'est aussi une obligation morale. Alors même que le début et la fin de 2005 ont été marqués par deux des pires catastrophes naturelles des dernières années – le tsunami de l'Océan indien et l'effroyable séisme du Pakistan, tout effort visant à rendre le dispositif d'intervention plus rapide, pourrait sauver la vie de millions de victimes de catastrophes à venir.
La réorganisation des dispositifs de secours vise à faire parvenir rapidement des vivres en quantité suffisante aux populations démunies.
La réorganisation des dispositifs de secours vise à faire parvenir rapidement des vivres en quantité suffisante aux populations démunies.
Le plan de longue durée de l'Afrique, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), affirme qu'il ne sera pas possible d'éliminer la famine et l'insécurité alimentaire généralisées du continent tant que la production agricole locale ne sera pas renforcée et les conditions de vie rurale améliorées. Mais dans l'immédiat, “des interventions humanitaires rapides suivies d'un programme de reconstruction sont indispensables avant toute relance du processus de développement”, peut-on lire dans le Programme intégré du NEPAD pour le développement de l'agriculture en Afrique.

Trop peu, trop tard
Bien qu'agents humanitaires, organisations non gouvernementales (ONG) et donateurs ne soient pas d'accord quant à la manière d'améliorer les services d'urgence, tout le monde s'accorde à reconnaître que le dispositif actuel ne facilite pas les interventions rapides et ne permet pas d'obtenir des ressources suffisantes. D'après une récente étude d'Oxfam International, l'aide d'urgence “ne satisfait toujours pas tous les besoins. Elle arrive souvent en retard et est tributaire du degré de médiatisation ou de considérations politiques plus que des besoins humanitaires”.
L'un des problèmes est l'argent. Bien que l'ONU ait établi en 1991 des réserves de liquidités de 50 millions de dollars destinées aux secours en cas de catastrophes — le Fonds central autorenouvelable d'urgence — le fait que des institutions comme le PAM ou le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) doivent faire en sorte, avant même de débloquer des fonds, que les donateurs s'engagent à rembourser ces fonds freine le recours à ce fonds. Dans ces conditions, il faut des mois pour que des pays victimes de la famine comme le Niger (voir Afrique Renouveau, octobre 2005) puissent trouver des donateurs.
Un autre dispositif, la Procédure d'appel global, a également été créé en 1991 pour prévenir les donateurs des situations d'urgence et mobiliser des ressources rapidement. Administré par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ce mécanisme a pour mission de lancer des appels “éclairs” en cas de crises soudaines. Mais là aussi, la réaction des donateurs a été inégale. Dans un rapport du 20 octobre présenté à l'Assemblée générale, M. Annan a affirmé que les appels éclairs ne recueillaient en moyenne que 16 % des montants sollicités.
“Imaginez que la caserne de pompiers de votre localité soit obligée de demander de l'argent au maire chaque fois qu'elle a besoin d'eau pour éteindre un incendie, commentait au début de l'année 2005 Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires. C'est la situation impossible dans laquelle se trouvent les humanitaires accablés qui tentent de sauver des vies mais n'ont pas les moyens de payer l'eau - ou les médicaments, les abris ou les vivres, indispensables pour éteindre l'incendie… Ces retards sont fatals.”

Réformer le dispositif international d'intervention humanitaire d'urgence et l'ancrer plus solidement aux objectifs de développement à long terme constitue un volet important du programme de réforme de l'ONU du Secrétaire général Kofi Annan. C'est aussi une obligation morale.

L'ampleur et la destination de l'aide humanitaire dépendent aussi dans une certaine mesure de considérations politiques. Comme le rappelle dans une étude de 2001 l'Overseas Development Institute, organisme britannique indépendant, pendant la guerre froide, l'aide humanitaire a été manipulée par les deux blocs pour former des alliances, récompenser des alliés et sanctionner des adversaires. La fin de la guerre froide a éliminé, pour les pays du Nord, l'importance stratégique de certains pays en développement, dont des pays africains. Ces pays ont alors perdu de leur influence auprès des donateurs.

“L'aide humanitaire constitue depuis toujours une activité éminemment politique, qui se répercute sur l'économie politique des pays bénéficiaires et est influencée par les considérations politiques des donateurs… Des disparités sensibles entre le volume et le type d'aide humanitaire accordée à différents pays en situation de crise indiquent que l'aide humanitaire n'a jamais été consentie uniquement en fonction des besoins”, concluent les auteurs de cette étude.

Les statistiques confirment cette triste vérité. En juin, James Morris du PAM a indiqué devant le Conseil de sécurité que les appels d'urgence lancés en faveur de pays africains en crise n'avaient suscité qu'une réponse mitigée. Seuls 17 % des montants sollicités pour faire face aux inondations en République centrafricaine avaient été reçus, les appels pour la République démocratique du Congo (RDC) et la Côte d'Ivoire n'ayant suscité, pour leur part, que 35 et 30 %, respectivement, des contributions demandées.

“Je pense parfois que le pire endroit où un enfant affamé d'Afrique puisse vivre est un pays en paix avec ses voisins et relativement stable, car l'aide s'accroît avec l'intensification de la violence et la couverture médiatique… A nos yeux, il y a peu d'actes aussi politiques dans la vie moderne que l'aide humanitaire”, a ajouté James Morris.

Les reportages diffusés à la télévision et dans la presse sont parfois le seul moyen d'inciter les donateurs à agir, mais rien ne dit que les médias s'intéresseront à une crise donnée ou que la couverture médiatique se traduira par des contributions.

Jan Egeland a comparé cette situation à une “loterie” dans laquelle les victimes de catastrophes se disputent l'attention des médias, condition indispensable pour inciter des donateurs publics imprévisibles à fournir une assistance. “Vous avez 25 communautés dans la même situation désespérée qui participent toutes les semaines à cette loterie visant à attirer l'attention, a-t-il déclaré en juillet au Columbia Journalism Review. A ce jeu, il y a 24 perdants et un vainqueur.” En 2005, a-t-il précisé, les rescapés du tsunami de l'Océan indien et des crises humanitaires du Soudan occidental ont bénéficié d'une large couverture médiatique et d'une aide généreuse. En revanche, les victimes des conflits du nord de l'Ouganda et de l'est de la RDC “sont parmi les perdants à ce jeu. Je ne comprends pas très bien, car il s'agit de situations similaires, sur le plan des drames personnels, des besoins, des violences, des souffrances humaines et des efforts héroïques pour venir en aide”, a ajouté M. Egeland.

Réorganisation du Fonds
Remédier aux carences du dispositif d'intervention humanitaire d'urgence figure en bonne place dans le plan de réformes de l'ONU de M. Annan. Intitulé Dans une liberté plus grande, il a été rendu public en prévision du Sommet mondial qui s'est tenu du 14 au 16 septembre (voir Afrique Renouveau, octobre 2005). Les propositions détaillées du Secrétaire général dans ce domaine, présentées à l'Assemblée générale en octobre, visent à réformer de fond en comble le CERF. En voici quelques-unes :

* multiplication par 10 du budget du Fonds à hauteur de 500 millions de dollars, d'ici trois ans
* restructuration des crédits, lesquels à l'exception de 50 millions de dollars, seraient consentis sous forme de dons plutôt que de prêts renouvelables
* affectation de deux tiers des dons aux programmes d'intervention et d'action rapides
* capacité de débloquer des fonds dans un délai de 72 à 96 heures
* allocation à hauteur d'un tiers des décaissements annuels aux besoins d'urgence des opérations humanitaires dotées de fonds insuffisants.

La réorganisation du Fonds central, qui aura désormais pour nom “Fonds central pour les urgences humanitaires”, aura pour conséquence de libérer les organismes humanitaires de leur dépendance vis-à-vis des donateurs, et de réduire ainsi à quelques jours les délais d'intervention après une catastrophe naturelle. Les travailleurs humanitaires estiment que cette capacité d'intervention rapide contribuera à sauver des vies, mais aussi à économiser de l'argent. Les retards de plusieurs mois observés dans l'acheminement de l'aide humanitaire aux populations nigériennes affamées ont entraîné une demande accrue de services onéreux de soins intensifs et contraint le PAM à recourir aux avions pour l'acheminement des vivres.

Le Fonds permettra également de répondre à des besoins importants qui ne sont pas pris en charge par des contributions spéciales, comme les campagnes de pulvérisation contre les moustiques en période de reproduction, ou l'achat de semences et d'engrais pendant la saison des plantations. Le rapport de M. Annan note que dans de nombreuses situations d'urgence où les fonds ne sont pas suffisants, les donateurs ont tendance à ne financer que certains programmes, au détriment d'autres tout aussi importants, comme l'approvisionnement en eau salubre, les soins de santé ou la création d'abris.

Le Niger fournit un autre exemple saisissant de la manière dont les imperfections du dispositif peuvent aggraver une situation d'urgence. L'une des causes principales de la malnutrition dans ce pays a été la destruction des pâturages par les criquets pèlerins en 2004. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) n'ayant pas réussi à trouver des donateurs pour financer un projet d'éradication des criquets pèlerins, ces insectes se sont propagés et ont plongé certaines régions du pays dans la crise.



Les propositions de réforme du Secrétaire général ont suscité la vive approbation des donateurs publics, des ONG et des organismes de secours, ainsi que des annonces de contributions de l'ordre de 200 millions de dollars à la fin de l'année 2005. Annonçant en novembre une contribution de son pays de plus de 29 millions de dollars, l'Ambassadrice norvégienne, Mona Jull, a réaffirmé à l'Assemblée générale la volonté de son gouvernement de renforcer le CERF, car cela permettrait à l'ONU “d'intervenir rapidement, voire même d'empêcher, des crises”.

Les Etats-Unis, de loin le principal pourvoyeur d'aide humanitaire, ont également approuvé le renforcement du CERF. Sichan Siv, représentant adjoint des Etats-Unis auprès des Nations Unies, a salué l'initiative en novembre, soulignant qu'une “source centralisée de fonds rapidement disponibles pourrait contribuer effectivement à répondre aux besoins urgents. Bien que les Etats-Unis n'aient pas encore contribué au Fonds, le porte-parole de la Mission américaine, Benjamin Chang, a expliqué à Afrique Renouveau que “cela tient simplement à notre processus budgétaire, et non à de quelconques réserves”.

Le Fonds devrait commencer à fonctionner au début de 2006.

Argent ou maïs?

Il existe d'autres propositions de réorganisation des opérations d'acheminement de l'aide d'urgence. Une étude réalisée en 2005 par l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) recommande en effet que les subventions se fassent en espèces plutôt qu'en produits de base (blé, maïs, huile alimentaire). Aux Etats-Unis, par exemple, principal fournisseur d'aide alimentaire, la législation exige que les produits de base proviennent de ce pays et soient transportés par des navires ou avions américains, pratique qualifiée “d'aide liée” (voir Afrique Renouveau, janvier 2004).

Selon l'OCDE, cette pratique rend ces articles jusqu'à 50 % plus chers que ceux achetés sur place, dissuade les agriculteurs locaux d'augmenter leur production, rallonge les délais d'acheminement et risque de détruire les économies rurales en inondant les pays bénéficiaires de produits alimentaires gratuits.
Cette question préoccupe même l'Organisation mondiale du commerce (OMC), où les pays européens en particulier ont qualifié l'aide alimentaire liée des Etats-Unis de subventions agricoles et commerciales déguisées.
La polémique de “l'aide en espèces contre l'aide en nature” a suscité l'attention de la presse internationale, plutôt favorable à l'octroi d'une aide alimentaire sans conditions.

En mai, James Morris a fait état des préoccupations du PAM dans ce domaine “Fournir une aide alimentaire à temps est une tâche compliquée, surtout dans les pays en développement, a-t-il expliqué. Les achats massifs effectués par les organismes de secours sur les marchés céréaliers locaux poussent très souvent les prix des produits alimentaires à la hausse, hors de la portée des pauvres, ce qui aggrave la famine. De plus, étant donné le piètre état des routes et des voies ferrées dans ces pays, les frais de transport et d'entreposage des céréales achetées localement sont parfois très coûteux”, contrairement aux économies considérables annoncées par les adversaires de l'aide liée.

“Malgré notre préférence pour les dons en espèces, force est de reconnaître que les dons en nature contribuent à maintenir un certain appui dans les pays donateurs, ce qui est absolument indispensable pour nos bénéficiaires”, a ajouté M. Morris. “Délier” l'aide alimentaire risquerait, de l'avis de nombreuses agences et ONG humanitaires, de déstabiliser ce qu'on appelle parfois “le triangle de fer” des puissants groupes d'intérêts nationaux – agriculteurs, compagnies de transport et organismes d'assistance, qui offrent une protection politique aux budgets de l'aide. Une aide “non liée” risquerait également de rendre le principe de l'aide d'urgence moins intéressant pour les agriculteurs et les affréteurs de navires du Nord, qui en profiteraient moins.

Certains organismes d'assistance estiment pour les mêmes raisons que l'aide alimentaire ne devrait pas être soumise aux règles de l'OMC. Dans une lettre adressée en septembre à Pascal Lamy, Directeur général de l'OMC, James Morris signale que l'interdiction des dons en nature “aurait pour conséquence de réduire le volume total de l'aide et d'en diminuer la souplesse… Lorsque l'un de nos principaux donateurs s'est converti au principe des dons en espèces, le volume total, en tonnes, de son aide alimentaire a chuté de plus de 50 %”, a-t-il mis en garde. De plus, une part croissante des dons alimentaires du PAM provient des pays en développement à revenu moyen, qui sont capables d'offrir des produits de base mais non des dons en espèces. Selon James Morris, la diversification des donateurs représente désormais un objectif primordial pour les acteurs de l'aide d'urgence. “Une politique de l'OMC véritablement en faveur des populations démunies devrait veiller à ne pas s'immiscer dans le financement et l'acheminement de l'aide alimentaire du PAM”, a-t-il ajouté.

De nombreuses ONG partagent cette position. Will Lynch, conseiller principal d'une importante association humanitaire américaine, Catholic Relief Services (CRS), a précisé à Afrique Renouveau que l'aide alimentaire mondiale ne représentait que 0,03 % du volume total des échanges commerciaux agricoles dans le monde; “pourtant, dit-il, la controverse porte sur les interventions d'urgence et le commerce. Ce n'est pas le propos.

L'Afrique affamée

Les associations humanitaires ont toutefois salué les efforts de développement et de réorganisation du CERF. Le Directeur des communications du PAM, Neil Gallagher, a confié en novembre à Afrique Renouveau qu' ”il serait merveilleux d'avoir ce type de fonds”. A son avis, la capacité à intervenir dès les premiers signes de danger permettrait d'épargner des vies, d'atténuer des souffrances et d'accélérer les efforts de reconstruction et de relance.

Toutefois, a-t-il indiqué, les programmes d'urgence les mieux financés et les mieux administrés ne sauraient jamais remplacer les initiatives de développement accéléré des secteurs agricole et économique. De meilleures conditions de vie et des récoltes plus abondantes rendent les couches pauvres de la population moins vulnérables aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours. L'apport de capitaux supplémentaires à la création d'une infrastructure agricole et rurale – projets d'irrigation, construction de routes, accès aux engrais et aux semences de meilleure qualité – pourrait alléger considérablement les effets des sécheresses et autres catastrophes naturelles.

Malheureusement, constate M. Gallagher, l'assistance des donateurs aux projets de développement agricole a diminué sensiblement, passant de 12 % du montant total de l'aide il y a une dizaine d'années à 4 % seulement en 2004. “On est ballottés d'une crise à l'autre et on espère que les équipes de télé en captureront les images, déplore-t-il. Pendant ce temps, le nombre de personnes qui souffrent constamment de la faim augmente, surtout en Afrique, tandis que le volume de l'aide alimentaire accordée par les donateurs baisse.”

D'après le PAM, la faim et la malnutrition chroniques ont été à l'origine de 92 % des 10 millions de décès liés à la famine dans le monde en 2004, 8 % étant dus aux crises humanitaires. Malgré l'engagement de la communauté internationale de réduire de moitié la faim dans le monde d'ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de malnutrition a augmenté considérablement ces 10 dernières années, passant de 790 millions au début des années 1990 à environ 852 millions en 2005, dont plus de 300 millions en Afrique. Malgré les besoins croissants dans ce domaine, la quantité de dons alimentaires a chuté, passant de plus de 15 millions de tonnes en 1999 à seulement 7,5 millions en 2004.

Les défenseurs de l'aide alimentaire dénoncent par ailleurs certaines décisions des donateurs qui ont eu pour conséquence, à leur avis, de nuire aux programmes nationaux d'assistance d'urgence. C'est ainsi qu'au Malawi, de nombreuses associations humanitaires, des représentants de donateurs et certains responsables locaux estiment que les pressions exercées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont forcé les dirigeants du pays à mettre en vente la plus grande partie des réserves céréalières stratégiques du Malawi. Sur ce est arrivée la famine de 2001-2002 qui a fait des milliers de victimes.

Le FMI rejette formellement cette accusation. Pourtant, une étude réalisée en 2005 par l'Agency for International Development des Etats-Unis confirme qu'une fois que les réserves céréalières du Malawi avaient atteint 180 000 tonnes, “le FMI a estimé que, pour différentes raisons, le maintien des réserves à ce niveau n'avait plus de sens … le FMI a donc recommandé … un niveau de réserves bien plus faible”.

Lorsque la famine a frappé, il a été constaté que l'intégralité des réserves avait été vendue discrètement, ce qui a déclenché une enquête officielle et contraint les autorités et les organismes d'assistance à consacrer de l'argent et du temps à l'importation d'urgence de vivres.

Réparer les filets de sécurité

De l'avis de M. Gallagher, les programmes d'alimentation suivis et durables, comme la distribution de repas à midi dans les écoles et les projets de nutrition des mères et des nourrissons, constituent une solution à la faim bien moins onéreuse et plus efficace que les opérations de secours d'urgence. Les enfants notamment souffrent de séquelles durables de la malnutrition, qui peuvent être évitées seulement grâce à un apport nutritionnel fiable, durable et ciblé.

Il y a 20 ans, a-t-il rappelé, 80 % des envois alimentaires du PAM étaient destinés aux programmes continus, appelés aussi “filets de sécurité sociale”, et 20 % aux situations de crise. En 2004, en revanche, 557 500 seulement des quelque 5,1 millions de tonnes de vivres acheminées par le PAM sont destinées aux “filets de sécurité”.

“Les donateurs ne trouvent pas [ce type de programme] exaltant, explique M. Gallagher. Ce n'est pas assez grisant, ce n'est pas comme se trouver au milieu d'une situation de crise aiguë. Ils disent que l'aide alimentaire distribuée à ce type de programme n'est pas une solution à long terme. C'est pourtant une solution à long terme pour l'enfant qui consomme au moins un repas valable par jour. Si vous ne nourrissez pas les gamins dès leur plus jeune âge et les femmes lorsqu'elles sont enceintes, vous créez des êtres humains incapables d'autonomie par la suite, du point de vue physique et psychologique.” L'idée que l'aide alimentaire n'est destinée qu'aux situations d'urgence “mène à plus de famine. Cela n'a pas de sens… Nous n'arriverons pas à éliminer la faim tant que les donateurs n'admettront pas que “tout le monde a droit à une nutrition élémentaire que nous allons assurer”, affirme M. Gallagher.

M. Lynch du CRS note pour sa part que le refus des donateurs de soutenir les projets nutritionnels de longue durée signifie que les associations caritatives ne sont plus en mesure d'administrer les programmes alimentaires destinés à 800 000 personnes, dont des orphelins du sida, des mères enceintes, des écoliers et des habitants pauvres des zones rurales de l'Angola, du Bénin, du Kenya, du Niger et du Rwanda. Il y a peu de chances que les autorités de ces pays puissent prendre le relais de ces programmes, et aucune autre source de financement n'a été trouvée à ce jour.

“C'est un aspect du problème, conclut M. Lynch. Les bénéficiaires de ces programmes appartiennent aux couches les plus démunies de la planète. Ils n'existent pour personne.”

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DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

Article premier
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieu de sa personnalité juridique.
Article 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection, égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.
Article 9
Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.
Article 10
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirige contre elle.
Article 11
1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.

2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis.
Article 12
Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne à droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État.

2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14
1. Devant la persécution, toute personne a le doit de chercher asile et de bénéficier de l'aile en d'autres pays.

2. Ce droit n put être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondés sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité.

2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Article 16
1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.

2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.

3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État.
Article 17
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.

2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Article 19
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
Article 20
1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.

2. Nul ne put être obligé de faire partie d'une association.
Article 21
1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.

2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.

3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
Article 22
Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.
Article 23
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisants de travail et à la protection contre le chômage;

2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisant lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.

4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
Article 24
Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.
Article 25
1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
Article 26
1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.
Article 27
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire, ou artistique dont il est l'auteur.
Article 28
Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.
Article 29
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.

2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.

3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 30
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

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LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE

La démocratie en Afrique après la chute du mur de Berlin

Le bilan de vingt ans de démocratie
La démocratie en Afrique après la chute di mur de Berlin
Globalement, on peut dire que malgré les conférences nationales et les autres moyens qui ont permis aux africains d'accéder à la démocratie, celle-ci reste purement formelle deux décennies plus tard.

L'alternance dans la continuité
L'alternance qui est un des principes fondeurs de la démocratie est de plus en plus effective sur le continent noir. Sur 53 Etats, 38 ont des chefs d'Etats ayant passé au maximum dix ans à la magistrature suprême, soit 71%. Cela signifie que 71% des chefs d'Etats actuellement au pouvoir en Afrique n'y étaient pas il y a vingt ans, au moment où le vent de démocratie soufflait sur le continent. De même, ils n'étaient pas également là il y a dix ans. Les 15 autres chefs d'Etats en fonction actuellement ont plus de dix ans de mandature, soit 29 %. Le record est détenu par le Colonel Mouammar Kadhafi (40 ans). Il suivit de Téodoro Obiang Nguema Mbazogo (30 ans), et de Paul Biya (27 ans).

Mais les alternances qui s'observent sur le continent sont-elles des alternances démocratiques et est-ce qu'elles assurent le progrès et le changement ? Pas toujours. Des coup d'Etat continuent a sévir sur le continent. Depuis 1952, environ 66 coup d'Etat ont été perpétrés en Afrique, soit plus d'un par an[1]. En 1999, dix ans après l'avènement de la démocratie, l'OUA a proscrit les coups d'Etat. « Cette même année, les militaires ont renversé les gouvernements au Niger, en Sierra Leone, au Comores et en Côte d'Ivoire[2]. » Aussi, toujours en Côte d'Ivoire, l'année suivante, en 2000, un autre coup d'Etat tentera de renverser Laurent Gbagbo, démocratiquement élu pourtant. En 2003, c'est également un coup de force qui portera François Bozizé au pouvoir en Centrafrique. En 2008, un putsch portera une junte au pouvoir en Mauritanie ainsi qu'en Guinée Conakry en 2009. En tout, depuis 1989, environ 20 coups d'Etat ont eu lieu sur le continent, soit environ un tous les ans. C'est dire que beaucoup des chefs d'Etats actuellement en poste ne le sont pas toujours de façon démocratique. En outre, quand ce ne sont pas des chefs d'Etats qui sont déchus, on assiste à des coups d'Etat constitutionnels. Les constitutions sont modifiées pour permettre aux dirigeants de s'éterniser au pouvoir (Cameroun, Algérie, Niger,…)
D'autre part, malgré les multiples alternances, le progrès et le changement ne suivent pas véritablement. L'avènement d'Abdoulaye Wade à la tête du Sénégal par les urnes en 2000 avait suscité beaucoup d'espoir et de fierté pour la démocratie africaine. Mais depuis lors, il est de plus en plus critiqué pour les nombreuses dérives qu'il a commet, notamment celle de vouloir préparer son fils, Karim Wade, pour sa succession. Donc, quand on quitte d'un chef d'Etat à un autre, il n'y a, ni dans le mode de gestion de la nation, ni dans les conditions de vie des populations, un changement fondamental. Le nouveau président use des techniques employées par son prédécesseur et l'ordre établi se poursuit. Un ordre où règnent et perdurent la corruption généralisée, le pillage des biens publics, le tribalisme, la violence, l'impunité, etc.

Des élections frauduleuses

« On n'organise pas des élections pour les perdre[3] », disait le président Denis Sassou Nguessou. Tel est le principe qui guide l'organisation des élections en Afrique. En effet, depuis le retour de la démocratie au début des années 1990, les élections multipartites ont cours sur le continent noir. C'est généralement par la voie des urnes que les chefs d'Etat sont au pouvoir. Quand bien même ils ils prennent le pouvoir par des putschs, ils sont contrains d'organiser de élections pour se donner une certaine légitimité au plan international. Ce qui est un point positif pour ces vingt années de démocratie en Afrique.
Mais les chefs d'Etat ont trouvé une solution pour continuer se maintenir au pouvoir même par les élections et malgré leur impopularité : la fraude. Elle émaille pratiquement toutes les élections en Afrique et rare sont celles qui ne sont pas contestées du fait de la fraude. Plusieurs pays comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Togo ou Madagascar ont été secoués par de violentes émeutes post-électorales ces deux derniers décennies.

Les élections sont donc de véritables mascarades savamment orchestrées. Le Cameroun est un exemple. La dernière élection présidentielle de 2004 a laissé voir des cas de fraude : des charters d'électeurs organisés à l'ouest, des retentions de résultats, des encres délébiles, des électeurs corrompus, etc.[4] De même, les élections législatives et municipales de 2007 n'ont pas échappé à la fraude devenue institutionnelle. Cette situation de fraude permanente a pu faire dire à Boubakar Barry que « le Cameroun souffre de n'avoir jamais pu se donner librement les institutions et les dirigeants de son choix. Les lois et les pratiques électorales sont pleines d'incohérences…[5] » Cette lecture propre au Cameroun est le reflet de l'ensemble des pays africains comme l'explique Achille Mbembé : « dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l'objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées[6]. »
A ces fraudes, il faut ajouter le fait que des présidents au pouvoir sont très souvent élus non pas suite à la présentation de programmes politiques solides et fiables, mais suite au népotisme et au clientélisme politique. De l'argent et autre biens matériels sont distribués aux citoyens pour solliciter leurs voix. Au Cameroun, des gens votent même pour le prix de 1000 f CFA. Ainsi les populations appauvries s'en remettent à leurs bourreaux comme des moutons à leur berger.

Bref, malgré les alternances électorales, il faut dire que beaucoup de chefs d'Etat qui y sont issus le sont au prix de la fraude électorale, bien qu'on observe ça et là des cas d'élection sans trucage ou du moins sans contestation post-électorales (Afrique du Sud, Ghana, Bénin etc…)

Les violations des droits de l'Homme
Le fait majeur qui ternit l'image de la démocratie en Afrique est la violation des droits de l'Homme.
Toutefois, il faut d'abord reconnaître sur plan du respect des droits de l'Homme que l'Afrique a connu beaucoup de progrès au regard de ce qui se déroulait avant l'avènement de la démocratie. Au Cameroun par exemple, la liberté d'expression a fait beaucoup de progrès. Les gens parlent librement bien que de temps en temps cette liberté est confisquée[7]. Elle est confisquée parfois, pour ce qui est des médias, grâce à un stratagème bien ficelé. En effet, au Cameroun, le gouvernement autorise les médias de l'audiovisuel à émettre même sans avoir reçu de licence. Une fois qu'un média fait ce n'est pas du goût du gouvernement, il est scellé sous le prétexte d'exercice illégal[8].

Par ailleurs, à ce jour, on assiste encore en Afrique à des tueries sommaires. le cas le plus récent est celui des massacres ayant eu lieu en Guinée Conakry avec près de 150 morts. Une boucherie orchestrée par l'armée contre des populations qui manifestaient contre la candidature de Moussa Dadis Camara à la prochaine élection présidentielle.

En fait, en Afrique, on a l'impression que le rôle véritable de l'armée est de réprimer les révoltes sociales. Tout comme l'administration pendant la période coloniale, les gouvernements africains se servent de l'armée « pour réprimer les manifestations ou les grévistes…[9] » cela dit, voici quelques missions officieuses de l'armée en Afrique :
· « La conservation du pouvoir au profit des puissances étrangères, des multinationales (Elf, Bolloré, Shell, etc.) ou des groupes maffieux et de leurs suppôts locaux, les clans ethnicisés qui s'accaparent des richesses nationales.

· La confiscation des prérogatives de l'État au profit d'un groupe clientélisé, y compris par l'usage des méthodes frisant le terrorisme.

· Les intimidations diverses, qu'il s'agisse de la presse muselée, des écoutes téléphoniques, des menaces verbales et tracasseries administratives, des entraves à la libre circulation des personnes et des biens, d'établissement des « bouchons » pour rançonner les populations, comme on l'observe au Congo Brazzaville depuis 1994 sur les 77 km qui séparent Brazzaville de Kinkala et sur les 60 km de Brazzaville à Gamboma.
· Le bouclage militaire des régions entières au mépris du bien-être des populations qui se trouvent privées de tout : nourriture, logement, santé, éducation, emploi, liberté d'aller et venir,etc.[10] » .
La raison est que l'Etat en Afrique est resté essentiellement répressif envers ses contestataires. En conséquence, « tout opposant au pouvoir, même respectueux de la légalité, devient un danger à neutraliser et à réprimer, sous le prétexte, abusif mais largement invoqué, de la défense de la nation, s'il n'est pas taxé d'”ennemi intérieur à la solde d'une puissance étrangère“[11]. » Ainsi, d'après le rapport Fidh de novembre 2005, « les exemples de violations des droits de l'Homme dans le cadre ou au nom de la lutte contre le terrorisme sont en effet nombreux sur le continent africain[12]. » Le 22 juin 2003, 5 personnes suspectées d'être membres d'al-Qa'ida ont été arrêtées par des agents des services secrets malawites et détenues au secret sans possibilité d'accès à un avocat.
De même, les émeutes de la faim en 2008 ont causé des centaines de morts en Afrique. En effet, à ce sujet, le rapport Amnesty 2009 pose le constat suivant :
« La crise alimentaire qui a marqué l'année 2008 en Afrique a eu un impact disproportionné sur les populations vulnérables, surtout celles qui souffraient déjà de la pauvreté. À travers tout le continent, les citoyens ont manifesté contre une situation socioéconomique insupportable et la flambée du coût de la vie. Certaines manifestations ont dégénéré et des biens privés et publics ont été détruits ; de leur côté, les autorités ont souvent fait usage d'une force excessive pour les réprimer. Un grand nombre de personnes qui affirmaient leur droit à un niveau de vie décent et, notamment, leur droit à l'alimentation ont été blessées ou tuées par les forces de sécurité. Des manifestants ont été arbitrairement arrêtés et placés en détention, et certains ont été maltraités ou condamnés à des peines d'emprisonnement à l'issue de procès inéquitables. Dans la plupart des cas, aucune enquête n'a été menée pour identifier les membres des forces de sécurité qui avaient porté atteinte aux droits humains pendant les opérations de maintien de l'ordre liées aux manifestations[13]. »

Toutes ces violations des droits de l'Homme se basent sur le prétexte du maintien de l'ordre. Mais n'est-ce- qu'en tuant des gens que l'on peut contenir une révolte ?

Bref, les droits de l'Homme en Afrique restent encore globalement du domaine du rêve. Leur violation qui se faisait autrefois de manière ostentatoire et dans un sentiment total d'impunité se font de nos jours, avec l'avènement de démocratie, sur la base de prétextes.
L'exception ghanéenne
Un pays en Afrique noire sert aujourd'hui de model dans la bonne marche de la démocratie, le Ghana.
En effet, l'élection de John Atta-Mills en janvier 2009 à la tête du Ghana à la place de John Kufuor a définitivement confirmé la bonne marche de la démocratie dans ce pays. Il n'y a pas eu là bas de traficotage de la constitution comme dans d'autres sur le continent pour rester au pouvoir. Les urnes n'ont pas été déplacées par des militaires zélés comme dans le Togo voisin. De plus, on n'y a pas observé des intimidations diverses des partis d'opposition. Les recomptages et des re-votes ont eu lieu avant la proclamation définitive des résultats. Le ministère de l'intérieur n'a pas unilatéralement déclaré la victoire du parti au pouvoir tout en intimidant le comité électoral indépendant comme c'est souvent le cas au Cameroun. Aussi, les listes électorales ont été préparées à temps et sous le contrôle des partis en compétition. En outre, il n'a pas fallut qu'un chef d'État occidental dise aux Ghanéens s'ils sont mûrs pour la démocratie, ou que les résultats officiels soient annoncés par un chef d'État occidental avant les autorités locales. Aussi, il n'a pas fallut « que certains pays fassent pression avec l'aide bilatérale sur les candidats pour qu'ils se désistent ou encore que les corrupteurs s'attirent les faveurs des réseaux des chefs d'État pour que ces derniers fassent main basse sur les élections en Afrique[14]. » Bref, les Ghanéens, peuple pacifique, ont fait honneur à Kwame N'Krumah, père de l'indépendance Ghanéenne, à Jerry Rawlings, père de la démocratie Ghanéenne, et à l'Afrique, berceau de l'Humanité de et de la civilisation.

Naturellement, le succès de la démocratie Ghanéenne a des effets sur son économie. En effet, pendant les huit années passées sous la présidence de John Kufuor, le PIB par habitant du Ghana a augmenté et est passé de 269 $US en moyenne entre 1997-2002 à 328 $ US en 2007, avec des estimations autour de 341 pour 2008 et 352 $ US en 2009. Avec un taux de croissance économique estimé autour de 6,5 % pour 2008 et 5,8 % en 2009, il ne baissera vraisemblablement que d'un point au maximum malgré la crise économique. Ainsi, « le Ghana de John Kufuor sort la tête haute grâce à la discipline des Ghanéens et leur sens aigu et légendaire de la paix et de l'unité[15]. »

Pour tout dire, en vingt ans, de manière générale, la démocratie en Afrique n'a pas comblé les attentes des peuples africains qui aspiraient depuis très longtemps à la liberté et au changement. Elle est plus théorique que pratique. Alors comment expliquer cet échec et comment y remédier ?

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[1] Lire la liste des coups d'Etats en Afrique sur le site www.wikipedia.org
[2] Anatole Ayissi, Illusoire interdiction des coup d'Etat, in Manière de voire, Op.cit, p. 32
[3] Propos cité in Manière de voir, Op.cit, p. 31
[4] Lire Le Messager, n° 1727 du mercredi 06 octobre 2004.
[5] Il est cité par Fabien Eboussi Boulaga, in Démocratie de transit au Cameroun, Paris, L'Harmatan, 1997, p. 444
[6] Achille Mbembe interviewé par Pierre Cherruau du Courrier International. Interview publiée à l'adresse …
[7] Jusqu'à ce jour, la chaîne de radio Freedom FM de Pius Njawé n'est toujours pas autorisée à émettre, près de six ans après sa fermeture par le ministère de la communication.
[8] En février 2008, la chaîne de télévision Equinoxe TV a été scellée officiellement pour exercice sans licence d'exploitation, mais officieusement, probablement pour avoir filmé et montré sur ses antennes des policiers en train de mater des manifestants dans la ville de Douala.
[9] Ibid p. 71
[10] Benjamin Moutsila, Les armées africaines instrumentalisées aux fins d'inquisition et de dictature par les clans au pouvoir, publié sur le site ww.afrology.com
[11]Mwayila TSHIYEMBE, (1990), L'Etat postcolonial facteur d'insécurité en Afrique, Paris, Présence Africaine, p. 19
[12] La Fidh est la fédération internationale des ligues des droits de l'Homme. Le rapport se trouve à l'adresse www.fidh.org/Violations-des-droits-de-l-Homme,2858
[13] Extrait du rapport Amnesty 2009 sur la situation des droits de l'Homme dans le monde. Le trouver à l'adresse www.aidh.org/ViolDE/Amnesty_Rapp09.htm
[14] Yves Ekoué Amaïzo, Démocratie africaine: Le GHANA sauve l'honneur, publié sur le site ww.afrology.com
[15] Ibid
Publié le 14/12/2009 par SEGNOU SIEWE
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SOMMET MONDIAL SUR LA SECURITE ALIMANTAIRE 2009

Le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire a eu lieu du 16 au 18 novembre 2009 au siège de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à Rome, Italie. Le Sommet a rassemblé plus de 4700 délégués venus de 180 pays, dont 60 chefs d'Etat et de gouvernement, ainsi que des représentants de gouvernements, d'agences onusiennes, d'organisations intergouvernementales et d'organisations non gouvernementales (ONG), du secteur privé et des médias. Durant le sommet, les délégués ont pris part à un segment de haut niveau et à une série de quatre tables rondes portant sur les sujets suivants: réduction au minimum de l'impact négatif des crises alimentaire, économique et financière sur la sécurité alimentaire mondiale; mise en œuvre de la réforme de la gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire, l'adaptation au, et l'atténuation du, changement climatique: les défis à relever dans les domaines de l'agriculture et de la sécurité alimentaire, et, les mesures visant à renforcer la sécurité alimentaire mondiale, notamment celles devant être prises en faveur du développement rural, des petits agriculteurs et des considérations commerciales.

Suite à la 136e session du Conseil de la FAO, tenue du 15 au 19 juin 2009 à Rome, Italie, un Groupe de travail à composition non limitée a été créé pour convenir des dispositions nécessaires pour le Sommet. Le Groupe de travail à composition non limitée négocié devait également négocier le texte de la Déclaration du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, que les délégués au Sommet ont adopté par acclamation, le jour de l'ouverture du Sommet.

Les résultats du Sommet comprennent le Rapport du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire et la Déclaration du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire. La Déclaration décrit les objectifs stratégiques, les engagements et les actions, et définit les Cinq principes de Rome pour une sécurité alimentaire mondiale durable.

BREF HISTORIQUE
Sommet mondial de l'alimentation: Le Sommet mondial de l'alimentation s'est déroulé du 13 au 17 novembre 1996, à Rome, Italie. Il a eu lieu en réponse à la persistance d'une sous-alimentation généralisée et à l'inquiétude croissante concernant la capacité de production agricole à répondre aux besoins alimentaires futurs. Le Sommet de 1996 a mis en présence près de 10.000 participants et a abouti à l'adoption de la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale et du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation. La Déclaration de Rome énonce sept engagements qui établissent les fondements d'une sécurité alimentaire durable pour tous, tandis que le Plan d'action définit les objectifs et actions appropriés pour la mise en œuvre pratique de ces engagements. Le Sommet a également formulé l'objectif consistant à atteindre la sécurité alimentaire pour tous, à travers des efforts constants visant à éradiquer la faim dans tous les pays, dans l'immédiat, et à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées, d'ici 2015.
Sommet mondial de l'alimentation: Cinq ans après: Ce Sommet s'est tenu à Rome, Italie, du 10 au 13 juin 2002 et a renouvelé l'engagement pris lors du Sommet de 1996. Les délégués ont appelé tous les États à renforcer leurs efforts et à agir en tant qu'alliance internationale contre la faim.
Première Consultation technique de la FAO sur la bioénergie et la sécurité alimentaire: Des spécialistes du monde entier se sont réunis du 16 au 18 avril 2007 au siège de la FAO, à Rome, Italie, pour discuter de la production de bioénergie, des opportunités qu'elle offre et de ses risques connexes sur la sécurité alimentaire et l'environnement. Les participants ont convenu que si les préoccupations touchant à l'environnement et à la sécurité alimentaire étaient prises en ligne de compte, les gouvernements pouvaient utiliser la bioénergie comme force positive pour le développement rural. La réunion a recommandé que la plate-forme internationale sur la bioénergie de la FAO élabore, pour les gouvernements et les investisseurs potentiels, un ensemble de lignes directrices leur permettant de traiter avec l'industrie des biocarburants.

Réunion semestrielle des chefs des institutions des Nations Unies avec le Secrétaire général de l'ONU: Au cours de la réunion semestrielle entre le secrétaire général Ban Ki-moon et les chefs des institutions des Nations Unies, tenue les 28 et 29 avril 2008, Ban a annoncé son intention d'élaborer une stratégie mondiale visant à faire face à la crise alimentaire mondiale. Un groupe spécial de haut niveau (GSHN) sur la crise de la sécurité alimentaire mondiale a été créé, coordonné par le sous-secrétaire général chargé des affaires humanitaires, John Holmes, et le coordonnateur du Système des Nations Unies contre la grippe aviaire et humaine, David Nabarro. Le GSHN, qui est présidé par Ban et qui comprend les chefs de la Banque mondiale, du FMI, du Programme alimentaire mondial, de la FAO, du Fonds international de développement agricole et de l'Organisation mondiale du commerce, a élaboré un plan d'action pour discussion lors de l'édition 2008 de la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale.

Seizième session de la Commission du développement durable (CDD-16): La CDD-16 s'est tenue du 5 au 16 mai 2008; à New York, Etats-Unis, pour examiner le module thématique consacré à l'agriculture, au développement rural, aux sols, à la sécheresse, à la désertification et à l'Afrique. Les participants ont souligné les liens entre la session, l'ordre du jour thématique de la session et, à la fois, la crise alimentaire et les changements climatiques actuels. La CDD-16 a identifié des facteurs clés de l'augmentation des prix des denrées alimentaires, dont notamment, la dégradation des terres, les coûts élevés de l'énergie, le changement climatique, les mauvaises récoltes, la spéculation sur les matières premières agricoles, les conditions inéquitables du commerce, le déclin des investissements dans le développement agricole et la production accrue de biocarburants à partir de cultures vivrières.

Réunion extraordinaire de l'ECOSOC sur la crise alimentaire mondiale: Le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) a tenu une réunion spéciale sur la crise alimentaire mondiale, du 20 au 22 mai 2008, au Siège de l'ONU à New York, États-Unis. Les participants y ont convenu des priorités à court terme, y compris de mesures immédiates à entreprendre par les donateurs et les gouvernements pour permettre aux agriculteurs de répondre aux exigences de production. Ils ont également identifié des mesures à moyen et à long termes pour lutter contre la crise alimentaire dont, notamment, le réexamen du montant de l'aide publique au développement consacrée à l'agriculture.

Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale: les défis posés par le changement climatique et les bioénergies: Entre les 3 et 5 juin 2008, plus de 4700 délégués, venus de 183 pays, se sont réunis à Rome, Italie, pour la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale: les défis posés par le Changement climatique et les bioénergies. Ils ont réaffirmé les conclusions du Sommet mondial de l'alimentation de 1996 et l'objectif, confirmé par le Sommet mondial de l'alimentation: cinq ans après, consistant à atteindre la sécurité alimentaire pour tous, dans une perspective immédiate de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici 2015, au plus tard. Ils ont également réaffirmé leur engagement à concrétiser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Les résultats de la conférence ont englobé une Déclaration qui a été parachevée après de longues négociations. Elle décrivait les priorités et les activités proposées pour l'immédiat ainsi que des mesures à court, moyen et long termes, et le travail de suivi et d'évaluation.

Edition 2008 du Sommet du G 8: Les participants au Sommet du G8 de 2008, tenu à Toyako, Japon, entre les 25 et 27 juin 2008, ont exprimé leurs préoccupations concernant la situation d'urgence alimentaire et, dans une Déclaration sur la sécurité alimentaire mondiale, ont annoncé des mesures visant à faire face et à agir sur les causes profondes de la crise. Ils ont convenu de travailler avec la communauté internationale pour former un partenariat mondial pour l'agriculture et l'alimentation, impliquant l'ensemble des acteurs concernés, notamment les gouvernements des pays en développement, le secteur privé, la société civile, les donateurs et les institutions internationales. Ils ont également fait part de leur engagement en faveur d'une réforme en profondeur de la FAO, en vue de renforcer son efficacité dans le domaine de l'aide visant à garantir la sécurité alimentaire pour tous.

Trente-cinquième session (extraordinaire) de la Conférence de la FAO: A cette session extraordinaire, tenue à Rome, Italie, du 18 au 21 novembre 2008, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a proposé la convocation d'un Sommet mondial des chefs d'État et de gouvernement sur la sécurité alimentaire, en 2009, dans la foulée de la trente-sixième session de la Conférence de la FAO. L'objectif du Sommet serait de réaliser un large consensus en faveur d'une éradication rapide et totale de la faim dans le monde.

Réunion de haut niveau sur la sécurité alimentaire pour tous: Cette réunion s'est tenue à Madrid, Espagne, les 26-27 janvier 2009 pour: accélérer les progrès devant être accomplis dans la réalisation des OMD contre l'extrême pauvreté et la faim, traiter la question des effets de la fluctuation des prix sur les populations vulnérables et évaluer les progrès réalisés, suite à l'édition 2008 de la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale. Les participants, venus de 126 pays, ont fait part de leur soutien au Groupe spécial sur la crise alimentaire mondiale et se sont accordés sur l'importance d'un processus, intégratif et large, de consultations sur les options menant à l'établissement d'un partenariat mondial pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition.

CDD-17: Tenue du 4 au 15 mai 2009, au Siège de l'ONU à New York, cette réunion a pris des décisions fondées sur les discussions qui avaient eu lieu à la CDD-16. Ils y ont souligné, entre autres, le besoin urgent de prendre à bras le corps les questions de sécurité alimentaire et de développement agricole, et ont fait état des décisions pertinentes prises sur ces sujets ainsi que sur celui du commerce, par différentes instances. Ils y ont intégré des références au «droit à une nourriture adéquate» et à l'éradication de la pauvreté en milieu rural. Ils ont appelé à l'établissement d'un nouveau partenariat mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire et à une révolution verte, propre à stimuler la productivité agricole et la production et la sécurité alimentaires.

L'édition 2009 du Sommet du G8: Lors du Sommet du G8, tenu à L'Aquila, Italie, du 8 au 10 juillet 2009, les dirigeants du G8 et de 34 Etats et institutions et organismes internationaux ont approuvé une Déclaration conjointe sur la sécurité alimentaire mondiale («Initiative de L'Aquila sur la sécurité alimentaire»). Ils ont accueilli avec satisfaction les engagements pris par les pays représentés à L'Aquila pour la mobilisation de 20 milliards de dollars sur trois ans, au moyen d'une stratégie coordonnée et globale, axée sur le développement agricole durable, tout en veillant au maintien d'un engagement fort pour la garantie d'une aide alimentaire d'urgence adéquate. La stratégie porte, entre autres, sur le développement agricole et rural, sur la nécessité d'un financement soutenu et prévisible et sur la suppression des restrictions ou des taxes extraordinaires imposées aux exportations de produits alimentaires et, en particulier, ceux devant servir à des fins humanitaires. Mettant l'accent sur la nécessité d'une meilleure gouvernance mondiale sur la sécurité alimentaire, la Déclaration prend l'engagement de faire progresser la mise en œuvre du Partenariat mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire, d'ici fin 2009.

LE CHEMIN VERS LE SOMMET MONDIAL SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Forum d'experts de haut niveau: Comment nourrir le monde en 2050: Plus de 300 spécialistes internationaux se sont réunis à Rome, Italie, les 12 et 13 octobre 2009 pour aborder le défi consistant à répondre à la demande alimentaire mondiale d'ici 2050, en vue d'apporter une contribution au débat qui a suivi le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Ces spécialistes ont signalé que la demande mondiale de denrées alimentaires, d'aliments pour animaux et de fibres, est susceptible d'augmenter d'environ 70% au cours de la première moitié de ce siècle. Ils ont souligné que dans les pays en développement, l'agriculture aurait besoin d'investissements nets à hauteur de 83 milliards de dollars par an (soit une augmentation d'environ 50%) s'il doit y avoir suffisamment d'aliments pour nourrir une population de 9,1 milliards de personnes, prévue en 2050. Les experts ont examiné les défis posés par le changement climatique, la demande en matière de biocarburants et les demandes concurrentielles en terre et en eau, et ont débattu des investissements adéquats et options de politique nécessaires à la sécurité alimentaire au cours des quarante prochaines années.

Trente-cinquième session du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale: Etabli à la suite de la crise alimentaire des années 1970 et sur recommandation de la Conférence alimentaire mondiale de 1974, le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA) est l'instance onusienne chargée de l'évaluation et du suivi des politiques de sécurité alimentaire mondiale. A sa trente-cinquième session, tenue à Rome, Italie, du 14 au 17 octobre 2009, les membres du CSA se sont accordés sur de vastes réformes qui faisaient du CSA la plate-forme inclusive avant tout internationales et intergouvernementales qui s'occupent de la sécurité alimentaire et la nutrition, et d'une composante centrale de l'évolution du Partenariat mondial pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition. Les réformes du SCF sont destinées à focaliser la vision et le rôle du Comité sur la coordination des efforts déployés à l'échelle mondiale pour éliminer la faim et assurer la sécurité alimentaire pour tous.

Réunion pré-sommet et manifestations connexes: Trois événements spéciaux ont précédé le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, à savoir: un forum de la société civile, pour les ONG, les organisations de la société civile et les organisations d'agriculteurs, qui s'est tenue à Rome, Italie, entre les 14 et 16 novembre 2009; un forum du secteur privé, tenu à Milan, Italie, les 12 et 13 novembre 2009 et une réunion de parlementaires des parlements nationaux, tenue à Rome, Italie, le 13 Novembre 2009. En outre, le Mouvement des non alignés (MNA) a tenu le deuxième Sommet des Premières Dames des pays du MNA, le dimanche 15 novembre 2009, au siège de la FAO à Rome, Italie.

COMPTE RENDU DE LA RÉUNION
PLÉNIÈRE D'OUVERTURE
Le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire (le Sommet) s'est ouvert, à Rome, le 16 novembre 2009. Le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf, a souhaité aux délégués la bienvenue au Sommet et a exprimé sa gratitude à l'Arabie Saoudite pour la fourniture des fonds nécessaires à l'organisation du Sommet. Renato Schifani, président du Sénat italien, a souligné que l'accès à l'alimentation et l'accès à l'eau sont des droits universels, et a encouragé un renouvellement du multilatéralisme pour l'élimination de la faim et des inégalités. Le secrétaire général Ban Ki-moon a indiqué qu'il ne pouvait y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité climatique et a souligné l'importance des prochaines négociations à Copenhague et de la conclusion d'un accord sur un traité climatique juridiquement contraignant. Le Maire Giovanni Alemanno, a déclaré que Rome était fière d'accueillir le Sommet.

M. Diouf a mis en garde que l'intérêt international pour la question de la faim est en déclin, comme en témoigne l'absence de certains dirigeants mondiaux importants à ce Sommet. Il a appelé à davantage d'investissements dans l'agriculture pour vaincre la faim. Il a exprimé l'espoir de voir, après sa réforme, le Comité de la FAO pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA) servir de grande plate-forme internationale pour se pencher de manière efficace sur la question de sécurité alimentaire.

Silvio Berlusconi, Premier ministre d'Italie et président du Sommet, a souligné le besoin de traduire les paroles en actes. Les délégués ont élu comme vice-présidents du Sommet: Mahaman Moussa (Niger); Li Zhengdong (Chine), Eva Kjer Hansen (Danemark), Michelle Bachelet Jeria (Chili); Abdul Latif Jamal Rashid (Iraq); Alonzo Fulgham (Etats-Unis) et David Carter (Nouvelle Zélande). Les délégués ont adopté l'ordre du jour (WSFS 2009/1 Rev.1) et le calendrier des travaux (SFMS 2009/INF/1 Rev.1).

Mohammad Saeed Nouri-Naeeni, président du Groupe de travail à composition non limitée, a présenté la Déclaration du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Les délégués l'ont adoptée par acclamation.

Dans un discours liminaire donné à la mi-matinée, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a exhorté les dirigeants du monde à sensibiliser la conscience publique sur le droit à la nourriture et à l'eau pour tous, sans discrimination, et a souligné le rôle important de la FAO dans la mise en exergue de ces droits. Reconnaissant les différentes étapes ou développements, il a appelé à une relation de parité entre les pays pour s'assurer que chacun d'entre eux agisse en tant que protagoniste.

DÉCLARATION DU SOMMET MONDIAL SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
La Déclaration contient une introduction et deux chapitres portant sur les objectifs stratégiques et sur les engagements et actions. Il s'ouvre par un engagement pris par les chefs d'État et de gouvernement et leurs représentants, à prendre des mesures urgentes pour éradiquer la faim dans le monde.

Dans l'introduction, la Déclaration signale que le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté dépasse aujourd'hui 1 milliard, et que, pour nourrir une population mondiale qui, en 2050, dépasserait 9 milliards, la production agricole devra augmenter de 70%.
Dans le chapitre consacré aux objectifs stratégiques, la Déclaration énonce un certain nombre d'objectifs, consistant à:

* Veiller à la prise de mesures d'urgence nationales, régionales et mondiales pour réaliser pleinement le premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD) et celui du Sommet mondial de l'alimentation de 1996, qui consistent à réduire de moitié la proportion et le nombre de personnes qui souffrent de la faim et de la malnutrition, d'ici 2015.
* Travailler au sein du Partenariat mondial pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition et en s'appuyant sur les structures existantes, à l'amélioration de la gouvernance et de la coopération et à la promotion d'une meilleure coordination aux niveaux mondial, régional et national. Mettre en œuvre la réforme du CSA, qui est la plate-forme intégrative internationale et intergouvernementale la plus importante pour les acteurs engagés, pour faire progresser le partenariat mondial.
* Inverser le déclin du financement de l'agriculture, de la sécurité alimentaire et du développement rural dans les pays en développement et favoriser de nouveaux investissements.
* Faire Face aux défis posés par le changement climatique à la sécurité alimentaire et prendre des mesures d'adaptation et d'atténuation dans le secteur de l'agriculture.

La Déclaration stipule que, pour atteindre ces objectifs stratégiques, les engagements et les actions seront basées sur les cinq principes de Rome pour une sécurité alimentaire mondiale durable. Le chapitre consacré aux engagements et actions énonce ces principes comme suit (les cinq principes sont écrits ci-dessous en gras et sont suivis d'un bref résumé du texte qui suit chacun d'entre eux dans la Déclaration):

* Investir dans des plans appartenant aux pays eux-mêmes et visant à canaliser les ressources vers des programmes et des partenariats bien conçus et axés sur les résultats. Les défis de la sécurité alimentaire doivent être articulés à l'échelle nationale et fondés sur une consultation avec l'ensemble des principales parties prenantes.
* Favoriser la coordination stratégique aux niveaux national, régional et mondial pour améliorer la gouvernance, promouvoir une meilleure affectation des ressources, éviter la duplication des efforts et identifier les lacunes en matière de réactivité. Le rôle important du CSA est soutenu, en particulier, dans les domaines de la coordination à l'échelle mondiale, de la convergence politique, de l'aide et des conseils aux pays et aux régions, ainsi que la création d'un Groupe d'experts de haut niveau, dont le but est d'assurer la fourniture régulière de conseils fondés sur des preuves scientifiques.
* S'efforcer d'obtenir une approche mondiale de sécurité alimentaire, à deux voies, composée 1) d'une action directe visant à résoudre immédiatement la faim pour les plus vulnérables et, 2) de programmes à moyen et à long termes de développement rural, d'agriculture durable, de sécurité alimentaire, de nutrition visant à éliminer les causes profondes de la faim et de la pauvreté, notamment, à travers la réalisation progressive du droit à une alimentation adéquate. La Déclaration affirme le droit de tous à l'accès à une alimentation saine, suffisante et nutritive. Des mesures seront prises pour permettre aux agriculteurs, en particulier les femmes et aux petits agriculteurs des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, de s'adapter aux, et d'atténuer les, effets de ces derniers, au moyen de technologies appropriées et de pratiques qui améliorent la résistance des systèmes agricoles.
* Assurer un rôle important au système multilatéral par des améliorations durables de l'efficacité, de la réactivité, de la coordination et de l'efficacité des institutions multilatérales. La Déclaration encourage le renforcement de la coordination entre toutes les institutions des Nations Unies, en particulier, la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Programme alimentaire mondial (PAM) et les institutions financières internationales. Le travail important entrepris par le Groupe spécial de haut niveau des Nations unies sur la crise de la sécurité alimentaire mondiale (GSHN) est reconnu.
* S'assurer de l'engagement soutenu et substantiel de tous les partenaires à l'investissement dans l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition, avec fourniture des ressources nécessaires en temps opportun et de manière fiable, destinées à des plans et programmes pluriannuels. La Déclaration réaffirme tous les engagements de l'aide publique au développement (APD), y compris l'engagement pris par de nombreux pays industrialisés pour atteindre l'objectif de 0,7% du produit national brut pour l'APD aux pays en développement, d'ici 2015. Elle accueille avec satisfaction les engagements de la Déclaration conjointe de L'Aquila en faveur de la sécurité alimentaire mondiale, de Juillet 2009, notamment ceux en faveur de l'objectif consistant à mobiliser 20 milliards de dollars, sur trois ans.


SEGMENT DE HAUT NIVEAU

Après la cérémonie inaugurale et durant le reste du Sommet, 148 pays et représentants d'organismes ont fait des déclarations en séance plénière. Les intervenants comprenaient 42 chefs d'État et de gouvernement, 81 ministres et représentants de niveau ministériel, 12 ambassadeurs et autres représentants des pays, et 9 représentants de divers organismes et agences. Le Président de la Commission européenne (CE) et Vice-Premier ministre de Suède, pays qui assure actuellement la présidence de l'Union européenne (UE), a également pris la parole.

Les intervenants: Les pays suivants étaient représentés par leurs chefs d'État et de gouvernement: La Jamahiriya arabe libyenne, l'Egypte, le Brésil, le Qatar, le Chili, la Slovénie, la Guyane, le Mali, les Seychelles, le Malawi, l'Angola, le Bangladesh, l'Albanie, la Zambie, la République-Unie de Tanzanie, le Suriname, le Swaziland, Saint-Marin, le Burundi, la République centrafricaine, le Tchad, le Gabon, le Mozambique, les Comores, le Zimbabwe, la Guinée-Bissau, la République du Congo, le Paraguay, le Sierra Leone, la Turquie, le Maroc, les Iles Cook, l'Arménie, Andorre, Fidji; la Somalie, la Malaisie, le Cambodge, le Turkménistan, le Cameroun, l'Indonésie, la Chine et l'Afrique du Sud.

Les pays suivants étaient représentés par des ministres et des représentants de niveau ministériel: l'Espagne, la Fédération de Russie, l'Inde, la France, l'Allemagne, la Norvège, Cuba, la Mauritanie, l'Arabie saoudite, l'Algérie, la Gambie, le Koweït, le Nigeria, l'Autriche, les Emirats Arabes Unis, l'Italie, la Jordanie, le Sénégal, Bahreïn, le Rwanda, le Kirghizistan, le Cap-Vert, l'Islande, Bhoutan, l'Ouganda, la Mongolie, la Moldavie, la Namibie, le Lesotho, Niue, la République démocratique du Congo, le Népal, le Ghana, les Pays-Bas, la République islamique d'Iran, l'Argentine, le Laos, le Viet- Nam, la Serbie, la Barbade, Haïti, les Philippines, le Guatemala, le Yémen, le Salvador, la Suisse, le Danemark, le Portugal, la Syrie, le Kenya, la République de Corée, le Pakistan, l'Uruguay, l'Irak, le Canada, le Soudan, Myanmar, l'Irlande, Oman, Madagascar, la Finlande, la Thaïlande, le Botswana, Trinité-et-Tobago, Djibouti, Panama, l'Equateur, Samoa, Israël, le Luxembourg, la Slovaquie, Saint-Kitts & Nevis, les Iles Salomon, le Burkina Faso, l'Australie, le Libéria, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Kazakhstan, la Nouvelle - Zélande, le Belize et la Palestine.

D'autres représentants ont pris la parole au nom des pays suivants: le Venezuela, la Côte d'Ivoire, la Guinée équatoriale, la Croatie, Maurice, les États-Unis, Malte, Chypre, le Royaume-Uni, l'Afghanistan, le Japon et la Grèce.

Les organisations et institutions suivantes ont également fait des déclarations: La Commission de l'Union africaine, le Fonds commun pour les produits de base, la Banque islamique de développement, le Groupe de contact pour la réforme de la commission de la sécurité alimentaire mondiale, Biodiversity International, Droit à l'alimentation, le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Organisation météorologique mondiale.

Les déclarations: Les délégués ont regretté que les participants au Sommet soient loin d'atteindre l'objectif établi lors du Sommet mondial de l'alimentation de 1996 et consistant à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées à la date butoir de 2015. Plusieurs intervenants ont signalé qu'en fait, le nombre de personnes touchées par la faim a augmenté de 100 millions depuis 2008. Certains ont applaudi l'attention accrue portée à la sécurité alimentaire depuis 2008, mais d'autres ont souligné que l'absence de plusieurs pays riches à ce Sommet est un signe de l'absence d'un sens d'urgence qui entoure cette question.

De nombreux délégués étaient d'avis que l'alimentation n'est pas seulement essentielle pour la survie de l'homme mais qu'elle est aussi un droit humain fondamental. Certains pays ont insisté pour que la sécurité alimentaire et nutritionnelle soit considérée comme un droit légal, et l'éradication de la faim, une norme de droit international. Faisant état de la prolifération de maladies comme le diabète de type 2, les maladies cardiaques et le cancer dans les pays en développement, un délégué a souligné le caractère critique de la qualité des aliments et l'impératif de s'assurer que les populations des pays en développement aient accès à une nourriture riche en énergie et nutriments. Il a indiqué que cela nécessitait des investissements dans l'intensification et la diversification de l'agriculture. Certains délégués ont souligné l'importance des protéines de poisson pour l'alimentation de la plupart des pauvres dans le monde, et ont souligné que la détérioration des milieux marins menaçait la sécurité alimentaire.

Les délégués ont souvent souligné l'existence d'une corrélation entre les crises économique, financière et alimentaire, mais la manière dont ces crises sont interconnectées reste contestée. La plupart des délégués ont convenu, toutefois, que la négligence de l'agriculture et du développement rural de la part, à la fois des pays industrialisés, des pays en développement et des organismes donateurs, au cours des dernières décennies, a été un contributeur majeur à l'insécurité alimentaire, et ont appelé à un accroissement des investissements. Une délégation a indiqué que la sécurité alimentaire et le développement rural sont les responsabilités de plusieurs ministères et pas uniquement de celui de l'agriculture.

Plusieurs ont souligné que l'agriculture est l'un des moteurs de croissance les plus puissants dans les pays en développement, mais que les budgets ont diminué au cours des dernières décennies. Ils ont soutenu que les investissements dans ce secteur ne devraient pas être réduits en raison de la crise financière. Des représentants de plusieurs pays africains ont noté qu'ils s'efforçaient de consacrer 10% de leurs budgets nationaux à l'agriculture, comme stipulé dans la Déclaration de Maputo de 2003 de l'Union africaine. Ils ont énuméré différents domaines où l'investissement est nécessaire, en insistant sur le besoin d'investir dans les petits agriculteurs et les agricultrices, en particulier.

Bien que les délégués aient convenu que la sécurité alimentaire est un problème national, régional et mondial qui exige une action coordonnée entre tous les niveaux, ils ont divergé dans leurs analyses de l'entité qui devrait assumer la responsabilité d'assurer la sécurité alimentaire ou des rôles devant être joués par les différents acteurs. Certains pays en développement ont évoqué la dette qui leur est due pour les années d'exploitation coloniale de leurs ressources, tandis que d'autres ont blâmé le système capitaliste mondial. Certains ont déclaré que les pays industrialisés devaient prendre l'initiative en fournissant une assistance financière et technique, en vue de la sécurité alimentaire, et que les pays en développement devaient assurer un environnement favorable aux investissements. D'autres délégués ont suggéré que le devoir des pays industrialisés n'est pas de fournir des aides, mais de créer les conditions propices pour le développement, mettant l'accent sur le transfert de technologie, le renforcement des capacités et l'accès au marché. Plusieurs pays européens ont déclaré qu'une augmentation des ressources devait aller de paire avec une bonne gouvernance. Les délégués des pays industrialisés comme ceux des pays en développement ont appelé à des programmes conduits par les pays eux-mêmes, qui contribuent à la sécurité alimentaire.

Les pays en développement ont examiné des approches susceptibles d'être adoptées en matière de mobilisation des investissements, certains d'entre eux notant que le progrès économique dans les pays pauvres aura des effets positifs sur le commerce international. Un délégué a suggéré de mener une campagne à l'attention des habitants des pays industrialisés, pour renforcer la volonté politique nécessaire à la fourniture de financements aux pays en développement. Un autre a dit que nombre de besoins alimentaires des pays en développement pouvaient être présentés sous forme de propositions commerciales et bancables attrayantes pour les pays industrialisés. D'autres étaient d'avis que les pays en développement devaient se concentrer sur le commerce et les transactions commerciales, pas sur l'aide.

Dans leurs déclarations, les représentants des pays en développement ont décrit le soutien dont ils ont besoin de la part des pays industrialisés. Plusieurs ont souligné l'importance de la coopération Sud-Sud ou de la coopération triangulaire. Les pays en développement ont appelé à soutenir: les mécanismes pour stimuler le transfert de technologie, le renforcement des capacités dans le domaine du traitement des produits primaires pour des recettes accrues de l'export, et des programmes ciblés permettant d'accroître la production agricole des pays les moins avancés. Le délégué d'un pays a appelé la FAO à apporter une aide spécifique à la recherche scientifique pour l'agriculture dans les pays en développement, et un autre, à créer des banques de semences améliorées, pour la sécurité alimentaire. Certains orateurs ont souligné la nécessité de stocks alimentaires internationaux à la disposition de tous les pays en situation d'urgence. Les pays asiatiques ont mis en relief le récent accord conclu par les pays du sud-est asiatique pour établir une Réserve de riz pour les situations d'urgence en Asie orientale. Certains délégués africains ont encouragé la production d'intrants, tels que les engrais, en Afrique.

Plusieurs pays en développement ont mis en exergue des actions et des programmes nationaux fructueux visant à lutter contre l'insécurité alimentaire et promouvoir le développement agricole et rural et l'alimentation. Ils ont, entre autres, décrit: des stratégies nationales pour atteindre l'OMD consistant à réduire de moitié, d'ici 2015, la pauvreté et la faim; des stratégies de sécurité alimentaire qui comprennent la diversification économique, l'agriculture durable, les programmes de sécurité sociale et des plates-formes intersectorielles visant à intégrer la société civile; les stratégies de réforme agraire; les incitations fiscales; les subventions aux petits exploitants agricoles; des programmes de fourniture des équipements; et des programmes de fourniture de crédit pour les agriculteurs. Certains délégués ont décrit les investissements dans l'infrastructure rurale et divers types de technologies adaptées aux différentes conditions. D'autres ont décrit les partenariats régionaux dans lesquels ils se sont engagés afin de se prémunir contre l'insécurité alimentaire. Le programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine a été souligné.

De nombreux pays industrialisés ont mis en relief les engagements bilatéraux et multilatéraux en vue de lutter contre la sécurité alimentaire, notamment: une aide accrue pour la sécurité alimentaire, le développement agricole et rural, et l'alimentation; faire de la sécurité alimentaire une des hautes priorités de l'aide de leur pays; et le déliement de l'aide alimentaire. Certains pays en développement ont indiqué qu'ils avaient destiné une partie de leurs exportations de produits alimentaires aux pays nécessiteux. La Banque islamique de développement a souligné son accord avec la FAO, conclu le 15 novembre 2009, visant à fournir 1 milliard de dollars pour le développement agricole dans les pays pauvres qui appartiennent aux deux organisations.

Le commerce fut l'objet de débats importants, plusieurs intervenants soulignant l'indivisibilité de la sécurité alimentaire. Décrivant la faim comme le signe le plus cruel et le plus tangible de la pauvreté, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a déploré la faiblesse des mécanismes de sécurité alimentaire actuels, et a encouragé un meilleur accès aux marchés pour les pays pauvres. Plusieurs représentants de pays en développement ont noté la possibilité, pour eux, d'être des exportateurs de produits alimentaires, mais ont déclaré que le manque d'accès au marché, en plus d'une organisation régionale faible et d'une aide insuffisante de la communauté internationale, faisait obstacle à cette possibilité.

Certains délégués ont fait valoir que les produits alimentaires doivent être produits là où c'est la meilleure et la plus efficace façon de le faire, ce qui exige un système commercial qui permet aux produits alimentaires de circuler librement. Mettant en garde contre le fait que les politiques pour renforcer la sécurité alimentaire sur la base de l'autosuffisance réduisent le pouvoir d'achat – qui est essentiel pour réduire la pauvreté – certains ont souligné que le commerce est une composante essentielle d'un ensemble complet visant à atteindre la sécurité alimentaire. Plusieurs pays ont encouragé: des réglementations commerciales transparentes et non discriminatoires; la lutte contre la spéculation sur les prix des produits agricoles; l'accès aux marchés pour les pays en développement; et l'élimination des subventions. Certains ont souligné que la sécurité alimentaire est une responsabilité nationale. Les pays industrialisés ainsi que les pays en développement ont appelé à une conclusion fructueuse du round de Doha des négociations de l'OMC.

Certains pays en développement ont fait objection à l'appel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international visant à réduire la part de l'agriculture dans les économies nationales, et ont encouragé la révision de la classification de la Banque mondiale des économies pour refléter les réalités du terrain.

Plusieurs délégués ont souligné les liens entre l'alimentation et la sécurité mondiale, certains affirmant que la stabilité sociale et la primauté du droit ne peuvent être atteintes si les gens ont faim. Certains ont également décrit les défis entourant le partage des eaux transfrontières, notamment dans un contexte croissant de pénurie d'eau. Notant que la coopération mondiale entre les gouvernements en réponse à la crise financière a évité une dépression, certains ont insisté sur la nécessité d'une coopération sur la sécurité alimentaire afin de prévenir un désastre social.

De nombreux orateurs ont insisté sur l'indivisibilité de la sécurité alimentaire par rapport au développement durable. Ils ont également noté les liens à la biodiversité, la désertification et la dégradation des terres. Le lien entre la sécurité alimentaire et les changements climatiques a suscité des discussions importantes. Les délégués ont souligné à la fois les impacts des changements climatiques sur l'agriculture et la sécurité alimentaire ainsi que le rôle que l'agriculture peut jouer dans l'atténuation des changements climatiques. De nombreux pays ont mis en évidence les effets dévastateurs des catastrophes naturelles sur les populations, les petits Etats insulaires et les pays dotés de régions arides soulignant qu'ils sont particulièrement touchés. S'agissant des biocarburants, certains délégués ont souligné leurs effets potentiellement néfastes sur la sécurité alimentaire, tandis que d'autres ont soutenu que la production et l'utilisation contrôlées des biocarburants de deuxième génération pourraient aider à atténuer le changement climatique et renforcer le développement rural.

Certains délégués ont fait valoir que les prochaines négociations de Copenhague sur les changements climatiques doivent aborder la sécurité alimentaire, plusieurs affirmant que la mobilisation de financements supplémentaires pour la sécurité alimentaire doit être un des principaux résultats. Un certain nombre de pays en développement ont indiqué qu'ils ont besoin de financement pour adapter leurs systèmes de production alimentaire dans le contexte d'un climat changeant. Une délégation de pays industrialisé a souligné la nécessité d'une recherche accrue et d'échange de connaissances sur l'agriculture, en particulier liés aux conséquences des changements climatiques. Plusieurs délégués de pays industrialisés et de pays en développement ont émis l'espoir d'obtenir un résultat positif lors des négociations climatiques de Copenhague, quelques-uns insistant sur le fait qu'un accord juridiquement contraignant doit être atteint.

S'agissant de la Déclaration du Sommet, plusieurs ont noté qu'elle avait été considérablement édulcorée par rapport au projet initial. Toutefois, d'autres ont accueilli avec satisfaction les principes de la Déclaration et fait valoir que c'était un bon point de départ qui a le potentiel de marquer le début d'une ère nouvelle et prometteuse de l'engagement mondial. Faisant référence à la prolifération des sommets et des déclarations, d'autres ont déclaré que la Déclaration peut – et doit – servir de tremplin pour établir des objectifs mesurables et des calendriers pour des actions concrètes en ce qui concerne les approches à court, moyen et long termes pour la sécurité alimentaire.

Les délégués ont souligné les faiblesses dans la Déclaration sur des questions telles que: la spéculation sur les marchés à terme; les agrocarburants; les salaires et les conditions de travail des agriculteurs; et les effets néfastes que l'agriculture conduite par l'export peut avoir sur les petits agriculteurs. Certains ont applaudi la reconnaissance de la Déclaration des orientations volontaires 2004 de la FAO pour appuyer la réalisation progressive du droit à une alimentation adéquate dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale.

Certains ont souligné la nécessité d'approches globales et orientées vers l'action pour aborder la sécurité alimentaire, avec des responsabilités claires pour la société civile, les agences des Nations Unies, le secteur privé, les organisations multilatérales et d'autres parties prenantes pertinentes. D'autres ont souligné la nécessité d'un système participatif de gouvernance mondiale fondé sur la centralité de l'ONU. Ils ont souligné que la bonne gouvernance est nécessaire pour assurer les effets durables des investissements. À ces égards, les délégués ont accueilli avec satisfaction la réforme du CSA, bien que plusieurs aient souligné le besoin de surveillance des réformes pour assurer une meilleure gouvernance mondiale. Certains ont exprimé l'espoir que le CSA puisse devenir le principal forum international pour développer des solutions de sécurité alimentaire, tandis que beaucoup ont souligné la nécessité d'élargir le nombre et les types d'acteurs impliqués pour assurer des politiques ascendantes axées sur les besoins des régions et des communautés.

Plusieurs délégués ont souligné les rôles majeurs que le GSHN du Secrétaire général de l'ONU sur la crise alimentaire mondiale, la FAO et le Partenariat mondial pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et l'alimentation, en évolution, devraient jouer. Plusieurs participants ont demandé une meilleure coordination entre la FAO, le PAM, le FIDA et les agences pertinentes des Nations Unies. Ils ont également fait valoir que, bien qu'aucune institution ne soit en mesure d'aborder, seule, la sécurité alimentaire, la FAO peut jouer un rôle plus efficace dans la coordination des actions des institutions compétentes. Certains ont recommandé que la FAO renforce sa coopération avec le secteur privé.

Notant qu'une action concrète nécessite des investissements concrets, plusieurs pays ont salué les engagements pris à L'Aquila pour réunir 20 milliards de dollars sur trois ans au profit de la sécurité alimentaire, mais certains ont fait valoir que ces fonds ne suffisent pas pour faire face à ce problème et ne se sont pas encore matérialisés. Les pays en développement ont exhorté les pays industrialisés à mettre les fonds à disposition en temps opportun. Certaines délégations ont souligné la nécessité de définir les principes d'investissement des fonds, tandis que d'autres ont souligné que le financement ne doit pas être distribué sous forme de dons d'aide alimentaire ou de transferts agricoles.

Veuillez vous reporter à http://www.iisd.ca/download/pdf/sd/ymbvol150num5f.pdf et http://www.iisd.ca/download/pdf/sd/ymbvol150num6f.pdf pour une couverture plus détaillée du segment de haut niveau.

TABLES RONDES

Pendant le Sommet, quatre discussions de tables rondes ont été organisées; elles sont résumées ci-dessous.

TABLE RONDE 1:Cette table ronde, tenue le 16 novembre, a abordé les impacts négatifs des crises alimentaire, économique et financière sur la sécurité alimentaire mondiale (voir la note conceptuelle WSFS/2009/RT/1). Saeed Masri, Ministre jordanien de l'Agriculture et Beverley Oda, Ministre canadienne de la Coopération internationale ont siégé comme coprésidents. Quatre intervenants ont présenté des exposés: Josette Sheeran, Directrice exécutive du PAM; Vashee Ajay, Farming First; Koos Richelle, Directeur général de l'Office de coopération EuropeAid de la CE; et Amit Roy, président et directeur général, Centre international pour la fertilité des sols et le développement agricole.

Les orateurs et les participants ont souligné le rôle des petits exploitants agricoles dans la sécurité alimentaire. Ils ont noté que la majorité des petits exploitants agricoles sont des femmes et ont souligné, entre autres: leur vulnérabilité particulière contre les effets de la crise économique et les subventions agricoles des pays industrialisés; la nécessité d'investir dans les marchés alimentaires locaux, notamment en canalisant l'aide en partie à travers les organisations paysannes; et l'importance de l'accès aux informations et aux contributions des marchés, en particulier les engrais.

En ce qui concerne la façon de réagir aux crises de sécurité alimentaire, les participants ont distingué des actions visant à traiter: la non-disponibilité des aliments; l'inaccessibilité aux aliments causée par les prix élevés des denrées alimentaires; et l'inaccessibilité des aliments en raison de l'incapacité des agriculteurs d'accéder aux marchés. Les participants ont également: souligné la nécessité d'améliorer les systèmes d'alerte précoce et de développer des filets de sécurité alimentaire; appelé à une meilleure information statistique pour identifier les pays qui en ont besoin et les actions requises; noté que, suite à une crise alimentaire, les partenariats doivent passer de l'aide au développement; et ont recommandé une planification à l'échelle nationale et des partenariats public-privé.

TABLE RONDE 2:
Cette table ronde (voir la note conceptuelle WSFS/2009/RT/2), tenue le 17 novembre, a discuté de la réforme de la gouvernance mondiale en soutien aux stratégies de sécurité alimentaire. Guilherme Cassel, Ministre brésilien du développement agraire, et Mariann Fischer Boel, Commissaire européenne chargée de l'agriculture et du développement rural, ont siégé comme coprésidents. Les intervenants furent: Maria del Carmen Squeff, Représentante permanente suppléante de l'Argentine auprès de la FAO; Pat Mooney, directeur exécutif de l'Action Group on Erosion, Technology and Concentration; Uma Lele, Conseillère spéciale, M.S. Swaminathan Foundation; et Tesfai Tecle, conseiller spécial de Kofi Annan, président de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique.

Les participants ont discuté de la réforme du CSA, indiquant qu'avec l'augmentation actuelle du multilatéralisme et de la participation de la société civile, c'est un moment décisif pour la FAO. Ils ont recommandé une diffusion à un plus grand nombre d'acteurs de la prise de décision et l'implication des agences internationales. Ils ont suggéré que le CSA pourrait entreprendre une méta-évaluation de la FAO, du FIDA, du PAM et du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale.

S'agissant de la gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire, les participants: ont mis en lumière le rôle des partenariats; ont accueilli avec satisfaction la tendance consistant à apporter de nouveaux acteurs, en particulier la société civile; ont espéré que le débat sur la gouvernance aboutirait à une convergence des actions, en particulier au niveau national; ont appelé à une gouvernance mondiale et une coordination rationalisées entre les niveaux national, régional et mondial; ont insisté sur le rôle des experts; et ont appelé à des réponses à la volatilité des prix.



TABLE RONDE 3:
Cette table ronde, tenue le 17 novembre, a abordé la relation de l'agriculture et de la sécurité alimentaire avec les politiques d'atténuation et d'adaptation (voir la note conceptuelle WSFS/2009/RT/3). Hasina Wajed, Premier ministre du Bangladesh, et Tony Burke, ministre australien de l'Agriculture, des Pêches et des Forêts, ont siégé comme co-présidents. Les orateurs étaient M.S. Swaminathan, Président, M.S. Swaminathan Foundation; Mahmoud Solh, Directeur général du Centre international de recherches agricoles dans les zones arides (ICARDA); Florin Vladu, Administrateur de programme, Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et Ger Bergkamp, Directeur Général, World Water Council.

Les orateurs et les participants ont déclaré que la foresterie et les politiques agricoles durables peuvent apporter des avantages pour la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la biodiversité et l'atténuation et l'adaptation aux changements climatiques. Ils ont identifié comme domaines d'action prioritaires: la résilience des systèmes de production alimentaire et des écosystèmes; la conservation des ressources génétiques; et la gestion intégrée des nuisibles et des maladies.

En ce qui concerne l'adaptation, ils ont suggéré que la diversification de la production alimentaire et l'approvisionnement en eau peuvent être une pierre angulaire et ont appelé à une coopération renforcée des pays les plus vulnérables. Ils ont également donné des exemples de planification de l'adaptation proactive, y compris, notamment: l'élaboration de scénarios régionaux; l'élargissement de la gamme de variabilité génétique; le développement de variétés de cultures pour différents scénarios climatiques; et le renforcement des réserves d'eau pour l'irrigation et le bétail. Discutant de la contribution de l'agriculture à l'atténuation, les participants ont insisté sur la priorité de répondre aux demandes alimentaires mondiales, ont appelé à promouvoir une agriculture et une gestion durable des forêts dans le régime climatique, et ont encouragé la recherche concernant des pratiques agricoles amies du climat.



TABLE RONDE 4:
Cette table ronde, tenue le 18 novembre, a abordé les mesures visant à renforcer la sécurité alimentaire mondiale (voir la note conceptuelle WSFS/2009/RT/4). Dans une déclaration liminaire, Luisa Dias Diogo, Premier Ministre du Mozambique, a décrit l'expérience de son pays dans le renforcement de la production alimentaire, et a insisté sur l'affectation des ressources, la création d'un système financier rural, de la paix et de la stabilité politique et du leadership.

Le coprésident Karel de Gucht, Commissaire européen au Développement, a décrit les politiques commerciales de l'UE comme ne créant pas de distorsion, et a souligné que les petits agriculteurs ont besoin d'infrastructures et de politiques fiscales encourageantes. Le coprésident Tina Joemat-Peterson, ministre de l'agriculture, des forêts et des pêches de l'Afrique du Sud, a déclaré que la production agricole est la pierre angulaire du développement économique, et a proposé des partenariats pour accroître la production et assurer la sécurité alimentaire. Kanayo Nwanze, Président du FIDA, a déclaré que la sécurité alimentaire fait partie intégrante de la sécurité internationale. Il a souligné l'investissement cohérent, la recherche et l'accès aux marchés. Clemens Boonekamp, directeur de la Division de l'agriculture et des produits de base de l'OMC, a parlé des aspects positifs du commerce, a mis en garde contre le protectionnisme et la notion d'autosuffisance, et a expliqué l'état des négociations de Doha. Joachim von Braun, directeur général de l'Institut de recherche sur les politiques alimentaires, a indiqué que la recherche sur les histoires de succès avéré a démontré des caractéristiques communes comme l'accent placé sur les science et technologie, les incitations pour le secteur privé, les investissements et le leadership. Karen Serres, Présidente du Comité des agricultrices de la Fédération internationale des producteurs agricoles, a déclaré que les politiques commerciales doivent favoriser les petits agriculteurs dans les chaînes de valeur des aliments.

Les ministres et les autres délégués ont examiné, en particulier: l'agriculture comme composante d'un ensemble de politique global; le développement rural intégré; les mesures pour stimuler la production alimentaire; l'accès des petits agriculteurs aux marchés; l'agriculture familiale de subsistance et le régime foncier; les restrictions commerciales; l'accaparement des terres dans le cadre d'une pénurie croissante des aliments; les répercussions des changements climatiques; et le rôle des femmes.

CLÔTURE DU SOMMET

Le mercredi matin, les représentants des réunions précédant le Sommet ont résumé leurs contributions au Sommet et à la lutte contre l'insécurité alimentaire. Le résultat de la réunion des parlementaires comprend des recommandations pour: adopter des cadres juridiques et législatifs pour protéger le droit à l'alimentation; l'autonomisation des femmes, notamment en assurant leur accès à la terre, aux crédits et aux marchés; le budget de la sécurité alimentaire; et pour des efforts en vue de concrétiser les OMD d'ici 2015. Les participants à la réunion du secteur privé ont accepté une charte qui traite des questions liées à la productivité et l'efficacité, à la durabilité, aux chaînes de valeur alimentaire et aux pratiques commerciales, et des partenariats et des politiques habilitantes. Ils ont convenu que l'Expo 15, dont le thème est “Pour nourrir la Planète. Énergie pour la vie” et qui se tiendra en 2015 à Milan, en Italie, sera une plate-forme importante pour faciliter les actions mondiales et locales visant à promouvoir la sécurité alimentaire. La Déclaration de la réunion des ONG et de la société civile note, entre autres: la demande pour la souveraineté alimentaire; le droit à une alimentation disponible, accessible, nutritive et culturellement acceptable; la possibilité pour le CSA de devenir le principal organisme inclusif international pour la sécurité alimentaire dans le système des Nations Unies ainsi que le manque de moyens financiers suffisants pour lui permettre d'atteindre cet objectif; et les travaux requis au sein du CSA afin d'assurer la cohérence entre les différents organismes au sein de l'infrastructure globale de sécurité alimentaire.

Alexander Müller, Sous-Directeur général de la FAO, a résumé les quatre tables rondes qui se sont tenues pendant le Sommet.

Marcela Villarreal, FAO, a lu un projet de message du deuxième Non-Aligned Movement (NAM) First Ladies Summit, qui s'est tenu à Rome, le 15 novembre 2009. Elle a noté qu'en soulignant qu'elles représentent plus de 2 milliards de femmes originaires de pays en développement, les participantes ont indiqué que l'agriculture et le développement rural sont essentiels pour la sécurité alimentaire. Villarreal a expliqué que les participantes ont déclaré que les femmes doivent jouer un rôle crucial, mais n'ont pas accès aux ressources de base y compris la terre, le financement, et les apports technologiques et a appelé les gouvernements à prioriser la sécurité alimentaire et les agences de l'ONU à fournir un cadre pour le renforcement des capacités pour les femmes, y compris, notamment: les conditions juridiques et institutionnelles pour l'accès des femmes aux ressources; l'identification des meilleures pratiques; l'élaboration de données ventilées par sexe; et une coopération accrue des pays et organisations en mettant l'accent sur les femmes.

Diouf a remercié tous les délégués pour leur participation et leur enthousiasme, et pour l'adoption à l'unanimité de la Déclaration du Sommet. Il a indiqué que des mesures importantes avaient été prises pour atteindre l'objectif d'un monde libéré de la faim, et a exhorté tous les pays à prendre des mesures concrètes et urgentes, même si la Déclaration ne définit pas des objectifs quantifiés ou des délais. Rappelant aux participants que “la faim ne peut attendre”, il a clos le sommet à 12h44.

RÉUNIONS A VENIR

QUINZÈME CONFÉRENCE DES PARTIES À L'UNFCCC ET CINQUIÈME RÉUNION DES PARTIES AU PROTOCOLE DE KYOTO: La CdP 15 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la CdP/RdP 5 du Protocole de Kyoto auront lieu du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, Danemark. Ces réunions coïncideront avec les 31e réunions des organes subsidiaires de la CCNUCC. Dans le cadre de la “feuille de route” adoptée à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Bali en décembre 2007, la CdP 15 et la CdP/RdP 5 devraient finaliser un accord sur un cadre pour la lutte contre les changements climatiques après 2012 (lorsque la première période d'engagement du protocole de Kyoto arrivera à son terme). Pour plus d'informations, contacter: Secrétariat de la CCNUCC; tél: +49-228-815-1000; fax: +49-228-815-1999; courriel: secretariat@unfccc.int; Internet: http://unfccc.int/meetings/unfccc_calendar/items/2655.php?year=2008

SOMMET DES REGIONS DU MONDE SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE: Cette réunion se tiendra du 18 au 19 janvier 2010 à Dakar, au Sénégal. Organisée sur la base d'un questionnaire envoyé aux régions du monde pour collecter des informations sur les questions liées à l'alimentation, ce Sommet aidera à identifier les domaines spécifiques dans lesquels la coopération entre les régions peut apporter une valeur ajoutée aux initiatives nationales et internationales. Le Sommet réunira des représentants des autorités locales, des gouvernements nationaux et des organisations internationales afin de proposer des solutions innovantes pour lutter contre l'insécurité alimentaire. Pour plus d'informations, contacter: Marie Imbs; courriel: marie.imbs@crpm.org; Internet: http://www.regionsfoodsummit.org/en/index.php

CONFÉRENCE MONDIALE SUR LA RECHERCHE AGRICOLE POUR LE DÉVELOPPEMENT: Cette conférence sera organisée par le Forum mondial sur la recherche agricole (GFAR), à Montpellier, France, du 28 au 31 mars 2010. La Conférence fournira un plan d'action global et une stratégie pour améliorer la recherche agricole en vue de maximiser l'impact sur le développement, en particulier des pauvres. Ces plan et stratégie seront établis par le biais de consultations avec les représentants d'un large éventail d'acteurs de la recherche agricole dans le monde. Pour plus d'informations, contacter: Secrétariat du GFAR; tél: +39-06-5705-3413; fax: +39-06-5705-3898; courriel: gcard2010@fao.org; Internet: http://www.egfar.org/egfar/website/gcard

SOMMET ALIMENTAIRE DU PACIFIQUE: ACTION DE FACILITATION POUR UNE REGION DU PACIFIQUE BENEFICIANT D'UNE SECURITE ALIMENTAIRE: Ce sommet est prévu en avril 2010, et vise à réunir des leaders de la santé, de l'agriculture et de l'industrie sur le thème de la sécurité alimentaire. Ils vont finaliser une Déclaration du Pacifique sur la sécurité alimentaire et un plan d'action qui l'accompagne. Le Groupe de travail Pacifique Secure (FSP) a été établi en tant qu'organe préparatoire. Pour plus d'informations, contacter: Colin Bell; courriel: bella@who.int; Internet: http://foodsecurepacific.org/summit.html

EDITION 2010 DU SOMMET DES LEADERS DU PACTE MONDIAL DES NATIONS UNIES: Ce sommet, sur invitation uniquement, aura lieu les 24 et 25 juin 2010 à New York. Il réunira les leaders de tous les secteurs pour rehausser le rôle du secteur des affaires et de l'investissement responsables dans la réalisation de la transformation nécessaire vers des marchés plus durables et inclusifs. Le Sommet traitera, entre autres, le défi des changements climatiques et les progrès dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Pour plus d'informations, contacter: Nessa Whelan: whelan@un.org; Press contact: Matthias Stausberg; tél: +1-917-367-3423; fax: +1-212-963-1207; courriel: stausberg@un.org: internet: http://www.unglobalcompact.org/newsandevents/2010_Leaders_Summit/index.html
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FLEAU NOMME XENOPHOBIE INTER AFRIQUE

Ce fléau nommé xénophobie inter-africaine
L'Afrique accueille un nombre important d'étrangers venus des pays voisins. Mais la violence des expulsions actuelles en Angola et en RDC est due à l'instrumentalisation politique de l'immigration.

Sur nombre d'aspects, les Etats-Unis d'Afrique sont décidément mal partis! Si les frontières douanières baissent au sein des grands blocs régionaux, les murs s'érigent entre les "nationaux" et les "étrangers" dans de nombreux pays, les crises sociales aidant. Les 160 000 Congolais récemment expulsés d'Angola, suivis des 40 000 Angolais refoulés de RDC par "réciprocité" (selon les chiffres officiels), à chaque fois au mépris du droit humanitaire, voilà une actualité qui nous rappelle une triste réalité panafricaine.

Nous avons tous en mémoire les déchaînements sur les non-autochtones, en Afrique du Sud, les ravages de l'"ivoirité", de la "congolité", etc. Ou ces nombreux pays (Kenya, Burundi, notamment) qui renvoient manu militari des réfugiés fuyant les guerres dans les pays voisins...

Rafles, violences. Le phénomène choque surtout par sa violence. Les services d'information humanitaire de l'ONU (OCHA) ont recueilli des témoignages en octobre dernier auprès des refoulés congolais. "En deux ans j'ai connu deux «rusca» (rafles), raconte par exemple Alphonsine, Congolaise chassée de l'Angola. Ca se passe souvent entre 3 et 4 heures du matin. Vous vous réveillez nez à nez avec les militaires qui font irruption dans les campements".

Officiellement, les autorités administratives parlent de "migrants illégaux". Les ONG, elles, confirment que même des candidats ou des détenteurs de l'asile politique sont renvoyés. Des résidents réguliers aussi, quand la violence populaire accompagne les rafles...

Des pays comme l'Afrique du Sud pratiquent des expulsions massives depuis longtemps. Dès les premières années post-apartheid, un redoutable ministre de la Sûreté insinuait souvent, de façon scandaleusement globalisante, que les étrangers étaient des criminels. Un demi-million d'Africains ont été chassés du pays de Mandela, en seulement 10 ans (Human Right Watch, Amnesty International).

Jusqu'aujourd'hui, le fameux centre de rétention et "de rapatriement" de Lindela fait partie des grandes hantises de tout immigré. Malgré l'existence des législations correctes qui font honneur à la nation arc-en-ciel (l'Immigration Act 2002, et le Act 1999), les procédures sont expéditives et abusives lors des rafles.

De multiples cas de viols et de violences commis par des policiers sont signalés. Les conditions de vie y seraient "inhumaines" d'après les témoignages que recueillent régulièrement la presse indépendante et les associations. Pour la seule année 2005, le Forum des exilés zimbabwéens (ZEF) dénonçait des centaines de personnes mortes dans le centre de Lindela.

Protection conventionnelle inexistante. Les agences onusiennes (HCR, UNICEF, FAO...) installent des tentes, distribuent des colis en faveur des nécessiteux. D'autres acteurs de la solidarité internationale, telle l'ONG Action contre la faim, s'occupent des enfants souffrant de malnutrition grave.

Néanmoins, en dehors de l'aide logistique pour "rapatrier" les expulsés, ces organisations disposent de très peu de moyens pour contraindre les Etats à respecter les textes internationaux... La situation est d'autant plus compliquée que les étrangers manquent souvent de soutien au sein de l'opinion publique locale... Même au niveau de la société civile et des médias, je connais personnellement très peu de pays où le migrant a bonne presse, en période de tension.

Une xénophobie inquiétante. Mais qu'est-ce qui pourrait expliquer ce déchaînement policier et populaire contre les migrants? Oui, on sait que l'Afrique supporte de loin la majorité des réfugiés dans le monde; un poids souvent trop lourd pour des économies faibles. On sait aussi que la migration économique entre Etats voisins est traditionnellement importante, très mal contrôlée de surcroît faute de dispositifs juridiques adéquats. Mais tous les observateurs s'accordent à dire que la question des étrangers, boucs-émissaires de tous les maux en temps de crise intérieure, est souvent instrumentalisée par des politiciens en difficultés.

Chaque fois, on remarquera que les expulsions et les violences anti-immigrés arrivent à la veille des élections. Ou lorsqu'il s'agit de contrôler un secteur d'activité économiquement stratégique. En Angola, Luanda est surtout préoccupée à réorganiser "l'exploitation des mines de diamants", explique un observateur onusien.

On constate par ailleurs que cette haine de l'"étranger" est principalement liée à des questions d'accès aux biens et aux services, de l'emploi par exemple. Dans la même logique, il y a ce qu'on appelle des "expulsions intérieures". Non pas cette fois contre les étrangers, mais les pauvres tout simplement. D'après Amnesty International et le Centre pour le droit au logement et contre les expulsions (COHRE) de Genève, cette pratique "atteint des proportions épidémiques en Afrique: plus de trois millions d'Africains ayant été expulsés de leur domicile depuis 2000"...

CROIRE A L'AIDE HUMANITAIRE AUJOURD'HUI ?

Peut-on encore croire à l'aide humanitaire aujourd'hui ? C'est à vous de juger.

Afrique Centrale en conflit, années 90. De nos jours, rien ou presque n'a changé.

Le récit à peine édulcorée pour le rendre supportable, est volontairement cynique et désabusé, mais la réalité est bien pire encore. Hélas, l'humanitaire est un milieu qui trop souvent manque d'humanité.

Attention, il vaut mieux lire jusqu'à la fin pour comprendre, ou sinon, laisser tomber.

Quoi de plus édifiant qu'un gamin aux joues creuses qui tend la main ! S'il peut brandir une écuelle vide, c'est encore plus le pinacle. Dès qu'ils sont plus de quatre ou cinq à vous coller sous le nez un gobelet, un pied-bot ou un pot de chambre, ça commence à devenir irritant surtout quand on essaie de comprendre pourquoi et comment ils en sont arrivés là. Au delà de cent, cela devient de la statistique comme aurait dit Staline, et là, de deux choses l'une, soit on tire dans le tas soit on « fait » dans l'aide d'urgence. Bref, je plaisante, je me suis retrouvé dans l'humanitaire !

La dernière livraison de réfugiés promise par le Haut Commissariat aux Réfugiés a débarqué au camp deux jours après mon arrivée. J'avais juste eu le temps d'installer ma radio émettrice et les divers ustensiles superfétatoires mais recommandés de la « trousse de maquillage » de tout humanitaire (4x 4, eau minérale, drapeau, autocollants et logo de l'association…), de déballer quelques conserves, victuailles et boissons au milieu de cartons de médicaments et de matériel d'urgence et je les ai eus sur le poil.

Le pire, c'est qu'ils étaient plutôt sympas, en fin de compte, malgré leur statut de déplacés. Sympas et paumés. C'est en grande partie pour cette raison qu'ils n'ont pas obtenu grand-chose du H.C.R. Ils ne savaient pas intimider ! Ils n'ont pas foutu un bordel monstre, n'ont buté personne à la machette, à la hache ou au mortier ni avant ni pendant leur transfert.

C'étaient des pauvres types ni violents ni outranciers dans la revendication. Ils pouvaient donc se brosser avant d'obtenir l'essentiel et le superflu. Ils n'ont même pas osé réclamer des Adidas au nom des droits de l'homme, comme l'auraient fait des leaders Somalis à l'arrivée des secours. Pas un seul journaliste n'a pu constater leur air grave, ni remarquer qu'ils étaient sous le choc comme il se doit, (pour faire journal du 20 heures, on doit dire terriblement choqués et dérisoires quand il s'agit de moyens). Des individus sans histoire médiatisable qui fait pleurer Margot ; ils avaient tout juste les pieds sales.

De braves types, on l'a dit, bouille ronde, air ahuri. On le serait à moins après s'être fait sauter sa bonne femme par quatre soudards alcoolisés et chanvrés, braquer ses derniers biens personnels et brûler sa baraque ou la plante des pieds. Ils n'étaient pas d'un enthousiasme vaillant lors du transfert. Les femmes, pour la plupart, avaient des gueules à rendre abstinent un satyre en rut. Ce n'est que dans les films, qu'au milieu d'un cloaque, le bon docteur se retrouve confronté aux tétons turgescents d'une Noami Campbell en larmes avec un sparadrap au coude. Faut pas rêver, on n'est pas payé pour !

Et les gamins ! Des gosses partout, certains laids à vous modérer la compassion, d'autres plutôt futés, marrants avec de bonnes têtes rondes, les oreilles décollées et l'ombilic protubérant au travers du tricot troué incrusté de saletés immondes. Bref le matériel humain de base, la population cible dans tout son splendide dépouillement.

Exactement le genre de mioches cradingues que quelques « salopes »[1] bien payées par les Nations Unies ou par l'Union Européenne, aiment prendre sur leurs genoux le temps d'une photo qui sera publiée sur papier glacé dans la brochure de propagande de l'organisation. Bien sûr, après le cliché, elles iront prendre une douche, parce que les pauvres, ça pue !

Pour justifier ces séances de photos, les grandes organisations parlent désormais de visibilité. Elles utilisent des posters, des revues, des autocollants et des drapeaux là où les canidés marquent leur territoire de leur urine. La visibilité n'est rien d'autre qu'un jet de pisse de chien à la base d'un tronc d'arbre. Toute cette imagerie rapporte du fric grâce au marketing humanitaire et des Nations-Unies !

Grands ou petits, le but du jeu est de caler les réfugiés dans une statistique et un tableau Excel, avec des indicateurs chiffrables et des objectifs vérifiables, minimum 1500 calories par personne et par jour y compris 60 grammes de protéines. Avec en prime une machette, un jerrican en plastique, une couverture aux normes, du genre à enrouler un cadavre et un morceau de bâche du HCR de 9,82m2 par famille (en mesure anglaise, cela doit correspondre à un chiffre rond) et en avant !

Le clampin de base est devenu un réfugié.

Va leur expliquer à ces gens après une émeute, une guerre civile, un génocide ou une autre fantaisie du genre, qu'il fallait se construire un abri avec le morceau de bâche, ou sinon dormir sous la pluie, les pieds dans la boue ! Côté bouffe, ils étaient habitués au manioc et aux bananes plantains depuis des générations. On leur a bien-sûr fourgué des haricots secs, du sel, un peu d'huile … et du maïs. Les premiers jours, ils ont roté et pété comme des forcenés. Les gosses chiaient des grains entiers comme des poulets « Vallée d'Auge ». Après deux mois de ce régime, ils s'y sont accoutumés, le maïs ne les enthousiasmaient guère plus, mais ils pétaient moins fort. On s'habitue à tout. Dans le milieu on ose parler de « résilience alimentaire »[2] ; les experts internationaux n'ont peur de rien, surtout pas du ridicule.

Au milieu de la foule, entassées dans la zone de transit, les femmes prenaient les gamins sur leurs genoux, les retournaient et leur soufflaient dans le cul à l'aide d'une calebasse creuse en forme de poire, toutes sortes de produits laxatifs à base d'herbes et de décoction. Après le lavement, les enfants en bas âge couinaient comme des porcelets à l'abattoir et relâchaient illico par le bas et par le haut, le repas de la veille et quelques amuse-gueules. Ensuite, ils devenaient fripés et plaintifs, donc bon pour le dispensaire. Il fallait assurer, c'était mon rôle.

Personnel local médiocre en dehors d'un infirmier local dynamique et compétent (un Hutu marié à une Tutsi).Les autres, pas du tout motivés et mal payés, envoyés sur le site par les autorités médicales du pays d'accueil, du genre à penser « J'en ai rien à battre de ces bâtards qui n'ont pas un sou en poche, et qui en plus ne sont pas de ma tribu ! »

Et les malades ! De braves types au départ deviennent en quelques jours les pires revendicateurs. Pour capter l'attention, tout est bon, que d'effort pour avoir l'air mal en point. Désir de revente au marché des remèdes reçus gratuitement ou bien rôle magique des comprimés, partout les médicaments attirent les gens.

Et je te montre mon cul, et je t'exhibe la glotte pour obtenir deux aspirines, trois antibiotiques ou un superbe placebo d'un vert attrayant ! Mais même les plus isolés en Afrique de nos jours ont été pollués par l'industrie pharmaceutique, l'agressivité des tenanciers d'officines de santé et des vendeurs ambulants de médicaments. Même dans les endroits les plus reculés, ils ont été en contact avec les pharmacies privées et les margoulins de la profession médicale. « La santé pour tous en l'an 2000 » avait sévi avec son slogan malsain comme un droit à la surconsommation médicale[3].

Les cartons de soins standard, qualifiés de Kits UNICEF dans le jargon ; avec leur conditionnement en gros et leurs comprimés blanchâtres, les malades potentiels les ont vite repérés. Ce n'était pas une question de qualité, mais d'apparence. Les réfugiés se sont mis à bramer qu'ils voulaient de « vrais » médicaments, des piqûres, des perfusions, un microscope. Ils ont réclamé à cor et à cri des gélules « rangi mbili » ce qui veut dire de deux couleurs en swahili[4]. Et encore, je n'avais pas à faire à un groupe de furieux. Ils ne pensaient pas que l'UNICEF voulait les stériliser ou leur inoculer le sida avec les vaccins.

Quand j'avais consulté cinquante deux de ces blaireaux, j'en avais ma claque, d'autant qu'à tout casser, il n'y en avait guère plus de quinze qui avaient réellement besoin de soins. Le personnel soignant était furieux. D'abord du fait de l'excèdent de boulot, mais surtout parce qu'il ne pouvait rien soutirer à ce ramassis de crève-la-faim. De plus, du fait de l'éloignement de la ville, il n'y avait aucun recours possible pour un business juteux avec des cousins ou des commerçants du coin. Ma présence limitait le pillage à grande échelle de l'aide internationale, disons qu'à défaut de grande échelle, ces braves gens utilisaient un escabeau pour se servir.

Alors arriva l'opération Cavaillon.

Trois semaines au camp avaient été consacrées à des activités terre-à-terre. Vaccination contre la rougeole, (j'avais insisté pour qu'on ne conserve pas les bouteilles de bière dans les boites isothermes et le réfrigérateur à pétrole, privant ainsi certains infirmiers d'une source de recettes en revendant des boissons fraîches) suivi des femmes enceintes, creusage de fosses d'aisance (une famille produit plus d'un kilo et demi de merde par jour y compris les week-ends). La routine banale dans son utilité. Et puis, sans crier gare, un premier gaillard a baissé son pantalon pour m'exhiber ses burnes. Autres femmes, autres gamins, autres types venus profiter des médicaments gratuits. Un second client avec les bourses distendues, puis un autre, voussure mobile à l'aine glissant vers les roustons. Lendemains qui chantent, cinq autres patients montrant du doigt leurs génitoires. Aspect de melon mur en taille et consistance, l'odeur fruitée en moins.

D'un coté les hydrocèles, de l'autre les hernies inguinales. Enfin de la médecine festive, pittoresque et ludique ; joie du diagnostic différentiel.

Pour les urgences, j'avais repéré un chirurgien africain qui vivotait dans l'hôpital du coin à 40 kilomètres de là. Un type dont la compétence et l'honnêteté faisaient tache au milieu de l'océan de médiocrité ambiante. Cela me changeait des canailles et escrocs qui sous d'autres cieux humanitaires n'avaient rêvé que de mon expulsion, pour pouvoir continuer d'opérer des appendicites fictives à des patients dont le seul symptôme était leur solvabilité.

Les signes extérieurs de richesse sont des appels à une chirurgie que l'on pratique larga manu, dans beaucoup de pays africains. Le compte en banque du patient est trop souvent un prétexte à l'utilisation du bistouri sous les tropiques ; quoique Toulouse et ses prostatiques ne soient pas vraiment sur les bords lointains du Zambèze.[5]

N'ayant ni bloc opératoire au camp de réfugiés ni les compétences requises, j'envoyais donc mes cavaillons se refaire une santé auprès de mon confrère, qui honnêtement arrondissait ses émoluments. J'en ai expédié 39 en quelques semaines, à leur plus grand bénéfice car ils sont revenus le sourire aux lèvres, guéris et les bourses plates bien qu'ils n'aient point dépensé un sou. J'annonçais ces transferts à ma base par message radio. Il était de bon ton d'utiliser des mots codés et des périphrases afin d'éviter l'espionnage des ondes par des oreilles rebelles et hostiles. Les factions inamicales n'avaient cesse que de surveiller les humanitaires, considérés comme des espions, des nervis à la solde de ceux d'en face ; quelque soient ceux d'en face. La paranoïa est l'apanage des gouvernements en guerre et des mouvements rebelles quelque soit l'idéologie proférée, même si leur seul programme est de piller, violer, massacrer et de s'en foutre plein les poches, souvent avec la complicité tacite des Nations Unies, des ONG et des bailleurs de fonds.

Le microcosme onusien et humanitaire gobe très facilement des informations de seconde main qui ne sont le plus souvent que des rumeurs mises en circulation par le personnel local. Le but de celui-ci, partagé par les responsables politiques du crû, est de paralyser les expatriés dans leur base et laisser le terrain libre à des magouilles éhontées loin des regards inquisiteurs.

Je n'ai même pas eu de visite éclair de branleurs en chemisette et en 4x4 japonaise avec drapeaux et autocollants des agences onusiennes de toute la durée de ma mission sur place. Pas une seule Emmanuelle Béart exaltée et échevelée n'est venue justifier par sa présence la vente des cartes de vœux aux mémères donatrices habituellement scotchées devant leur télévision. J'aurais très bien pu inventer des opérés fictifs et facturer leur intervention, aux Nations Unis. Ces gens sont trop occupés par leurs meetings au Sheraton sur la santé, la résilience (encore elle) des masses qui fin de marxisme oblige, ne sont même plus populaires, le sous-développement durable. La visite de terrain ne peut être faite qu'au pas de charge et l'audit financier ne se résume souvent qu'à une analyse des tampons et des dates sur les factures, fussent elles des faux éhontées.

Un petit détournement crapuleux aurait pu me permettre de satisfaire le désir de ma copine du moment, une charmante petite Cendrillon qui fantasmait sur l'acquisition d'une rôtissoire électrique quatre, voire huit poulets. Elle me réclamait sans vergogne l'ustensile de ses rêves. Son désappointement fut à l'égal de mes limites financières. Elle a pleurniché un peu, a bu deux bières et s'est contentée d'une paire de chaussures neuves. Pour sûr, je suis passé à coté du grand amour. Elle est retournée chez elle en boudant, car c'est bien connu, quand on aime d'un amour profond, on achète des rôtissoires. Avec le modèle douze poulets, on égale les demi-dieux. Mais, pour les fonctionnaires internationaux, il y avait plus important à faire dans les cocktails et au buffet des ambassades, que d'éplucher ma comptabilité.[6]

Après quatorze ou quinze heures, j'en avais fini avec les malades. Venait alors la cohorte des revendicatifs. C'est fou ce que l'on peut réclamer quand on a droit à rien ! Face à une machette, un fusil, un lance-roquettes ou un tank, le plus téméraire dit peu. Il couine quand on le cogne et à la première balle perdue. Quand il est devenu réfugié, il commence à ouvrir le bec.

Des plaintes et des récriminations, j'en ai entendu et non des moindres. D'abord ils voulaient plus de bouffe. Il faut dire que les responsables locaux de la distribution n'y allaient pas de main morte quand il s'agissait de leur propre part. Malgré tout, il en restait assez pour tout le monde, les distributeurs étaient honnêtes dans leur genre, il ne disparaissait que 30% des quantités distribuées ; dans d'autres camps, c'est souvent la proportion inverse. En dehors de la part qui passait par la cave, il en restait suffisamment pour nourrir tout le monde. Y compris tous les anciens arrivés depuis des années de conflits divers, car la fournée nouvelle initialement évaluée à 2327 par le HCR ne comptait en fait que 622 personnes, rejointes quelques temps plus tard par 128 retardataires.[7]

Quand il n'était pas question de quantité, c'est la variété qui excitait les réfugiés. Ou bien c'était pourri, je confesse que cela arrivait quelques fois, mais rarement. Ou bien alors, c'était du jaune et il ne mangeait que du maïs blanc. Ou enfin c'était trop dur, trop mou, ça cuisait mal ou bien ça demandait trop de bois pour le préparer. Il fallait aussi compter avec les distillateurs pour créer l'ambiance. Eux, ils laissaient fermenter les surplus de l'aide alimentaire pour faire de la gnôle. Un tord-boyaux atroce, à coller des hémorroïdes à un cardiaque. Tout ce qui fermentait faisait leur affaire, sauf les haricots, car ça on n'arrive pas encore à les distiller. En pareille circonstance, ils gueulaient à l'unisson avec les non-buveurs.

Quand on ne me harcelait pas avec l'alimentaire on s'escrimait dans le domaine du coutumier. Il y en avait toujours au moins un qui avait enfreint le droit traditionnel d'une des peuplades sur place. Avec deux ethnies dans le même camp, c'est déjà très chaud. Avec quatre ou cinq tribus on risque l'émeute à chaque instant. Les « miens » avaient débarqué dans ce camp, ouvert dans les années 70, remplaçant les anciens arrivés depuis des lustres par vagues successives au fil des conflits locorégionaux. Ils ne pouvaient se sentir entre eux pour d'ataviques raisons. Et je te sors la machette ou la lance, si tu sors ta queue devant ma fille ! A chaque adolescente ou femme mariée qui se faisait approcher de façon plus qu'explicite par un gars d'en face, les frères, pères, cousins ou maris en attrapaient des quintes. Le cul interethnique est mal vu dans les camps de réfugiés et n'entraîne que querelles, revendications et revanches. Mais s'il n'y avait eu que cela !

C'était sans compter les bovins. Certains vicieux se réfugient avec leurs vaches ! Qui dit vaches dit accès aux points d'eau, droit de passage des animaux, création de comités de l'eau, de comités d'éleveurs et de paysans, zoonoses et épizooties quand on a vraiment de la chance.

Enfin, au dessus du lot des embrouilles, il y avait la sorcellerie et le recours au poison quand ils voulaient vraiment me faire sortir de mes gonds. J'ai du appointer des goûteuses ethniques au centre de nutrition infantile pour éviter des mutineries de mères furieuses et inquiètes pour leur progéniture. Une Munyankole ne laissera jamais une Acholi préparer et servir du porridge à ses gosses sans forte réticence, et ne parlons pas du trop célèbre binôme Tutsi/Hutu !

Quand un agriculteur avait piétiné dans une bouse à la sortie de son abri en bâche bleue, il s'engueulait ferme avec un pastoral. Le dit pastoral répliquait souvent d'un coup de bâton bien senti après quelques menaces en vernaculaire. J'étais censé intervenir au troisième horion ou quand le contusionné saignait par trop du nez. En de telles circonstances, tout le monde braillait. Comprendre ce qui était arrivé tenait de la divination tant ils jacassaient ensemble en poussant des cris d'orfraies. Au milieu du tumulte je croyais comprendre : « et qui va me le payer mon poulet ? » ou bien « bande d'obsédés sexuels, voleurs de poule, fumeurs de chanvre ! » Du fait des nombreux dialectes, j'avais du mal à suivre. Souvent, je n'avais pas la moindre idée du problème, mais il était évident qu'il y en avait un. Pour juger une affaire selon le droit coutumier, il faut en théorie des plaideurs de la même ethnie. C'était rarement le cas, il fallait alors avoir recours au droit national du pays d'accueil ; le résultat, avouons le, n'était guère probant.

Ce genre de joyeux débat m'arriva lors du passage au camp d'une anglaise égarée dans la nutrition. Une espèce de molasse à la poitrine basse qui n'avait jamais fait cuire un œuf de sa vie chez elle, mais qui pouvait déblatérer pendant des heures sur l'intérêt des acides gras poly-insaturés dans le régime sans fibres. Ce genre de femme vous calcule des ratios de protéines avec une dextérité qui dépasse l'entendement.

Un jour, j'en ai eu marre de les voir bouffer du maïs. Nourrir des gosses, ce n'est pourtant pas sorcier. Il suffit d'un peu de bon sens, de vivres frais disponibles et de savoir un peu cuisiner. Je n'ai jamais ouvert un livre sur la nutrition, si ce n'est pour le balancer aux chiottes devant mes collègues, histoire de théâtraliser un peu la scène. J'achetais ce que je trouvais au marché de coin, faisait participer les mères à la confection des repas et regardais sans en avoir l'air ce que les gamins finissaient rapidement ou laissaient traîner dans leurs gamelles, histoire de retenir les recettes les plus attrayantes. Ayant à faire à des pauvres, il faut les inciter aux économies, même si c'est la communauté internationale qui paie, car un jour, ils rentreront chez eux et sans aide. Exemple simple, je leur faisais cuire les pommes de terres à l'eau avec la peau, on gagne au moins 15% de matière consommable si on les épluche après cuisson. J'utilisais aussi les os et les arrêtes de poisson fumé pour des fonds de soupe.

Bien sûr, les nutritionnistes ne pensaient jamais à ce genre de détail trop trivial à leur goût. Elles dressaient des courbes, des abaques et des histogrammes, c'est nettement plus gratifiant ! Elles mesuraient le périmètre brachial des enfants, parce qu'on leur avait appris à le faire, sans réfléchir. Moi, je savais comment le personnel local truquait les résultats, s'il le fallait. En serrant un peu fort la ficelle autour du bras des gosses à la première estimation et en mesurant lâche à l'évaluation finale on obtient ainsi 10% à 20% de résultats encourageants sans avoir donné un seul biscuit à un gamin, tout réside dans l'habileté à pratiquer les mesures et à manier le brassard. Le tour de bras avait augmenté miraculeusement.

Pour le poids, c'est encore plus simple, on pèse les gosses à poil la première fois, avec de plus en plus de vêtements les fois suivantes. Là aussi, les enfants grossissent sur le papier et l'UNICEF est contente, elle peut publier. On peut obtenir ces bons chiffres sans même vouloir truquer intentionnellement. Le personnel s'aperçoit vite que déshabiller les gosses prend du temps, ils le font la première fois, après ils éludent le caleçon, le maillot, la couche et gagnent ainsi deux heures par séance de pesée pour aller glander ou boire des bières. Les enfants, eux gagnent du poids sans avoir rien bouffé de plus.

L'anglaise survint donc à l'improviste, lors d'une de ces séances de réconciliation procédurière, de mélodrame comico-légal. Une vague histoire de viol, où intervenaient deux piles pour radiocassettes non remboursées et un sous-vêtement féminin rouge qui aurait été détérioré lors de l'incident. Il était neuf pour l'une, usagé pour les accusés, qui à part cette manœuvre dilatoire sur l'état de fraîcheur du slip, niaient tout en bloc. J'y étais depuis deux heures et n'avançais pas d'un poil. Mon rôle n'était pas de juger, mais de les aider à trouver une issue acceptable par tous, avec l'assistance d'un des deux gendarmes du camp et la participation de juges bénévoles acceptés par les deux partis, une dizaine de plaideurs.

Ma responsabilité consistait surtout à les empêcher de se battre en passant par le biais du psychodrame judiciaire. Il fallait parler plus ou moins français, anglais et swahili et faire semblant de comprendre les cinq ou six dialectes du camp. A une question en anglais ou en swahili, ils s'obstinaient à répondre en kitoro, kinande ou ankole, quelque soit la personne qui avait posé la question.

Ma britannique avait du mal à suivre et m'interrogeait en prenant des notes ; ce qui ralentissait le cours du procès. Elle ne voyait pas très bien le sens de mon intervention. J'avais envie de répondre que moi non plus, je ne le voyais pas, mais je ne voulais pas en rajouter, c'était déjà assez complexe.

Je reçus une autre visite. Une américaine qui ne supportait pas la chute de fientes de chauves-souris sur sa moustiquaire. Elle était aussi venue pour les réfugiés, pas pour les chiroptères ! Etre poli, du moins au début, ne mangeant pas de pain, après l'épisode des chiroptères, je lui ai proposé le meilleur endroit pour dormir, c'est-à-dire mon lit, en prenant bien garde de ne pas y passer la nuit moi même.

Ce n'était pas le genre de personne qui vous demande gentiment une bière. Plutôt de celles qui s'enquièrent de la moustiquaire, du coût et des horaires des repas et qui demandent où sont les toilettes pour dames. Elle faisait une enquête pour l'American Congress sur la situation nécessairement tragique des réfugiés. Son obsession était de voir des gens marcher en colonnes au bord des routes, de préférence l'air hagard et harassés. Une personne déplacée doit impérativement circuler sans fin à pied sur les chemins de l'errance pour avoir un tant soit peu de crédibilité.[8] Quand j'ai annoncé qu'ils étaient arrivés en camion, ils lui ont soudain paru moins émouvants.

Elle pensait l'Afrique en termes de paludisme, d'eau minérale en bouteille scellées et autres nuisances et manières de s'en protéger. Je lui ai servi une salade de crudités, elle a aussitôt pensé aux amibes.

Que faire, que dire en dehors de la communication professionnelle et des banalités d'usage ? Elle a abordé l'apiculture, son hobby, dans un coin isolé de l'Ohio. Ma réplique, « le miel, c'est comme le sperme, mais c'est nettement plus sucré »[9], a définitivement tué dans l'œuf toute tentative de rapprochement mutuel, malgré ses quelques allusions appuyées sur la solitude de la femme blanche sous les tropiques, en début de soirée.

Quand ils eurent enfin fini de gémir, de soupirer et de se plaindre, les réfugiés n'avaient pas grand-chose à faire dans ce trou, une fois installés. Cultiver quelques arpents, et guère mieux. Côté distraction, reconnaissons-le, ce n'était pas très folichon, même pour eux.

Evidemment, les rois de l'alambic sortaient une eau-de-vie digne de la prohibition avec un tuyau de cuivre, un fut vide et un bidon en plastique. Ces trafiquants de gnôle au regard torve, à la lèvre épaisse et à l'air embrumé en permanence, l'œil rougi par l'éthylisme, ne lésinaient pas sur le degré alcoolique. Ce qu'ils produisaient, était parfois bleuté à cause méthanol, un produit à givrer les méninges du plus résistant. L'unité de mesure correspondait à nos verres à moutarde, bus en deux traits. Après trois ou quatre verres de ce pétrole lampant à 600 ou plus, ils tombaient raides. Et leur langue même pas honteuse, retombait lourdement dans leur bouche pâteuse, comme dit le poète ; ils braillaient à pierre fendre. Imaginez maintenant les mêmes en armes dans un contexte similaire sans contrôle et sans frein moral, et vous comprenez aisément le taux élevé de bavures dans les forces armées du continent africain.

Que suis je venu faire dans cette galère ? Et encore, je l'ai déjà dit, je n'avais pas trop à me plaindre, je n'avais pas à faire à des violents. Ils n'étaient pas trop pénibles, ces réfugiés, braves types et profil bas. Un jour, on se retrouve au milieu d'une foule d'anonymes, de gens translucides auxquels on ne sait que dire. On aimerait comprendre, compatir, aider, se sentir utile, être solidaire…mais on n'a pas été envoyé pour ça. Au mieux, pour ne dire au moins pire, on arrive tout juste à ne pas être nuisible. L'ego en prend un coup pour celui qui était venu sauver le monde, fut il tiers !

Pour beaucoup la motivation s'en va très vite, la routine et sa logique administrative la remplace. Etre motivé n'est utile qu'à l'entretien d'embauche, et encore faut-il ne pas trop le montrer au risque de passer pour un exalté. La maîtrise d'Excel et Power Point a progressivement remplacé les élans judéo-chrétiens socialisants de la première heure tiers-mondiste. Routine, procédures, objectifs de plan et indicateurs, implication politique et carriérisme font plus ou moins rapidement baisser les bras des plus engagés, voire des plus enragés. L'écrit a remplacé l'action. Le phrasé verbeux et insipide s'impose de plus en plus comme un dogme lors de l'écriture des rapports. Depuis quelques années, les donateurs institutionnels préfèrent des technocrates soucieux des grilles de lecture, des directives de rédaction, (les fameux guidelines), aux anciens hommes de terrain peu concernés par le vocabulaire normatif.

Au bout d'un certain temps, variable d'un individu à l'autre, le dégoût, ou plutôt quelque chose d'indéfinissable s'installe. Quelque chose d'étrange, un sentiment inéluctable d'échec incontournable, bref de donquichottisme et de lucidité à la fois qui permet de continuer tant bien que mal. On n'est pas là pour changer la vie, ni la sienne, ni encore moins celle des autres. Le quotidien, quand on n'a pas la chance rare de passer un bref moment avec de braves types qui sont contents de votre présence et ne vous font pas chier, le quotidien donc, c'est l'amertume, l'indéfinissable et l'inaccompli. Le pire est le sentiment de supercherie orchestrée, de désastre utilitaire, de ressentir que les dés sont pipés et que les beaux discours cachent des réalités économiques et politiques beaucoup plus pragmatiques. On vend de l'humanitaire, comme du dentifrice.

Le sentiment d'impuissance est permanent, mais il y aussi les quelques moments d'exaltation quand il se passe enfin quelque chose d'utile. Mais nombreux sont en vacances humanitaires, ou de ternes et mesquins individus au faciès suffisant ou encore de jeunes cadres se préparant une ligne valorisante sur un C.V. Ils rentreront chez eux avec le souvenir d'une expérience exotique, avant de réintégrer le rang. Certains finiront aux Nations Unies ou dans un autre Grand Corps de la médiocrité pour y gagner des dollars qui seraient de toute façon gaspillés autrement et par d'autres si ceux-là n'existaient pas. On n'est pas là pour aider les gens, à la longue ça se serait vu.

Pour les quelques rares autres…, être d'éternels Sisyphe est ressenti avec énormément d'agacement. Il n'est jamais agréable de constater son inutilité, surtout après tant d'espoir naïf des débuts. Quand on a enfin compris, il faut apprivoiser ce mal et vivre avec lui comme avec l'œil qui regardait Caïn.

La misère relative, souvent créée de toute pièce alimente une industrie de la survie de part et d'autre. Les pauvres en sont l'enjeu, voire la cible. Le système se mord la queue, génère des besoins artificiels, des situations de crise pour justifier son maintien. Le pauvre devient alibi, l'appauvrir en faisant semblant de l'aider devient une stratégie… payante. Foisonnent alors les officines, les comités crapuleux de représentants des populations, les homologues prétentieux aux diplômes douteux achetés à Lagos ou au Pakistan, évidemment drapés dans le nationalisme le plus farouche, les missions exploratoires, les armadas d'experts internationaux et les évaluations payées en devises fortes.

Cela dit, l'injustice des riches et des puissants, la rapacité ou l'arrogance prédatrice des représentants des pauvres, l'incurie de l'humanitaire et des Nations Unies, n'ont jamais empêché un vrai misérable de puer des pieds. Il faut savoir relativiser. Mais de nos jours, on n'est hélas pas payé pour obtenir des résultats mais pour en publier.

Et malgré tout ce qui vient d'être dit, les quelques mois passés dans ce camp furent parmi les moments les plus intenses de ma carrière. Probablement parce que j'étais le seul expatrié permanent du camp.

[1] Je sais, on ne doit pas dire salope, mais « fonctionnaire féminine internationale standard » pour ne pas blesser et rester dans le normatif. Elles portent toutes l'incontournable gilet à poches multiples avec le logo de l'organisme bien visible à l'objectif de la caméra.

[2] Ou comment s'habituer à bouffer tous les jours la même merde trop cuite sans broncher.

Il s'est créé progressivement un vocabulaire stéréotypé que décideurs et exécutants se doivent utiliser de façon compulsive s'ils veulent montrer leur appartenance à la caste humanitaire. Ce pédantisme dans le jargon existait déjà dans le milieu médical au temps de Molière, finalement donc, rien de très nouveau.

[3] Maintenant que l'année 2000 est largement passée et qu'il y a toujours autant de gens malades, je suggère à l'OMS “Santé pour tous en l'an 3000” histoire de leur laisser le temps d'agir. Entre temps, les Nations Unies ont inventé un nouveau concept « Les objectifs (ou plutôt, la Connerie) du Millenium » qui doit durer jusqu'en 2015 !

[4] C'est ainsi que les paysans appellent les tétracyclines en swahili. La forme commerciale la plus courante consiste en gélules rouge et jaune, elle est très prisée par les consommateurs. Sous forme de comprimés jaunâtres le médicament est peu apprécié et supposé à tort inefficace.

[5] La plupart des chirurgiens français sont loin d'être tous d'affables bronzés souriants, ou des Schweitzer compassionnels, mais certains, pour sûr, sont des profiteurs éhontés. La France a eu son lot de fripouilles et de guerre des cliniques sous le 45ième parallèle Nord.

[6] Il existe un hit parade non officiel des buffets et cocktails des agences UN, des ambassades et des principales organisations non gouvernementales. Les ambassades de France, bien qu'en perte de vitesse depuis un certain temps (rigueur budgétaire oblige) ont tout de même les meilleurs vins, fromages et charcuteries. Les ONG françaises dites de gauche ont malgré tout des bars décents, nonobstant un volet traiteur laissant à désirer. Dans l'humanitaire de droite, les petits fours et amuse-gueules sont meilleurs et on évite les sempiternels tee-shirts crasseux à l'encolure distendue, avec logos des grandes organisations uniforme des humanitaires.

[7] Le PAM (Programme Alimentaire Mondial, WFP en anglais) fournit en général des rations dites sèches comme farine, riz, maïs, haricots et lentilles ainsi que de l'huile, du sel et quelques fois du sucre et du lait en poudre. Le plus souvent, les quantités sont excessives et alimentent le marché parallèle au détriment des producteurs locaux. J'avais eu la chance de recevoir une enveloppe spéciale pour les enfants et pouvait donc acheter sur le marché local des produits frais. Les gosses avaient de ce fait une alimentation plus variée pour moins de 80 cents par jour. Ce n'est hélas pas toujours possible.

Les adultes devaient se « contenter » des rations sèches.

[8] Il est arrivé que des photographes de presse fassent ressortir des réfugiées du camp où ils étaient installés avec enfants et baluchons pour une série de clichés. Uniquement dans l'optique vériste de montrer la désolation et l'angoisse de gens déboussolés marchant sans but le long des routes. Ne rêvez pas, beaucoup de photos d'actualité ne sont que des montages, même si certaines révèlent une certaine réalité.

[9] J'aurais pu sciemment citer « Le miel et la cendre » de Claude Lévi-Strauss pour relever le débat. L'auteur, peu suspect d'inclination pour la gaudriole, y fait un parallèle sans équivoque entre les deux substances liquides. Je n'avais pas l'intention d'impressionner, car je n'avais pas l'intention de tenter quoique ce soit.


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ONG ASSOCIATION SUBVENTIONNEES

Les ong sont des associations subventionnées
Publié le 25 septembre 2009 par Ceintureventreplat

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont des associations. Elles reçoivent des fonds publics. En conséquence, les contribuables exigent leur contrôle. roland-blum-subventions-organisations-non-gouvernementales-ong-associations-association-subvention-depute-aides-publiques-contribuable-ministere-affaires-etrangeres
En effet, le rapport parlementaire relatif aux ONG (1), signalait, par exemple à la page 44, pour l'une d'elles : « l'absence de comptabilité, des transferts des fonds récoltés vers des comptes secrets, des détournements massifs par le directeur général, des frais de voyage exorbitants, un parc automobile affecté aux besoins personnels des dirigeants… »

Le Sénat, quant à lui, analysant le 25 octobre 2005 le rapport de la Cour des Comptes relatif aux fonds octroyés aux ONG françaises par le ministère des Affaires étrangères, observait, entre autres (2), que « la part réelle des fonds publics dans le financement des ONG est fortement sous-estimée ».

Il est donc remarquable que les ONG n'échappent à aucune des critiques que nous avons faites au sujet des subventions aux associations. C'est pourquoi nous confions à l'Observatoire des Subventions aux Associations, la récente question écrite [du député UMP des Bouches-du-Rhône Roland Blum] (JO du 22 septembre 2009) :

« M. Roland Blum attire l'attention de M. le ministre des Affaires étrangères et européennes sur les subventions validées en 2008 au sein du ministère des Affaires étrangères et européennes. 50,98 millions d'euros, soit plus de 55 % du montant total de ces subventions, ont été accordés à 170 demandes présentées par la mission d'appui à l'action internationale des organisations non gouvernementales, soit une moyenne d'environ 300 000 euros par dossier. Il souhaiterait donc savoir s'il a été procédé en 2008 à une évaluation externe pour les subventions d'un montant supérieur à 300 000 euros et, le cas échéant, quels en ont été les résultats. »
Déjà « fortement sous-estimées », les sommes ne sont pas négligeables.

Par Gabriel Lévy de l' Association des contribuables d'Aubagne.

1. Rapport de la Commission des Affaires Etrangères, en conclusion des travaux d'une mission d'information constituée le 11 février 2004 sur les ONG françaises. Rapporteur M. Roland BLUM. 13 avril 2005.
2. Site Sénat : Rapport de la Cour des comptes relatif aux fonds octroyés aux organisations non gouvernementales (ONG) françaises par le ministère des Affaires étrangères. 25 octobre 2005 :

* « le Ministère des Affaires Etrangères, et plus particulièrement la Mission pour la coopération non gouvernementale (MCNG), ne paraît pas avoir la maîtrise de la définition des objectifs et des moyens consacrés par l'Etat à cette forme d'aide extérieure ;
* parmi les ONG, celles qui relèvent de sa compétence ne font pas l'objet d'un suivi rigoureux, « ce qui obère toute possibilité de réelle évaluation par les services du ministère de l'usage des fonds publics qui y sont affectés ». Ces crédits (53 millions d'euros en 2005) sont davantage attribués par reconduction des subventions qu'en fonction d'une appréciation critique des résultats ;
* la part réelle des fonds publics dans le financement des ONG est fortement sous-estimée, du fait de la non comptabilisation des aides publiques autres que celles du ministère ni des subventions indirectes.
* La MCNG n'a pas les moyens de conduire elle-même des évaluations et tend à les sous-traiter à d'autres ONG, qui peuvent se retrouver juge et partie ;
* si des situations de gaspillage ou de gabegie significative n'ont pas été relevées, du moins lors des contrôles réalisés au siège (et non dans les zones d'intervention) de certaines organisations, plusieurs dysfonctionnements ont néanmoins été constatés. Des observations ont ainsi été adressées à quatre ONG spécifiquement contrôlées : le Groupement de recherche et d'études technologiques (GRET), Eau Vive, Coordination Sud, Agriculteurs français et développement international (AFDI). La Cour des comptes pourrait établir ultérieurement un rapport spécifique sur l'Association française des volontaires du progrès (AFVP). »


Rapport présenté par M. Jacques BRUNHES relatif au rôle des ONG dans les pays francophones
L'humanitaire, ou aide d'urgence, vaut aux ONG de se trouver périodiquement sous les feux de l'actualité - souvent dramatique - et sous les projecteurs des médias. Les prix Nobel de la Paix octroyés à « Handicap international », en 1997, puis à « Médecins sans Frontières », en 1999, expriment avec force l'encouragement du public pour le travail de ces associations, qui se caractérise par un secours ponctuel et généreux apporté dans des contextes de catastrophes naturelles ou de conflits entraînant des situations de détresse humaine.

Une seconde forme d'aide, sans doute moins visible mais antérieure au « boom humanitaire » des années 80, est assurée par les ONG dites « de développement ». Elle se traduit par des actions de plus long terme, réalisées dans les conditions de vie quotidienne des populations bénéficiaires. Moins dépendantes des rythmes et contraintes qu'impose une réponse efficace aux situations d'urgence, ces ONG ont, depuis le début des années 60, oeuvré au développement économique et social en proposant des solutions aux problèmes rencontrés par les populations locales.

C'est à cette deuxième catégorie d'ONG que nous nous intéresserons plus particulièrement dans ce rapport préparé dans le cadre de la commission de la coopération et du développement de l'APF.

Nous analyserons également la façon dont les ONG s'imposent progressivement comme des acteurs à part entière dans les relations internationales.

I - LES ONG ACTEURS DU DÉVELOPPEMENT
1/ L'ONG, une entité mal définie

L'expression d'organisation non gouvernementale (ONG) est apparue dans le vocabulaire international au lendemain de la seconde guerre mondiale avec son inclusion dans la charte des Nations Unies, à l'article 71 : « le Conseil économique et social peut prendre toutes dispositions utiles pour consulter les organisations non gouvernementales qui s'occupent de questions relevant de sa compétence. »

Toutefois, dans les pays francophones du Nord, ainsi que le souligne la section canadienne dans sa contribution, il n'existe à ce jour aucune définition unique pour ces organisations, ni a fortiori pour les ONG de développement. Toutefois, elles sont caractérisées par plusieurs critères communs, que la section canadienne présente ainsi : les ONG sont

  • institutionnalisées, c'est-à-dire qu'elles disposent d'un conseil d'administration et de procédures administratives ;

  • pour la plupart constituées en personnes morales ;

  • des organismes privés, distincts des gouvernements ;

  • à but non lucratif

  • faisant une large place à l'engagement bénévole.



Le principe de la libre association étant généralement reconnu par les lois fondamentales, les ONG sont, dans le monde, surtout des associations. La législation applicable au monde associatif s'inscrit dans un registre étendu qui va, schématiquement, d'une conception très libérale qui met en avant le concept de libre contrat entre personnes, qui peut se passer de tout formalisme, jusqu'à une approche héritée du droit romain et qui voit en l'association une institution méritant la vigilance de la puissance publique : en Italie par exemple, un décret du Président de la République est parfois nécessaire. La France a choisi quant à elle une position médiane, la loi du 1er juillet 1901 prévoyant qu'une déclaration à la préfecture du lieu où les fondateurs d'une association décident de la constituer suffit.

En revanche dans les pays du Sud, où elles constituent des acteurs incontournables du développement, leur identification est souvent plus précise.

Au Niger par exemple, la loi n° 91-006 du 20 mai 1991, portant régime des associations, définit l'ONG de développement comme étant « une organisation apolitique et sans but lucratif, créée sur l'initiative de personnes physiques ou morales, animées d'esprit de volontariat qu'elles mettent au service des autres, autonome vis-à-vis de l'Etat et dont la vocation est l'appui au développement à travers des activités sociales et/ou économiques. »

2/ Un essor spectaculaire, marqué par une grande diversité
Dans les pays du Nord, le nombre d'ONG a littéralement explosé depuis le début des années 80. En France, elles sont actuellement environ 2000 à oeuvrer dans le seul domaine du développement.
L'essor du tissu associatif et des ONG est également considérable dans les pays du Sud, souvent sous l'impulsion des Etats comme le souligne la contribution de la Tunisie où « la vie associative a eu un élan spectaculaire, grâce à un encouragement réel et continu des pouvoirs publics depuis 1987. » Une journée nationale est consacrée dans ce pays aux associations.

Au Burkina Faso, les ONG ont créé 2500 emplois permanents au cours des cinq dernières années.

Le monde des ONG regroupe des réalités variées. Certaines sont de grandes institutions avec un personnel permanent nombreux et des budgets importants, d'autres ne regroupent que quelques volontaires bénévoles.

Leur mode de financement fait également apparaître des situations très diverses.

En France par exemple, l'Association des Volontaires du Progrès est presque entièrement financée par le gouvernement, tandis que certaines ONG, surtout dans le domaine humanitaire, refusent systématiquement toute subvention publique afin de préserver leur indépendance par rapport à l'Etat.

En ce qui concerne les ONG françaises de développement, leurs ressources se répartissent à peu près à égalité entre fonds publics et privés (collectes et dons). Les ressources publiques proviennent pour un quart de l'Etat français, et pour la moitié de l'Union européenne.

Ce foisonnement des ONG, ainsi que leur hétérogénéité, les ont incitées, dans un souci d'efficacité, à se regrouper en réseaux, souvent appelés « collectifs d'ONG » (Collectif français de Solidarité ou Coordination Sud en France, Association québécoise des organismes de coopération internationale au Québec, etc.).

Dans les pays du Sud, ce sont souvent les Etats qui ont ressenti la nécessité de mettre en place des structures de coordination (telles le Bureau de suivi des ONG créé en 1984 au Burkina Faso).

3/ Une action reconnue dans le domaine du développement
L'apport des ONG dans le développement des pays du Sud est unanimement reconnu. Complémentaires des dispositifs institutionnels de coopération internationale, leurs points forts sont :

  • les contacts directs qu'elles entretiennent avec les populations bénéficiaires, qui leur permettent de mettre en oeuvre des actions adaptées aux réalités du « terrain » ;

  • leur souplesse qui leur permet d'agir avec rapidité, efficacité, et au moindre coût ;

  • la générosité, l'engagement personnel et souvent le professionnalisme qui caractérisent leur fonctionnement.

Les secteurs du développement dans lesquels les ONG sont les plus présentes sont l'agriculture, l'action sociale et la santé, l'éducation et le formation. Viennent ensuite l'artisanat, la gestion des ressources en eau et l'environnement.

Les ONG sont tout naturellement les opérateurs privilégiés des collectivités locales dans le cadre de leurs actions de coopération décentralisée, qui concernent le plus souvent des petits projets nécessitant une expertise qu'elles ne possèdent pas.

Leurs relations de collaboration avec les gouvernements varie selon les pays.

En France les ONG préparent souvent leurs propres projets de développement en partenariat avec leurs homologues du Sud, et ne s'adressent aux pouvoirs publics que pour compléter leurs financements. Il est assez rare en sens inverse que le gouvernement français, qui dispose d'un important dispositif public de coopération, confie à des ONG la réalisation de ses projets (à l'exception de la mise en oeuvre du .Fonds de Solidarité prioritaire, qui se caractérise par des micro-projets à caractère social).

La situation est différente en Suisse, par exemple, où la contribution de la section de ce pays précise que : « la Direction fédérale de la Coopération, dans le cadre d'une large politique de délégation, mandate certaines ONG pour la réalisation d'un nombre important de ses propres projets d'aide au développement. Ces organisations, dont certaines se sont spécialisées dans cette fonction de sous-traitance, sont sélectionnées selon leurs capacités professionnelles, administratives et méthodologiques. »

En conséquence, la part que les ONG occupent dans le total de l'aide au développement varie également selon les pays.

Avec près de 22 % du total de son aide bilatérale, le Canada se distingue par l'une des proportions les plus élevées au monde. Cette proportion est également élevée en Suisse (12 %) ou en Belgique (8 %).

En revanche la France, où seulement moins de 1 % de la coopération passe par les ONG, occupe à cet égard le dernier rang parmi les pays pourvoyeurs d'aide publique au développement (les chiffres étant toutefois relativement élevés en valeur absolue).

4/ Un rôle éducatif

Par ailleurs, les ONG jouent un rôle très important de sensibilisation du public.

Les ONG de développement canadiennes attachent une importance particulière à cet aspect. Le réseau québécois AQOCI, notamment, a défini une ambitieuse stratégie dans ce domaine. Elle organise chaque année des « journées québécoises de solidarité internationale », qui rencontrent un large succès, et mène depuis 1995 une campagne d'éducation sur les enjeux de la lutte contre la désertification, menée avec l'appui des médias et des municipalités (ainsi, plus de 80 municipalités du Québec ont adopté une résolution officielle sur la lutte contre la désertification).

L'objectif affirmé de ces actions est « de faire en sorte que les canadiennes et les canadiens puissent devenir des « citoyens du monde » solidaires et responsables d'un développement défini par la justice sociale, la démocratie, la diversité culturelle, l'égalité entre les hommes et les femmes, le respect des droits humains et l'environnement . »

La section suisse souligne également l'importance de cette fonction des ONG : « elles établissent, chacune selon sa propre sensibilité et son champ d'action, un dialogue avec la population sur la situation des pays en développement, sur le rôle et la place de la Suisse dans le monde, sur la diversité culturelle ».

Pour sa part, le Gouvernement luxembourgeois, convaincu de l'importance que revêt « la promotion d'une politique de sensibilisation de l'opinion publique et d'éducation aux droits de l'homme et au développement, en particulier à destination des jeunes », a décidé de doubler en 1999 la ligne budgétaire réservée au soutien de projets de sensibilisation mis en oeuvre par les ONG luxembourgeoises.

5/ Une nécessaire vigilance contre les dérives possibles

Il peut arriver, notamment dans les pays ou les zones qui sont le théâtre de conflits ou de tensions, que les ONG soient utilisées à des fins politiques, voire qu'elles aient elles-mêmes des objectifs politiques inavoués.

La contribution de la section togolaise apporte des éléments de réflexion sur cette question :

« La forte concentration des ONG dans la région Maritime et dans la région des Plateaux qui lui est contiguë coïncide avec les zones d'intense activité des partis politiques depuis les troubles socio-politiques des années 1990-1993.

On peut conclure sans risque de se tromper que les ONG, tout en affichant des objectifs et en menant des actions louables de développement, sont très actives dans le domaine politique et servent de courroie de transmission de messages politiques vers les populations visées par leurs activités ».

La section togolaise en conclut que : « une certaine déontologie des ONG devrait être adoptée afin d'éviter que nos pays deviennent des champs d'expérimentation de théories politiques inadaptées à leur contexte socio-politique ».

L'autre type de dérive qui nécessite la vigilance concerne les sectes.

Dans son dernier rapport annuel, la Mission française interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) consacre un chapitre à la dénonciation de « l'entrisme sectaire au sein des organisations non gouvernementales ». La MILS souligne en effet que « dans leur fonctionnement international, les mouvements sectaires, surtout quand ils atteignent une dimension nécessitant des stratégies globales, utilisent volontiers les outils qui leur permettent d'échapper en toute légalité au contrôle des Etats et à la vigilance croissante de ceux-ci. ».

Le statut d'ONG, qui leur confère une certaine respectabilité et une grande liberté d'action, sans contrôle efficace de la part des pouvoirs publics, semble constituer l'un de ces outils privilégiés.

La Mission interministérielle distingue deux méthodes d'entrisme : les sectes peuvent soit créer des ONG, soit les investir, et notamment celles qui disposent déjà d'une accréditation auprès d'une organisation internationale.

Conscient de ce risque, le Comité des ONG au sein des Nations Unies a consacré dans le courant de l'année 2000 une partie importante de ses travaux à une réflexion sur la mise en place de nouvelles méthodes de travail pour pouvoir procéder à une étude approfondie et efficace des demandes d'accréditation qu'il reçoit, et dont le nombre a augmenté de manière spectaculaire dans la période récente. Par ailleurs, et ceci vise particulièrement les mouvements sectaires, le Comité s'est penché sur les moyens de rendre beaucoup plus effectif l'examen des rapports quadriennaux fournis par les ONG déjà accréditées aux fins de renouvellement de leur statut consultatif.

II - LE DISCOURS DES ONG SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

1/ Les ONG porte-parole de la « société civile »

L'échec des négociations de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) en décembre 1999 est apparu comme le premier grand succès de la société civile mondiale. Pour la première fois, en effet, des ONG, qui se veulent les porte-parole de cette société, ont réussi une mobilisation massive, paralysant pendant quelques jours la ville de Seattle et contribuant ainsi à l'ajournement des discussions. Une intense couverture médiatique a présenté cet événement comme un combat victorieux des organisations non gouvernementales contre les excès du processus en cours d'uniformisation de la planète (la « mondialisation »).

Encouragées par l'écho rencontré par Seattle, les ONG se sont depuis lors mobilisées à nouveau à l'occasion de plusieurs grands sommets internationaux (conférence de la CNUCED à Bangkok, assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale à Washington puis à Prague, Sommet de l'Union européenne à Nice, etc.).

Lors de ces diverses manifestations, les ONG dénoncent les méfaits d'une mondialisation ultra-libérale qui profite avant tout aux grandes puissances et aux entreprises multinationales, et qui a pour conséquences une augmentation sensible des inégalités sociales, une montée de la pauvreté ainsi qu'une marginalisation croissante des pays en développement.

Concernant ces derniers, elles contestent vigoureusement le traitement qui leur est infligé par les institutions de Bretton Woods, notamment l'impact social souvent catastrophique sur leurs populations des « Plans d'ajustement structurel ».

Elles protestent également contre le caractère anti-démocratique et souvent opaque des négociations internationales, où quelques puissants décideurs délibèrent à huis clos du destin de la planète.

L'échec de Seattle a suscité un très vaste débat, mettant notamment en question l'idée selon laquelle la mobilisation des ONG en aurait été la cause principale. Il apparaît certes clairement que les négociations de l'OMC ne pouvaient aboutir, en l'absence d'objectifs suffisamment définis, et des profondes divergences entre les Etats. Il est même probable que ces derniers aient cherché à se décharger sur les ONG de leur propre responsabilité dans l'échec.

De même, de nombreux observateurs s'interrogent sur la légitimité des ONG, et sur le bien-fondé de leur prétention à se faire les porte-parole de la société civile. Face à la légitimité établie, officielle des Etats, les ONG incarnent en effet une légitimité spontanée, autoproclamée, utilisant parfois des méthodes contestables. D'autre part, en raison de leur très grande hétérogénéité, le monde des ONG apparaît largement dominé par quelques puissantes associations, presque toutes anglo-saxonnes.

En dépit de ces objections, il est indéniable que le message porté par les ONG traduit les préoccupations d'une large partie des opinions publiques de la planète. Il exprime les frustrations engendrées par un processus d'uniformisation mal contrôlé, les craintes face à une organisation du monde fondée sur la recherche du profit, face aussi à la dégradation de l'environnement et à l'industrialisation effrénée (symbolisée en France par la « malbouffe »), et il exprime enfin une aspiration générale à davantage d'équité, de transparence, de démocratie et de citoyenneté.

Toutefois, les ONG ont rapidement compris que leur discours finirait par perdre de sa crédibilité s'il demeurait uniquement dans le registre contestataire et ne débouchait pas sur des propositions concrètes. C'est pourquoi elles ont organisé en janvier dernier, à Porto Alegre, au Brésil, un Forum social mondial, qui marque un tournant majeur.

En effet, pour la première fois, la société civile mondiale se réunissait à l'occasion d'un sommet qui se voulait avant tout constructif et porteur d'un projet pour une autre mondialisation. Le choix du lieu (une ville gérée sur la base de la démocratie participative) et des dates (concomitantes au Sommet de Davos) étaient évidemment très symboliques.

Ce rassemblement a constitué un indéniable succès puisque près de 10 000 personnes y ont participé, représentant 900 ONG de 120 nationalités différentes, mais aussi des syndicats, des mouvements sociaux et des églises.

Les travaux, organisés en ateliers spécialisés, ont débouché sur un grand nombre de propositions : annulation totale de la dette des pays du Tiers Monde, taxation des transactions financières, suppression des paradis fiscaux, introduction dans les accords commerciaux de dispositions imposant le respect de l'environnement et interdisant le travail des enfants, etc.

Les ONG ont ainsi révélé dans la période récente leur formidable capacité de mobilisation eu niveau mondial. Pour autant, elles n'en ont pas moins depuis toujours joué un rôle de groupes de pression.

Ainsi, elles sont parfois parvenu à faire reculer non seulement des gouvernements (elles sont en grande partis responsable du raccourcissement par la France de sa campagne d'essais nucléaires dans le Pacifique en 1995), mais aussi les plus grandes multinationales, de « Nike », attaquée pour l'exploitation des enfants dans ses usines du Tiers Monde, à « Royal Dutch Shell » renonçant à couler sa plate-forme pétrolière « Brent Spar » en mer du Nord.

En France, les ONG de développement militent actuellement auprès des pouvoirs publics en faveur d'une inversion de la baisse tendancielle de l'aide publique au développement, et pour que cette aide soit davantage orientée vers le secteur social.

Il convient encore d'évoquer les grandes campagnes menées au niveau international par des coalitions d'ONG, telles la récente campagne intitulée « Jubilee 2000 », qui a incontestablement pesé sur les décisions d'allégements de dette bilatérale et multilatérale accordées dans la période récente aux pays les plus pauvres.

2/ La difficile mise en place d'un dialogue avec les Etats et les organisations internationales

a) La concertation avec les gouvernements

La contribution de la section tchadienne expose les difficultés souvent rencontrées à mettre en place une véritable relation de partenariat avec les pouvoirs publics. Notant une évolution positive, notamment dans l'adoption de nouvelles procédures qui associent désormais les ONG dans la mise en oeuvre des projets de lutte contre la pauvreté, depuis leur conception jusqu'à leur réalisation, elle estime toutefois que : « beaucoup reste à faire car les ONG et partant la société civile tchadienne cherchent aujourd'hui à se positionner en véritables partenaires et veulent se donner une tribune et un espace d'expression. Malheureusement, celles-ci continuent de demander aux autorités de bien vouloir créer un cadre de concertation formel où se retrouveraient le gouvernement et ses partenaires de la société civile pour définir ensemble les grandes orientations de politique de développement, ceci restant sans suite jusque là. »

La France a récemment mis en place un organe consultatif, le Haut Conseil de la Coopération internationale (HCCI), créé en 1998, et dont la mission est de « favoriser une concertation régulière entre les acteurs publics et privés de la coopération internationale ainsi que l'adhésion du public à ces actions ».

Le HCCI est une autorité indépendante rattachée au Premier ministre. Il est composé de 60 membres choisis pour leur engagement personnel en faveur de la coopération : représentants d'ONG, mais aussi d'organismes socio-professionnels, de collectivités territoriales ainsi que de chercheurs, d'experts et de personnalités qualifiées dans le domaine du développement. Sa compétence couvre tous les domaines de l'aide au développement : coopération économique, sociale, militaire, échanges culturels, action humanitaire, appui à la démocratie et aux droits de l'homme.

Le Haut Conseil peut être saisi par le Premier ministre, mais il peut également se saisir par lui-même de toute question relevant de sa compétence. Il transmet chaque année au Premier ministre un rapport qui est rendu public. Il émet par ailleurs des avis et recommandations, de même qu'il peut prendre position face à des situations de crise extérieure qui affectent la politique française de coopération (il l'a fait récemment concernant la Tchétchénie).

Enfin des commissions de travail ont été constituées au sein du Haut conseil, sur des thèmes variés (articulation entre coopération bilatérales et multilatérales, aide à la démocratisation, coopération en matière de formation et d'éducation, etc.).

Les ONG françaises se sont globalement félicitées de la mise en place du HCCI, mais elles déplorent que ses avis sont insuffisamment pris en compte par le gouvernement.

b) Le dialogue avec les organisations internationales

Les organisations internationales ont toutes été contraintes de réagir aux virulentes critiques dont elles font l'objet de la part des ONG. Elles l'ont fait selon des modalités diverses.

Suite à l'échec, en 1998, des discussions sur l'Accord multilatéral sur les Investissements (AMI) , en partie déjà, et avant même Seattle qui fut plus médiatisé, sous la pression de la société civile, l'OCDE fut la première de ces institutions à mettre en place un processus de consultation réciproque. Aujourd'hui, elle travaille avec une centaine d'organisations, sur des questions très variées.

Le FMI a modifié sa stratégie de communication. Dans la foulée de l'échec de Seattle, les responsables de cette institution se sont vus confier la mission d'entamer un dialogue avec les ONG. Dans un entretien avec le journal français « Le Monde », en janvier 2001, le responsable du FMI pour l'Europe expliquait que « dans le passé, nous avions surtout des liens avec des organisations traditionnelles (syndicats, groupes parlementaires, organisations religieuses). Mais, ces dernières années, nous avons compris que les manifestations des ONG n'exprimaient pas seulement leur point de vue, mais aussi celui d'une partie plus large de l'opinion publique. ». Ainsi, le FMI organise désormais des réunions informelles avec les ONG. Il avait également organisé, à leur intention, une campagne d'explication sur ses objectifs avant sa dernière Assemblée générale qui s'est tenue à Prague en janvier 2000.

Pourtant cette tendance connaît aussi des accrocs, comme le montre la situation de blocage apparue récemment au Comité de liaison avec les ONG de la Commission européenne.

D'autre part, la systématisation de ce dialogue rencontre des difficultés qui proviennent également, et de manière paradoxale, des ONG elles-mêmes. Ces dernières se sont par exemple montrées défavorables à une proposition du Directeur général du FMI visant à mettre en place un organe permanent de consultation.

Cette réticence des ONG s'explique essentiellement par le fait que les associations, ou du moins les plus contestataires d'entre elles, craignent toute tentative, réelle ou supposée, de récupération. Un responsable de l'association Attac résumait récemment cette position : « Nous sommes à fond pour l'ouverture et le dialogue. Mais les institutions internationales développent une stratégie qui vise à associer les ONG dans des cadres où elles restent au centre du jeu ».

Par ailleurs certaines ONG redoutent, en participant à ces instances de concertation, de paraître conférer ainsi une légitimité à des institutions qu'elles contestent.

Enfin, ce processus pose d'évidents problèmes de représentativité. Par exemple, en juin 2000, trois ONG anglo-saxonnes se sont imposées pour représenter une centaine d'associations dans le cadre de la réunion ministérielle de l'OCDE sur l'élaboration de principes directeurs à l'intention des entreprises multinationales.

Dans le domaine du développement, les ONG sont des acteurs reconnus et appréciés, comme le soulignent unanimement les contributions que nous avons reçues de différentes sections, du Nord comme du Sud. Toutefois, leur complémentarité avec les politiques de coopération menées par les Etats et les organisations internationales n'apparaît pas toujours clairement. Dans un article volontairement provocateur paru dans le « Monde diplomatique » en janvier dernier, Jean-Pierre Cot, ancien ministre français de la Coopération, s'interroge sur le credo du « small is beautiful », c'est-à-dire l'idée selon laquelle, dans le domaine du développement, le salut viendrait des micro-projets réalisés par les ONG. Son opinion est plus nuancée : « Je ne veux pas sous-estimer l'importance des puits et des éoliennes dans le développement des communautés villageoises. Mais les enjeux du développement économique et social en Afrique sont d'une autre dimension. »

En d'autres termes, il convient de réfléchir aux moyens de concilier le local et le global, pour mettre en place de nouveaux cadres de coopération et créer de nouvelles synergies.

Par ailleurs, les ONG s'expriment désormais avec force sur la scène internationale. Leur discours alternatif dénonce les excès d'une mondialisation d'inspiration libérale, la montée de la pauvreté et des injustices et la marginalisation croissante des pays du Sud. Les gouvernements, comme les grandes organisations internationales, ne peuvent plus ignorer leur message. Toutefois, les modalités d'un véritable dialogue tardent à se mettre en place. Ce dialogue pourrait être facilité par le changement d'attitude des ONG qui s'est concrétisé à l'occasion du Forum social mondial de Porto Alegre, où elles ont joué un rôle de proposition résolument constructif.

Ce mouvement va certes dans le bon sens, même si en tant que parlementaires francophones, il nous apparaît regrettable que le discours des ONG sur la scène mondiale soit largement dominé par les grandes organisations anglo-saxonnes.

le rapport parlementaire relatif aux ONG
http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r1925.asp
La coopération entre l'Assemblée et la Conférence des OING
Rapport
Commission des questions politiques
Rapporteur : M. Aleksandër BIBERAJ, Albanie, Groupe du Parti populaire européen
http://assembly.coe.int/mainf.asp?Link=/documents/workingdocs/doc07/fdoc114…
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DERRIERE LES EVIDENCES HUMANITAIRES

Derrière les évidences humanitaires
A Kinshasa, aventuriers africains et professionnels occidentaux
En République démocratique du Congo, les associations humanitaires occidentales disposent d'importants moyens. Mais, à Kinshasa, leurs membres vivent entre eux. Au point de former une microsociété dont la présence dérègle la vie sociale.
Par Michel Galy

Trente enfants du quartier de Ngaba, à Kinshasa, vivent dans un drôle de bidonville, démuni mais sympathique : « classes » de trois mètres sur dix mètres, « dortoir » en mouchoir de poche, le tout recouvert de tôles et meublé de manière artisanale. Deux éducateurs sans formation et une association de quartier, le Centre d'accueil pour enfants et mères démunies, s'en occupent avec un budget de misère... Cela n'empêche pas les ex-orphelins des rues de mener un train d'enfer dans le centre et de jouer si bruyamment que les gosses du quartier, plus misérables encore, aimeraient se joindre à eux...

Quoi de commun entre cette microscopique association, caritative et chrétienne, et les poids lourds de l'humanitaire, très représentés en République démocratique du Congo (RDC) ? Rien, justement, et c'est bien le problème... Pour les grandes organisations non gouvernementales (ONG) occidentales, spécialisées dans l'enfance abandonnée, ces bénévoles locaux sont des « aventuriers de l'humanitaire ». Cette formule paraît pour le moins paradoxale après l'affaire de L'Arche de Zoé (lire « Zoé, l'onde de choc ») et compte tenu de l'histoire du mouvement humanitaire international, sorti du bourbier biafrais dans la plus grande improvisation.

Depuis quelques années, en effet, le milieu humanitaire réagit aux critiques par une fuite en avant dans la technicité, sous la bannière du « professionnalisme ». En France, des « écoles de formation » comme la fameuse Bioforce (1) imposent des cadences infernales à de jeunes recrues forcément « opérationnelles ». Hiérarchisation accrue vis-à-vis du personnel local tenu en lisière et distance encore plus grande par rapport aux sociétés concernées en sont le prix, de l'aveu même des intéressés les plus lucides.

Question d'habitus (2)... Il est effectivement bien agréable d'être attendu à l'arrivée du vol de nuit par un 4 ? 4 climatisé, piloté avec maestria par un chauffeur compétent et de passer à travers les contrôles de la douane pour être acheminé dans le beau quartier d'Utex Africa, à Gombe — l'ex-ville blanche coloniale, où siégent les grandes ONG, les agences des Nations unies et les ambassades ! Ce voisinage avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la Mission d'observation des Nations unies au Congo (Monuc) (3) n'est certainement pas anodin, quels que soient les louables efforts des humanitaires pour s'en distinguer.

Le ballet des 4 ? 4 marqués aux couleurs des ONG est permanent à Utex Africa (4). Ils s'engouffrent dans les « concessions » aux portails bien clos où grouillent de jeunes « volontaires » occidentaux qui fournissent vivres, soins, emplois et statuts aux Kinois désargentés. Mais ce « rêve humanitaire » prend un goût amer si on se trouve de l'autre côté de l'invisible barrière, et transforme les interlocuteurs congolais en « piétaille dominée par des cavaliers motorisés » (selon l'expression du responsable d'une ONG française de la place). Pour ceux, en effet, qui regardent les petites annonces d'emplois affichées aux portes de ces organisations, qui avalent la poussière des véhicules ou reçoivent les éclaboussures de boue, les allures romantiques des jeunes Blancs aux tee-shirts colorés et aux foulards de broussard prennent des connotations ambiguës...

Les humanitaires formeraient-il ce que les sociologues nomment une « société parallèle », avec ses rites, ses codes et ses réseaux mondiaux ? Alors que les compagnies d'aviation congolaises connaissent des accidents à répétition, tout humanitaire a gratuitement le choix entre plusieurs formules pour se rendre rapidement de la capitale à la frontière du Rwanda : notamment les avions du programme européen d'aide humanitaire ECHO ou de la Monuc... Sachant que, dans ce pays continent, le réseau routier est inexistant, on conçoit les rancœurs de la population locale. A Goma et à Bukavu, là où se trouvent les camps de réfugiés, et donc des responsables humanitaires venus de toute la planète, les hôtels de luxe et les résidences onusiennes poussent comme des champignons, dans un paysage magnifique, à tel point qu'une mafia locale s'en enrichit et se déchire...

Rien de nouveau sous le grand ciel d'Afrique ? On a pu rapprocher cette geste de celle des « officiers des affaires indigènes » au temps de la colonisation, mais ces derniers étaient au moins formés aux coutumes et aux langues locales dans la fameuse Ecole de la France d'outre-mer (EFOM). Aujourd'hui, ni les administrateurs africains affectés hors de leur terre d'origine (le Congo comporte plus de trois cents groupes ethniques !) ni les membres du système onusien ne le sont. En outre, beaucoup d'officiers et même des membres de l'administration civile de la Monuc ne parlent pas français...

Des impasses linguistiques et culturelles qui expliquent beaucoup d'échecs : qu'on se souvienne des vidéos montrant des membres de L'Arche de Zoé, sans formation, dépassés par leurs pseudo-enquêtes sur le système de parenté tchadien... Dans une ville comme Kinshasa, connue pour sa vitalité musicale, ses dizaines de stations de radio et même de télévision privée (cas exceptionnel en Afrique subsaharienne), est-il indispensable aux « expatriés » de ne regarder que Cable News Network (CNN) et les bouquets satellitaires de chaînes étrangères — même si l'isolement et l'angoisse des situations vécues sur place donnent le mal du pays ?

Les nouvelles technologies serviraient-elles aussi à connoter le fossé culturel entre les Africains des villages et les jeunes experts du système mondial ? Ces derniers débarquent en brousse avec ordinateurs portables et valises satellitaires, véhicules dernier cri et grésillantes radios de « sécurité » (« les Blancs sont comptés » — eux seuls comptent —, disait-on à l'époque coloniale...), se targuant de « fonctionner en réseau » avec le siège parisien de l'ONG. Le grand écart entre deux mondes peut souvent paraître indécent aux « bénéficiaires » d'un camp de réfugiés ou au citoyen ordinaire d'une grande métropole africaine...

Les plus lucides des humanitaires le savent bien et s'interrogent sur des pratiques dont ils se sentent « responsables mais pas coupables », comme entraînés par un développement institutionnel pas toujours maîtrisé. Les petites ONG des années 1970 sont en effet devenues d'énormes machines transnationales. Il en est ainsi de Handicap International : fondée par deux médecins français en 1982, « HI » a aujourd'hui des « sections » dans huit pays et travaille dans soixante Etats ; elle emploie environ deux cents salariés à son siège, deux cents « expatriés » et... quatre mille « personnel local » (proportion courante dans le milieu) qui gèrent deux cent quarante projets pour un peu plus de 72 millions d'euros !

Le responsable de Médecins du monde (MDM) à Kinshasa reconnaît le malaise et décrit une histoire qui semble s'être faite contre les volontés personnelles des humanitaires, presque à leur insu. Pour le docteur Almouner Talibo, on est ainsi passé d'un temps où le French doctor, universellement respecté, arrivait comme il pouvait, muni de quelques cantines de médicaments, sur le théâtre des catastrophes. Aujourd'hui, les imposantes machines humanitaires, autant enviées qu'admirées, sont devenues des proies tentantes et des boucs émissaires potentiels. Les ONG de Kinshasa ont donc été amenées, pour assurer leur « sécurité », à se regrouper à Gombe et à s'éloigner du même coup des quartiers populaires.

Mais de quelle sécurité s'agit-il ? On a vu à Monrovia (Liberia) des Africains bloqués aux portes des demeures occupées par des humanitaires pour des raisons de sûreté. De même, nombre d'ONG incitent fortement leurs agents à éviter de fonder des « couples mixtes »... Rares sont les ONG ou les bénévoles qui font le pari inverse de l'insertion dans le milieu local ou le quartier. Pour des humanitaires chevronnés comme Rony Brauman, c'est pourtant ce métissage, cette inculturation qui sont le gage de l'acceptation des hommes et des projets.

Or de très nombreuses associations, ONG de développement congolaises, existent tant bien que mal. Elles manquent de reconnaissance et développent parfois une forte rancœur contre un « humanitaire occidental » aussi puissant qu'imprégné de bonne conscience et imperméable à la critique. Responsable de l'ONG féminine de Kinshasa Cause commune, Mme Georgette Bieble en a gros sur le cœur : elle s'est livrée à une sorte de sociologie des humanitaires, qu'elle trouve « très souvent méprisants » !

Tout y passe, y compris l'analyse du jargon de ces volontaires, vite décrypté dès qu'on est « de l'autre côté » : la « recherche de partenaires locaux » devient ainsi « sujétion »... Décrivant avec une ironie amère les « missions d'identification » qui viennent « multiplier les critiques et semer la division » entre ONG congolaises à l'affût de crédits, elle dénonce les discours dévalorisants portés sur l'offre locale qui « nous assimilent trop vite à des brigands, à des voleurs qui ne cherchent qu'à se pérenniser » (sic !). Devant ces comportements, elle se dit « prête à mettre trente ans s'il le faut pour conquérir [son] autonomie »...

Certes, si l'humanitaire est souvent à la limite du sacerdoce, le charity business n'est jamais loin. Et les activités des Mundele (Blancs) de Kinshasa n'y échappent pas : elles font partie des mille et un « business », ou plutôt « coop » (5) selon le fameux jeu de mot kinois, par lesquels une population délaissée et affamée tente désespérément de survivre ! Anthropologue de l'université de Kinshasa, Léon Matangila est formel : « Politique, religion et ONG sont les trois voies congolaises de l'enrichissement rapide ! » Une sorte d'« ONGéisation » déforme en effet le champ social et devient un mode de vie orienté vers la captation des fonds venant de l'étranger. Les « ONG de serviette », frauduleuses ou fictives, ne font que « s'adapter à toute demande des bailleurs ». Selon le sociologue Marco Giovannoni, spécialiste de Kinshasa, « l'argent des ONG (internationales) et certains projets ont perverti la dynamique de la vie associative à Kinshasa » et « annihilé la société civile » (6).

Comme dans d'autres pays, les rapports avec l'Etat sont complexes : substitut à la coopération étatique, sous le maréchal Joseph Mobutu, les ONG internationales passent aujourd'hui de multiples accords avec les appareils administratifs après avoir elles-mêmes défini leur zone d'intervention et leur programme d'action, ce que permettent des « accords de siège » très laxistes. Giovannoni estime ainsi que « le ressentiment que manifestent les fonctionnaires qui n'ont pas réussi à trouver de travail auprès d'une ONG fait qu'ils en deviennent ipso facto d'amers adversaires et font tout ce qu'ils peuvent pour entraver ou saboter les projets (7) ».

Mais une dérive beaucoup plus grave, géopolitique celle-là, guetterait l'humanitaire implanté en RDC : l'est du pays serait privilégié, notamment par rapport à la capitale. En effet, depuis le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 et les deux guerres congolaises (Cool — qui auraient fait entre trois et cinq millions de victimes —, cette région, à la frontière avec le Rwanda, représente un foyer majeur de tensions. Des groupes armés multiples (en particulier ceux du général Laurent Kunda) maintiennent une très forte pression et provoquent des déplacements de population.

Cette situation explique en partie le statut privilégié des ONG et des institutions internationales dans cette province. Elle suscite toutefois des sentiments mitigés à Kinshasa : si les responsables politiques, les cadres de l'armée implantés depuis la chute de Mobutu font partie des privilégiés du régime et s'accommodent fort bien de l'aide internationale, un nationalisme critique et revendicatif se développe dans la capitale sur fond de sourde opposition au président Joseph Kabila, lui-même issu de l'est du pays. Dans la mégapole surpeuplée (dix millions d'habitants) et frondeuse, on accuse le chef de l'Etat, son régime et les humanitaires de privilégier les « réfugiés étrangers » de l'Est sur les Kinois de l'Ouest et les « déplacés » congolais repliés dans la capitale.

Certes, l'humanitaire a souvent à voir avec les frontières, là où l'Etat local est faible ou défaillant, mais a-t-il pour autant mandat de se substituer à l'appareil administratif ? Les témoignages sont nombreux, y compris dans la fonction publique, où les responsables, quasi impuissants, s'étonnent du grave déséquilibre géopolitique des implantations.

Ces différences de traitement se retrouvent dans d'autres pays africains. En Côte d'Ivoire, avant la guerre civile (2002), par exemple, les ONG se sont un temps partagé le pays en « fiefs » : à l'Agence allemande d'assistance technique (GTZ) revenait le Nord (notamment pour les soins de santé primaire) ; à la coopération française le Sud. De même, à Madagascar, les ONG d'épargne-crédit ont découpé le pays en secteurs qu'elles se sont répartis.

Souvent, les ONG se concentrent dans les zones d'accès facile (centres urbains, capitale, voies principales) et délaissent les « zones de refuge » (montagnes, campagnes reculées, forêts)... Sur la Grande Ile, les ONG s'installent souvent autour d'Antananarivo, sur les hauts plateaux merinas, tandis que les problèmes se trouvent sur les côtes. Dans d'autres pays, les associations se bousculent dans les mêmes villages, zones ou quartiers. Pis : des ONG comme World Vision (9), riches et puissantes, refusent toute coordination avec les autres associations ou avec les gouvernements. Elles interviennent où elles veulent et comme elles veulent, comme nous avons pu l'observer dans la province australe de la Sierra Leone (10).

De quel droit se comportent-elles ainsi ? Compte tenu des rivalités ethnorégionales parfois aiguës, ces choix — qui suivent ceux des bailleurs et donc des grands projets — ne sont pas sans graves conséquences politiques.

Voyant les ONG obtenir, fortes d'avantageux « accords de siège » avec les pays d'accueil, des prérogatives de plus en plus importantes, et réalisant qu'elles sont devenues des acteurs des relations internationales, les Nations unies, l'Union européenne et les forces militaires s'ingénient à en canaliser, voire en contrôler, les activités... C'est le cas de la Coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), qui tente de superviser le secteur. Les réformes qu'elle envisage agitent le petit monde des développeurs de toute obédience qui devront, sans concurrence sauvage ni redondances fâcheuses, se coordonner sous la conduite d'une institution « maître d'œuvre ». Garder leur chère indépendance aura dorénavant un prix : renoncer aux subventions ! Ce « chantage » se résoudra au cas par cas et dépendra en pratique de la structure de financement de chaque organisation : Médecins sans frontières, qui ne vit que de dons privés, a décidé de rester en dehors de ces « usines à gaz ».

Les plus critiques sont souvent... les humanitaires eux-mêmes, qui n'ont cessé de scissionner et de s'autocritiquer depuis l'événement fondateur du Biafra (lire « Sur fond d'indignation et de pétrole, tout a commencé au Biafra »). Le responsable de la « concession » de MDM à Kinshasa, par exemple, est un jeune et brillant médecin du Mali, le docteur Talibo. S'il n'existe heureusement pas de « statistique ethnique », force est de constater qu'un tel itinéraire demeure exceptionnel : les postes à responsabilités reviennent aux expatriés occidentaux, les fonctions subalternes aux autochtones.

Des programmes dits « de substitution » se mettent en place, sélectionnant les ONG locales jugées « viables », les formant, les appuyant ou... les créant ! Une expérience novatrice, mais fragile de l'aveu des auteurs, est ainsi menée avec des associations congolaises dans le secteur de la santé au Kivu (11). Cette recherche désespérée de « partenaires locaux », nécessaire et encourageante, a ses limites car les concepts et les projets viennent toujours du monde « développé ». L'expérience montre que la substitution est souvent éphémère et sombre rapidement sitôt le bailleur retiré.

Que pèsent les critiques devant l'urgence d'agir, rétorquent les humanitaires mis en cause, taxant de populisme et d'incompréhension ceux qui s'interrogent ? Mais ces reproches émanent des populations « bénéficiaires » elles-mêmes. Si les associatifs africains font le pari de la modestie et du métissage, pourquoi pas leurs homologues occidentaux ?


Michel Galy.

DROIT ET MISERE DE L'ENFANT EN AFRIQUE

Droits et misères de l'enfant en Afrique
Enquête au cœur d'une " invisible " tragédie


Les droits de l'enfant africain
La Charte Africaine des droits et du bien-être de l'enfant, adoptée en juillet 1990 par l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), rappelle que " l'enfant occupe une position unique et privilégiée dans la société africaine ". La Charte égrène ensuite une série de normes dont certaines, hautement innovatrices, vont bien au-delà des exigences de la Convention aux Droits de l'Enfant (CDE) adoptée par l'ONU et entrée en vigueur en 1990, et placent l'enfant au cœur des enjeux et impératifs de paix, de développement et de progrès.
Délivrée à l'issue de la Réunion spécialisée sur le trafic des enfants en Afrique de l'Ouest et Centrale, conjointement organisée en janvier 2001 par la République de Côte d'Ivoire et l'Organisation internationale de la Police Criminelle (Interpol), la Déclaration de Yamoussoukro, quant à elle, déplore " l'émergence et le développement du phénomène du trafic et de l'exploitation des enfants " et le qualifie, " sous toutes ses formes et à quelque fin que ce soit ", de " nouvelle forme de criminalité ".
Rappelant que " les enfants sont les bâtisseurs des nations de demain et porteurs des espérances du futur ", la Déclaration proclame la nécessité et " l'urgence de l'adoption d'initiatives régionales pour le bien-être des enfants ". C'est dans ce dessein que, passant de la parole à l'acte, les 5 pays membres du Conseil de l'Entente (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Niger et Togo) ont institué, en mars 2002, " un laisser-passer pour accompagner les enfants mineurs voyageant au sein de leur espace communautaire ". La mesure vise à éradiquer et prévenir le trafic grandissant des enfants de la sous-région.

S'agissant particulièrement de la question des enfants utilisés comme instruments de violence armée, l'OUA s'est engagée depuis quelques années dans une large campagne d'information et de sensibilisation, conformément, notamment, à la Résolution sur le fléau des enfants africains dans les conflits armés adoptée par la 4ème session ordinaire du Conseil des Ministres au mois de juillet 1996, et à la Déclaration de Maputo adoptée 3 ans plus tard par la 1ère Conférence africaine sur l'utilisation des enfants comme combattants.

Des promesses non tenues

Cette dynamique montre bien que la dernière décennie du 20ème siècle aura été celle d'un engagement diplomatique, juridique et politique sans précédent en faveur des enfants… Malheureusement, pour la majorité des enfants africains, la grande espérance née de cette effervescente activité diplomatique et juridique attend toujours de prendre corps dans leur vie de chaque jour.

A quoi tient cet échec du droit et du politique à garantir efficacement les droits de l'enfant en Afrique ? Si l'on peut relever l'absence de bonne foi de nombreux dirigeants africains, ce manque de volonté politique n'est pas seul en cause… Aux facteurs structurels qui tiennent à l'échec des politiques de développement économique et social, aggravé par la marginalisation dans le processus de mondialisation, s'ajoutent des facteurs conjoncturels liés à l'absence de démocratisation, à la déliquescence du pouvoir étatique, ainsi qu'à des conflits armés persistants.

La misère économique
La grave crise économique que subit actuellement l'Afrique affecte au premier chef les enfants, " caste d'abandonnés, sans assistance et avec très peu d'espoir de s'en sortir ". Ainsi, de plus en plus nombreux sont les enfants du continent qui sont contraints de se débrouiller par eux-mêmes pour survivre.

Le travail est en passe de devenir la seule voie de survie de nombreux enfants en Afrique. En Côte d'Ivoire, par exemple, le gouvernement reconnaît que " la paupérisation des familles pousse les parents à avoir recours aux revenus du travail de leurs enfants ". De plus, dans les grands centres urbains du pays, on constate " l'existence d'une prostitution occasionnelle, masquée par des activités de façade (vendeuses ambulantes, petits gardiens, domestiques) et une prostitution professionnelle encadrée par des réseaux criminels évoluant en marge et hors de la loi.

Au Gabon, on observe une augmentation du nombre d'enfants travaillant avant l'âge de 16 ans de manière informelle. Si certains enfants travaillent pour leur compte et à leur rythme (laveurs de voiture, gardiens sur les parkings), d'autres sont exploités par des adultes. C'est notamment le cas des enfants victimes de trafic (Bénin, Togo, Nigeria).

Un nouvel esclavage ?
Le drame de la majorité des enfants utilisés comme main-d'œuvre corvéable dans les grandes plantations industrielles d'Afrique de l'Ouest et Centrale notamment, a conduit certains observateurs à soutenir que " l'esclavage et la traite des Noirs existent encore en Afrique, mais, cette fois-ci, les négriers sont les Africains eux-mêmes, et leurs marchandises, des enfants africains " (Joëlle Billé, Esclavage : le bateau de la honte, L'Autre Afrique, 19 décembre 2001-8 janvier 2002).
Force est malheureusement de reconnaître que l'extrémisme du propos est peut-être à la mesure de la démesure des tragédies vécues par les enfants sur ce continent. En effet, comment réagir autrement face, par exemple, au scandale de l'Etireno, ce " bateau de la honte " dont la terrible cargaison d'enfants n'est pas sans rappeler l'enfer d'autres cargaisons d'humains affrétées il y a 4 siècles dans les mêmes conditions et à partir des mêmes côtes ouest africaines ! Ou encore lorsqu'on est confronté à la mort tragique, en février 2000 en Grande Bretagne, de la petite Victoria Climbié de nationalité ivoirienne, " bonne à tout faire " à peine âgée de 8 ans ! (BBC, African Children Enslaved in UK).

De manière générale, l'on observe que " chaque année, quelque 200.000 enfants des régions les plus pauvres d'Afrique sont vendus comme esclaves " (Olenka Frenkiel, Trafic d'enfants africains : Etireno, le bateau de l'esclavage, Courrier International n° 580, 13-19 décembre 2001, p. 66).

Doublement victime - d'une crise économique galopante et d'une abominable résurrection du mythe de " Nègre dur à la tâche " - l'enfant africain est en train de devenir une " denrée " fortement sollicitée à travers le monde entier, à des fins d'exploitation économique ou sexuelle. En Europe, dans un pays comme la France par exemple, l'on constate une aggravation de la prostitution des mineurs de plus en plus souvent venus de l'étranger, en particulier d'Afrique.

Violence armée et défaite du droit
Dans ceux des pays devenus sans Etat, ou continuant miraculeusement de subsister avec tout juste un résidu d'institutions publiques (Somalie, Sierra Leone, Liberia, République Démocratique du Congo, Soudan, etc.), des générations entières d'enfants ne savent rien d'autre de la vie que la violence homicidaire à large échelle. Cette autre particularité des misères de l'enfant africain place la question des droits de l'enfant au confluent des exigences de la règle de droit et des contraintes de sécurité.
Le phénomène des " enfants de guerre " est loin d'être une simple et marginale excroissance des situations de conflit armé. Il est en train de devenir une tendance générale qui, dans de nombreux pays, atteint une majorité d'enfants.

Au Liberia, l'UNICEF estimait, en 1994, qu'à peu près 20 % des 60.000 combattants libériens étaient des enfants de moins de 17 ans. Nombre de ces combattants aux dents de lait étaient âgés de moins de 10 ans au moment de leur enrôlement dans l'armée de libération. Au Soudan, pays d'une région à forte tradition d'enfants combattants, ces " garçons perdus " sont encore plus nombreux.

Au cours des 16 années de guerre civile au Mozambique, 10.000 enfants ont été enrôlés souvent de force dans la guérilla de la RENAMO ou au sein de l'armée gouvernementale (Comité Français de l'UNICEF, Les enfants et la guerre, 1996, p. 12). Certains de ces braves " soldats " avaient tout juste 6 ans. Tout au long de la guerre civile mozambicaine, au moins 92 % des enfants ont été séparés de leur famille ; 77 % ont été témoins de meurtres en masse ; 88 % ont été témoins d'abus physiques ou de torture ; 51 % ont été eux-mêmes abusés physiquement ou torturés ; 63 % ont été témoins de kidnapping et d'abus et ont été obligés de travailler comme porteurs : 28 % des enfants kidnappés (tous des garçons) ont été entraînés comme combattants.

En Angola, une enquête a révélé, en 1995, que 30 % des enfants avaient accompagné ou soutenu des soldats, et que 7 % des enfants angolais avaient fait feu sur un être humain. En Ouganda, on estime que l'Armée de Résistance Nationale (aujourd'hui au pouvoir) comptait quelque 3.000 enfants (dont 500 filles) dans ses rangs. Quant à l'Armée de Résistance du Seigneur, qui combat l'actuel gouvernement ougandais, on évalue à au moins 10.000 le nombre d'enfants enrôlés dans ses rangs. Ces enfants sont utilisés comme combattants, domestiques, porteurs ou esclaves sexuels.

En Sierra Leone, depuis 1991, le terrifiant Front Révolutionnaire Uni avait pour " stratégie de guerre " de faire des razzias dans des villages, afin de capturer des enfants pour les engager dans ses rangs.

Dans les prisons

S'agissant toujours du rapport de l'enfant à la violence, demeure également entière la question de la justice pénale et celle des droits de l'enfant en temps de paix ou de guerre. Généralement, les Etats Africains manquent à la fois de cadre juridique et de capacité institutionnelle dans ce domaine.

Ainsi, par exemple, dans les prisons de Conakry, en Guinée, sont enfermés de nombreux enfants et mineurs de moins de 18 ans. Généralement, ce sont surtout des enfants qui vivaient dans la rue, car leur famille était trop pauvre pour s'occuper d'eux. Ils ont été arrêtés par la police parce qu'ils se bagarraient, mendiaient ou volaient pour manger.

Partout en Afrique, des centaines - sinon des milliers - d'enfants sont entassés dans des prisons surpeuplées et de grande insanité. Ces enfants sont parfois dans les mêmes cellules que les adultes, qui mangent souvent les repas des jeunes. Au Rwanda, des centaines de gamins emprisonnés doivent répondre du terrible chef d'accusation de " génocide ". Généralement, ils ne bénéficient ni d'assistance juridique, ni d'aide psychologique appropriées.

L'avenir hypothéqué
L'ampleur des misères de ces enfants est telle que la distance demeure immense entre la réalité et les règles de droit. En adhérant aux instruments juridiques de protection des droits de l'enfant, les Etats africains souscrivent pourtant à des engagements d'où découlent des obligations internationales. S'agissant de la Convention relative aux droits de l'enfant, par exemple, les Etats parties s'engagent non seulement " à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention ", mais aussi " à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction " (article 2).

L'UNICEF est sans ambiguïté sur la responsabilité, en la matière, des autorités publiques : " Les gouvernements et institutions internationales doivent assumer leurs responsabilités en ce qui concerne les initiatives qu'ils prennent pour placer la question des droits et du bien-être des enfants au premier rang des préoccupations ". Pour l'organisation statutairement chargée de promouvoir et de garantir le bien-être de l'enfance, " ceux qui ne le feront pas devront rendre des comptes ".

Le continent continue néanmoins d'évoluer en marge ou hors des normes et principes auxquels il a librement souscrit. Quant à l'enfant africain, il est progressivement en passe de devenir le laisser-pour-compte de sociétés végétant elles-mêmes à la limite de la survie…

Anatole AYISI (UNIDIR, Genève), Catherine MAIA (Université de Bourgogne), Joseph AYISI (Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève)

(extraits de l'article paru dans SEDOS Bulletin, vol. 35, n° 3-4, mars-avril 2003, pages 42-4 
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PROMOUVOIR L'AGRICULTURE FAMILIALE POUR RESOUDRE LE PROBLEME DE LA FAIM

"Promouvoir l'agriculture familiale pour résoudre le problème de la faim dans le monde"
Par Marie Simon, mis à jour le 17/10/2008 14:29:50 -
La crise alimentaire ne fait plus la Une, remplacée par la crise financière et économique... Pourtant, les chiffres récents de la FAO établissent à près d'un milliard le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Jusqu'au 30 novembre 2008, la campagne ALIMENTERRE 2008 du Comité français pour la solidarité internationale sera relayée par plus de 200 ONG. Parmi les valeurs promues: l'agriculture familiale moderne. Les explications d'Anne-François Taisne, déléguée générale adjointe du CFSI.

Craignez-vous, comme la FAO, que la crise financière ne fasse oublier que près d'un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde?
Il est effectivement à craindre que la crise financière ait un impact sur les enveloppes que les pays riches consacrent à l'aide au développement. Mais l'aide humanitaire est une chose. Il faut surtout faire des investissements à long terme pour que chaque pays puisse assurer sa souveraineté alimentaire.
Anne-Françoise Taisne, déléguée générale adjointe du Comité français pour la solidarité internationale.

Que penseriez-vous alors d'un "plan Paulson" pour tenter de résoudre cette crise?
L'agriculture, dont 2,8 milliards de personnes dépendent dans le monde, ne représente que 3% de l'aide au développement aujourd'hui, on peut mieux faire... Mais, à vrai dire, on ne veut pas des milliards. Les injections de ce type, tout comme les aides pour assurer la soudure en cas de mauvaise récolte, ne suffisent pas.
Il faut soutenir les populations pour qu'elles s'organisent et mettent en place une logique globale, avec des aides à la formation et des investissements plus qu'avec de petits projets ponctuels. Sans cela, la crise alimentaire se poursuivra.

Vous parlez d'une "logique globale" à mettre en place. A l'occasion de votre campagne Alimenterre 2008, vous préconisez, entre autres, le retour à l'agriculture familiale pour lutter "durablement contre la faim". En quoi est-elle un élément de solution, selon vous?
Plus précisément, nous voulons insister sur deux enjeux majeurs. Le premier enjeu est de donner la priorité à l'agriculture vivrière, plutôt que de se concentrer sur la culture de produits d'exportation.
Dans les années 1980, on a encouragé les pays du Sud à commercer, à exporter leurs produits tropicaux. Mais ont-ils vocation à importer de la nourriture pour subvenir à leurs propres besoins? Il faut dès lors leur permettre de protéger les marchés locaux.
Un exemple. Au Sénégal, un accord a été mis en place pour limiter les importations d'oignons. D'avril à août, période de commercialisation des oignons locaux, une restriction des importations est imposée. Cette décision a été prise en 2003 et s'inscrit dans l'application des clauses de sauvegarde de l'OMC qui autorisent les Etats membres à restreindre temporairement les importations d'un produit pour protéger une production nationale. Ce système effectif depuis 2004 a amélioré la situation des producteurs locaux. Les revenus des producteurs sont passés de 7 milliards de FCFA en 2005 à 10 milliards en 2006.

Et le second enjeu?
Le second enjeu est de choisir quel type d'agriculture privilégier. Pour faire court, le choix réside entre une agriculture très capitalisée et performante créant peu d'emplois, ou une agriculture dite "familiale" fondée sur la pluriactivité, l'emploi massif et une plus grande redistribution de revenus. C'est incontestablement cette dernière qui permettra à la fois de fournir l'alimentation au plus grand nombre et de lutter contre la pauvreté en milieu rural qui, rassemble, rappelons-le, près de la moitié de l'humanité.
Mais attention, il ne s'agit pas d'un "retour", au contraire. Une agriculture familiale modernisée, soutenue par la recherche, incitée par une politique agricole favorable, peut répondre aux besoins alimentaires et, en même temps être plus respectueuse de l'environnement. C'est là le vrai sens de ce qu'on appelle le développement durable. On en connaît des exemples très intéressants au Brésil ou au Cambodge, par exemple.
Manger ce que l'on produit sur place... Cela rappelle certaines recommandations du Grenelle de l'Environnement, concernant les produits de saison, n'est-ce pas?

Oui, les habitudes doivent changer dans les pays riches aussi! Pourquoi manger des fraises à Noël en France? Pourquoi donner à manger aux animaux du soja venu d'Argentine ou du Brésil, où sa production favorise la destruction des campagnes?
Pas question d'arrêter les importations et exportations... Mais il faut arrêter de les favoriser à tout crin. Le Comité français pour la solidarité internationale a d'ailleurs rencontré des représentants des partis politiques en vue des élections européennes de 2009, afin d'évoquer leurs programmes. Les lobbies sont puissants, dans le domaine, mais il faut rapidement supprimer nos subventions aux exportations. Nous leur avons aussi demandé plus de cohérence en matière de politique agricole et de développement durable : on ne peut pas distribuer une aide humanitaire alors que, dans le même temps, on pousse l'Afrique à signer des accords pour ouvrir ses marchés au lieu de construire son espace régional!

Vous souhaitez donc une remise en question profonde, au-delà de la production agricole, des échanges mondiaux.
Oui, et la crise financière va peut-être, indirectement, favoriser cette remise en question des principes qui gouvernent le monde! On se rend compte qu'on ne peut plus laisser le marché décider de tout. Il faudrait sans doute appliquer cela à la crise alimentaire...
L'un des points à revoir, par exemple, concerne les stocks et les investissements en semence. Maintenus au plus bas, sur les recommandations de l'OMC, ils ne permettent pas de faire face aux difficultés, en cas de sécheresse ou de mauvaise récolte. Les prix, déjà soumis à la spéculation mondiale, sont donc plus volatiles. Et dans des pays où les ménages consacrent 70% de leur budget à l'alimentation, contre 15-20% en France par exemple, cette volatilité est difficile à supporter.

source express fr
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TALIBES EXCLAVAGE TEMPS MODERNE

Sénégal les talibés : esclavage des temps modernes

L'enseignement coranique pose problème au Sénégal. Il donne l'impression d'être un monde à part où anarchie et impunité sont érigées en règle. Les marabouts exploitent les enfants alors que l'Etat est implicitement leur complice.
Le Sénégal est un pays dont sa population est à 95% musulmane. Une tendance qui explique peut être l'existence d'écoles coraniques à tout bout de champ. Leur prolifération est tellement inquiétante qu'aussi bien l'Etat, les maîtres coraniques que les ONG n'arrivent pas à maîtriser le nombre exact de ces daaras. Les fidèles ne cessent de dénoncer cette profusion d'écoles coraniques. On en voit partout et à n'importe quelle occasion. Dans une mosquée de la Médina, située sur l'avenue Blaise Diagne près du domicile de Serigne Abdoul Aziz Sy, des musulmans ruent dans les brancards.

Dans cette résidence, c'est la piété qui fait foi. Même les dimanches, des gens s'adonnent à une lecture du saint Coran. En effet, des adolescents et une dame ne dérogent pas à la règle. Au moment où ils récitent des versets du Coran, un monsieur qui frôle la cinquantaine les supervise. Très concentré, il semble ne même pas entendre les salamalecs. Après moult questions sur l'objet de notre visite, il accepte enfin de nous parler dans l'anonymat, arguant qu'il n'est pas le maître des lieux. Il dit réprouver le nombre croissant des daaras. «Si on pouvait trouver un seul daara dans chaque quartier ce serait mieux, mais on en trouve trois à quatre dans un patelin. Tout est désordonné. Malheureusement, on y peut rien parce que c'est un problème social. Personne n'ose toucher aux daaras» se désole-t-il. La dame interrompt sa lecture et s'immisce dans le débat. Ndéye Dièye s'indigne et interpelle l'Etat.

Cependant, la dame demeurant à Pikine est favorable à la mendicité. Elle estime que cela inculque les valeurs d'humilité aux enfants. Un avis que partage largement Samba, un ancien talibé. Rencontré dans le même quartier à la Rue 8 X 10 de la Médina, il crèche dans une très grande maison qui ne peut passer inaperçue. Le mur qui fait face à la rue a plusieurs mètres de hauteur et n'a aucune fenêtre. L'entrée est située à l'extrémité droite collée à un autre mur de la même hauteur. Là non plus, il n'y a pas de fenêtre. Tout laisse croire que c'est un entrepôt.

Mais cette maison sinistre et lugubre est bien compartimentée à l'intérieur. On voit plusieurs concessions faites en bois, seules quelques unes tiennent encore leurs formes initiales. Les autres sont complètement inclinées, érodées. Un coup de vent pourrait bien les mettre à terre. Les chambres visitées sont remplies de poussière et certainement de punaises. Les bagages rangés pêle-mêle, tandis que les nattes s'effilochent et sont couvertes de sable. Un piteux décor qui ne semble aucunement déranger ses occupants composés de talibés et leurs maîtres.

10h dans ce taudis. C'est un calme de cimetière qui y règne. Les rares personnes trouvées sur place ont l'air éberlué de voir des visiteurs. «Tous les talibés sont allés mendier, quand au maître il est sorti» nous dit Samba. Il soutient que cela fait partie de la formation. «Chaque matin après les séances de récital de Coran, ils vont à la recherche de leur pain quotidien parce qu'ils ne payent rien pour apprendre et leur maître coranique n'a pas d'activités génératrices de revenus» explique-t-il.
Deux talibés âgés entre sept et neuf ans avouent qu'ils «versent 200 ou 300 francs CFA par jour selon l'âge ou du riz qu'on leur donne en aumône». Ces mômes errent à longueur de journée. Ils nagent dans l'insouciance et l'inconscience.
Au rond pont de Castors, les véhicules viennent de tous les sens. A 18h, ils se disputent la chaussée, les gens sont pressés de retrouver leur famille après une journée de dur labeur. De petits enfants se faufilent entre les voitures. Ils ne se préoccupent point du danger qui les guette. Ces talibés sont vêtus tout deux de tee-shirt et d'une culotte rafistolés. Ces habits sont tellement pâles que leurs couleurs sont devenues méconnaissables. Les chaussures sont bricolées. Comble de malheur, tous les deux leur corps sont recouverts de saletés. Ils sont peut-être restés des jours sans prendre de bain. Chacun d'eux porte à la main gauche un pot graisseux. Ce récipient contient leur «butin» ou encore leur pitance (riz, biscuits, sucre, cola, bonbon etc).

Ils semble recevoir l'ordre de ne jamais parler aux autres. Il faut insister, les supplier ou leur offrir une pièce de monnaie pour qu'ils se confient. «Après avoir versé le montant exigé au maître, nous gardons le reste pour acheter des chaussures ou pour l'offrir à nos maman une fois de retour au village", confesse enfin le plus âgé.
Ce supplice des enfants est dénoncé un peu partout. Mohamed Chérif Diop ex-coordonnateur du programme talibé de l'ONG Tostan et coordonnateur du cadre d'appui à l'initiative nationale en faveur des talibés s'insurge contre cet état de fait. Il propose «l'établissement d'une structure qui veille sur la régularité des daaras dans chaque collectivité locale» tout en dénonçant la mendicité des talibés. Il soutient que «c'est souvent un deal entre le marabout et les parents du talibé qui utilisent ce dernier pour se nourrir». C'est pour cela que, poursuit-il, «les enfants ne quittent jamais les villes vers les campagnes ou vers les zones défavorisées. Ils quittent toujours les zones défavorisées vers les grandes villes. Et leurs maîtres sont des soi-disant marabouts sénégalais ou de la sous région qui n'hésitent pas à fixer des quotas quotidiens aux talibés» s'indigne-t-il. Ce flux migratoire des talibés vers les zones les plus fructueuses explique clairement, selon Mohamed Chérif Diop, la motivation de certains maîtres coraniques.

La complicité de l'Etat indexée
Comme pour confirmer les propos de Chérif Diop, Hamdy Rabi Bâ n'y va pas par quatre chemins pour expliquer comment les daaras sont utilisés par des «véreux» pour des intérêts économiques. «Dès fois, on voit une personne qui ne sait même pas réciter la Fatiha créer un daara, ou encore un chômeur endurci qui regroupe des enfants quelque part et se proclamer maître coranique. C'est parce qu'il n'y pas de moyen de contrôle de leurs aptitudes» s'insurge Hamdy Rabi Bâ maître coranique à Yeumbeul Sud.

La maîtresse coranique Ndéye Diop Sarr embouche la même trompette. Elle tient un daara, depuis plusieurs années, chez elle à la Rue 6 X 31 à quelques encablures de la maison des talibés. Elle dénonce les conditions pénibles dans lesquelles certains talibés apprennent les enseignements du Saint Coran tout en évoquant la responsabilité des autorités étatiques. Elle pense que "c'est l'Etat qui laisse faire parce qu'il doit fixer des règles pour la création des daaras".

Des daaras à califourchon entre deux ministères
Son opinion est largement partagée par le coordonnateur du cadre d'appui à l'initiative nationale en faveur des talibés. Mieux, Mohamed Chérif Diop dénonce «la fuite de responsabilité et l'indécision de l'Etat qui ne sait pas où loger les daaras». En effet, les daaras sont gérés par deux ministères. Le ministère de l'Education qui est en charge de l'aspect éducation et le ministère de la Famille pour le volet social. C'est "incompréhensible" d'autant plus que les écoles classiques "ont des problèmes sociaux mais elles sont logées uniquement au ministère de l'Education" se désole Mohamed Chérif Diop. Il suggère un engagement sincère de l'Etat et des autorités religieuses pour mettre les talibés dans de meilleures conditions d'apprentissage du Saint Coran.

Au ministère de la Famille, de l'Entreprenariat féminin et de la Microfinance on considère la mendicité des talibés comme un abus envers les enfants. Car «la place de l'enfant est dans la maison, dans sa communauté et dans le daara s'il est talibé et non pas dans la rue» s'offusque Ndéye Lissa Diop N'Diaye directrice de la Protection des droits de l'enfant. A travers son projet EVF (Education à la Vie Familiale), le ministère de la Famille veut offrir aux «apprenants des daaras de meilleures conditions de vie» poursuit-elle. Toutefois, le ministère de la Famille veut être clair à ce propos, il ne considère pas les «talibés-mendiants» comme des talibés mais comme «des enfants de la rue». Au niveau du ministère de l'Education, il n'y a pas encore de cahier de charge pour la création des daaras. Mais, l'Etat aurait nommé en 2008 un inspecteur des daaras.

Awa Diédhiou le Lundi 20 Avril 2009

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LES LIAISONS INCESTUEUSES DES ONG

Les liaisons incestueuses des ONG avec les Etats et les transnationales
par Julien Teil
Mondialisation.ca, Le 31 janvier 2010
Réseau Voltaire

Pour conduire leur action, les ONG humanitaires courtisent les gros donateurs : les firmes transnationales et les Etats. Cette proximité favorise l'affairisme des dirigeants et la politisation des grands causes. Lentement, certaines associations dérivent vers des objectifs sans rapport avec leurs buts officiels. Julien Teil explore cette évolution à travers plusieurs exemples.
De nombreux programmes de solidarité internationale sont plébiscités par les organisations inter-gouvernementales, suivis de près par les ONG et les médias. Certains d'entre eux ne semblent pourtant pas représenter les valeurs et idéaux qu'ils revendiquent. Un court panorama permet de déchiffrer certaines relations qui y sont nouées. Nous nous attarderons ici sur un concept né dans les années 90 et sur un programme de solidarité en cours d'élaboration. Il ne s'agit pas d'accuser les différents acteurs et intermédiaires de ces programmes, mais d'analyser les rapports qui y sont entretenus, afin de dresser un tour d'horizon de la perspective dans laquelle ils s'engagent.

Le 1%, l'Afrique et ses réseaux C'est lors de l'émission La marche du Siècle du 5 janvier 1994 que le président du Conseil général des Hauts-de-Seine et ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, déclare : « Il faut que la France prenne la tête d'une véritable croisade en faveur du développement. On sait qu'à l'heure actuelle, tous les experts sont là pour le dire, si nous consacrons à l'aide au développement des pays sous industrialisés, sous-développés, l'équivalent de 1 % de notre PIB, le problème serait résolu ». Cette pratique est d'ailleurs déjà instituée au sein de la société d'économie mixte (SEM) Coopération 92, fondée à l'initiative de M. Pasqua et dirigée par ses proches. Les actions réelles de Coopération 92 au Gabon ont été réalisées sans appels d'offre et se sont avérées fort coûteuses. Sans lien officiel avec ce qui précède, des sommes équivalentes à ce qui a été dépensé ont été offertes par le chef de l'Etat gabonais pour financer les activités politiques de M. Pasqua et de ses collaborateurs. [1]. Ce n'est que 14 ans plus tard, le 24 octobre 2008 que le Conseil général des Hauts-de-Seine vote la dissolution de la société, qui faisait pourtant l'objet de vives critiques depuis plus d'une décennie. L'opposition (PS, Verts, PC) dénonçait son opacité et regrettait l'absence d'ONG dans les projets [2].
Le fait de consacrer une partie du budget d'un organisme public ou mixte à des opérations de solidarité internationale alors que ce n'est pas la vocation de cet organisme constitue un détournement de fonds publics, quelque soit le caractère louable de ces opérations. Ou plutôt, « constituait un détournement de fonds », car la loi Oudin-Santini, entrée en vigueur le 27 janvier 2005, permet aux communes, à certains établissements publics de coopération, aux syndicats mixtes en charge des services publics d'eau potable, aux agences de l'eau, etc., d'affecter 1% de leur budget à des actions de solidarité internationale et de coopération. Cette loi, selon André Santini « est à la fois un moyen d'exporter le modèle de gestion français de l'eau, mais aussi un moyen de conquête de nouveaux marchés pour les groupes français » [3].

Cette disposition législative a légalisé une pratique jusque là délictuelle existante notamment dans certaine agences de l'eau (Seine Normandie et Rhin-Meuse), dénoncèes par la Cour des comptes en 2002 [4].

Les truculents Charles Pasqua et André Santini ont créé un réseau d'ONG de développement inextricablement lié à la Françafrique. André Santini, principal auteur de cette loi, était le vice-président du groupe d'étude parlementaire sur les problèmes de l'eau. Ce proche de Charles Pasqua était par ailleurs son vice-président au Conseil général des Hauts-de-Seine, président du Syndicat des eaux d'île-de-France (SEDIF) et du Comité du Bassin Seine Normandie. La gestion des eaux en Île-de-France a été confiée jusqu'en 2010 à la Générale des eaux, renommée Vivendi Environnement, puis Veolia. Au Comité du Bassin Seine Normandie, responsable de l'eau dans sa région, M. Santini est secondé par un vice-président, Paul-Louis Girardot, par ailleurs président du conseil de surveillance de Veolia Eau et vice-président du conseil d'administration de Veolia Environnement.

Veolia Environnement a lancé en 2006 son comité d'évaluation indépendant afin « d'enrichir la vision stratégique de Veolia Environnement ». On y trouve entre autres Jean Michel Severino, directeur général de l'Agence Française de Développement (AFD) et Philippe Lévêque directeur général de l'ONG Care France. Care France bénéficie du partenariat en vigueur par l'intermédiaire de la loi Oudin-Santini et remercie les différentes agences de l'eau ainsi que le conseil général des Hauts de Seine dans son rapport d'activité 2009.

Premier bénéficiaire de la loi Santini et premier partenaire de Coopération 92, l'association SOS Sahel se consacre à reverdir le désert. C'est suite à la grande sécheresse des années 1973-1974 que Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal, invita la société civile française et africaine à créer une association afin de lutter contre la famine. Ainsi est née à Dakar, en Novembre 1976, SOS Sahel.

L'ONG Action Contre la Faim milite pour « ratifier [la loi Santini] à l'échelle européenne (afin de pouvoir aider plus de personnes à avoir un accès à l'eau et à l'assainissement et ce en accord avec les Objectifs du Millénaire) » [5]. Cette proposition devrait susciter de vives critiques dans la mesure ou elle consiste à légaliser à l'échelle européenne une pratique qui reste délictuelle dans de nombreux Etats.
Action Contre la Faim est une association internationale créée en novembre 1979 sous le nom d'Action Internationale Contre la Faim (AICF) sous l'égide d'intellectuels atlantistes dont Françoise Giroud, Guy Sorman, Jacques Attali et Bernard-Henry Lévy. Il s'agissait à l'époque de nourrir au Pakistan les islamistes afghans fuyant l'Armée rouge. Quatre mois après sa fondation, en février 1980, AICF participe à un évènement médiatique : « la marche pour la survie ». A l'appel de Médecins sans frontières, des célébrités escortent un convoi humanitaire qui est arrêté à la frontière cambodgienne. S'en suivent des images déchirantes où Bernard Henry-Lévy et Elie Wiesel supplient les troupes communistes vietnamiennes de laisser passer l'aide humanitaire destinée aux Khmers rouges, qu'ils viennent de renverser et laisseraient mourir de faim. La marche a été organisée en sous-main par la CIA avec l'aide de Claude Malhuret [6]. Il s'avérera ultérieurement qu'il n'y a pas eu de famine dans les camps de réfugiés Khmers rouges.

La création de l'association aurait été financée par Michel David-Weill, alors président de la banque franco-américaine Lazard et politiquement engagé dans la croisade anti-soviétique. Jean Guyot, qui lui est entré en 1955 chez Lazard, sera le fondateur et le premier président de l'ONG CARE France. Guy Sorman explique : « David-Weill voulait nous faire ce chèque. Mais à l'époque, celle du contrôle des changes, c'était compliqué de transférer des fonds entre les Etats-Unis et la France. Nous avons donc décidé de créer une filiale américaine » [7].
Ainsi, les liens entre les collectivités locales, les ONG et de généreux mécènes paraissent entachés d'arrières-pensées politiques ou affairistes bien éloignées des idéaux affichés.
La Global Water Initiative et le programme Water Efficient Maize for Africa En 2007, un généreux mécène offre 15 millions de dollars annuels sur 10 ans à un collectif d'ONG pour des actions de long terme favorisant l'accès à l'eau. C'est la Global Water Initiative (GWI).

Le projet est conduit au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Sénégal et dans neuf autres pays d'Afrique et d'Amérique centrale. Il ambitionne de fournir aux communautés un accès durable à l'eau potable et aux systèmes d'assainissement, et surtout un accès à l'eau pour les besoins de la production rurale.

Sept ONG participent à la GWI : Action Against Hunger / Action contre la Faim (AAH / ACF) CARE [8] Catholic Relief Services (CRS) The World Conservation Union - IUCN International Institute for Environment and Development (IIED) Oxfam America SOS Sahel. [9] Le programme a été façonné par David Blanc (directeur du département des opérations d'Action Contre la Faim USA) en collaboration avec la Howard G. Buffett Foundation qui finance le projet dans sa totalité [10].

Howard G. Buffett Howard Graham Buffett est le fils de Warren Buffett, classé deuxième fortune mondiale par le magazine Forbes en 2008. Il se présente comme un agriculteur, philanthrope, passionné de photographie. Son parcours passe malgré tout par la gestion de plusieurs entreprises dont l'Archer Daniels Midland de 1992 à 1995, l'une des plus importantes sociétés agro-alimentaires des Etats-Unis. Cette société, négociante en céréales, exerce une influence importante dans la diffusion des organismes génétiquement modifiés (OGM). La fondation Howard G. Buffett est née en 1999 et s'est donnée pour mission de procurer l'accès aux besoins essentiels pour les populations les plus démunies et marginalisées du monde. La fondation accorde une importance particulière à l'accès à l'eau en Amérique Centrale et en Afrique, ainsi qu'au développement des ressources agricoles pour les petits agriculteurs locaux.

Parmi les sept participants à la GWI, l'IIED (International Institute for Environment and Development), a joué un rôle idéologique de premier plan dans la renaissance du malthusianisme et la mobilisation contre le réchauffement climatique. Grâce à un financement de l'Aspen Institute [11], l'IIED a été fondé en 1971 par l'économiste britannique Barbara Ward (aussi connue sous le nom de baronne Jackson of Lodsworth) et par l'homme d'affaire canadien Maurice Strong, qui fut le maître d'oeuvre des « sommets de la Terre ». L'IIED est de nos jours financé par des ministères (ministère français de l'Ecologie, ministère britannique des Affaires étrangères, etc..) ; par des agences supra étatiques (Banque mondiale, FAO, Commission européenne, etc.) ; par des ONG (Care Danemark, etc.) et par un incroyable nombre de fondations (Rockefeller Foundation, Ford Foundation [12], etc.).

L'IIED est actuellement présidé par Camilla Toulmin, qui a auparavant géré son programme « terres arides » de 1987 à 2002. Son parcours lui a notamment permis d'étudier le renforcement des alliances dans le domaine du développement durable, les droits fonciers en Afrique et dans toutes les régions. Son travail s'est concentré sur le développement social, économique et environnemental dans les zones arides d'Afrique. Elle est d'ailleurs l'auteur d'un compte rendu, co-écrit avec Simon Pepper (président du WWF–Ecosse) dont le titre est Réforme foncière au Nord et au Sud. Une des conclusions de ce rapport est édifiante : « En Afrique, le programme de réformes foncières est en grande partie à l'ordre du jour du fait des donateurs internationaux, tels que la Banque mondiale, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et les Etats-Unis. Cet engagement provient du sentiment qu'une réforme foncière est indispensable en vue d'assurer une sécurité foncière suffisante pour favoriser l'investissement dans l'agriculture, réduire les conflits et allouer des terres aux utilisateurs plus productifs. Cette vision table également sur l'ouverture de nombreux pays africains aux investissements extérieurs dans l'agriculture. On estime que les entreprises internationales ont besoin de titres de propriété sécurisés avant d'investir leurs capitaux dans les économies africaines à haut risque. Il y a aussi d'importants intérêts nationaux qui poussent à l'acquisition des terres coutumières lorsque celles-ci sont mises sur le marché. » [13]. Une conclusion sans doute en adéquation avec les intérêts réels des approbateurs du GWI, dont la fondation Howard Buffett est l'unique investisseur.

Parallèlement, la fondation Howard Buffett et la fondation Bill & Melinda Gates financent le programme Water Efficient Maize for Africa (WEMA) à hauteur de 47 millions de dollars. Il a pour objectif de résoudre les problèmes de sécheresse rencontrés par les cultures locales africaines en créant de nouvelles variétés de maïs en collaboration avec Monsanto, le géant US des organismes génétiquement modifiés (OGM) [14]. Le programme est encadré par l'USAID.

Dans le cas du GWI et du WEMA, les intérêts privés sont encore surreprésentés : D'une part à travers les fondations issues du privé qui financent ces projets. Mais aussi par l'incontestable rôle que jouent les multinationales dont les représentants participent parfois à l'administration des dites ONG. Là encore, les contradictions entre le concept de solidarité et les intérêts représentés sont flagrantes.

Solidarité et gouvernance mondiale Les deux exemples succinctement exposés sont représentatifs d'une réalité équivoque. De nombreux autres programmes censés répondre aux problématiques humanitaires reposent sur des partenariats entre secteurs public, humanitaire et marchand. En outre, le microcrédit est une composante qui est couramment ajoutée à certains de ces programmes. Pourtant le social business (ou entreprenariat social) recouvre lui aussi une réalité bien moins efficace que ce que prétendent ses fameux disciples : Jacques Attali, fondateur de Planet Finance et Bill Drayton, fondateur d'Ashoka Fund [15].

Le microcrédit et les partenariats entre ONG et entreprises font actuellement l'objet de discussions fructueuses. Certains y perçoivent une solution à la crise économique mais aussi une réponse aux enjeux sociaux et environnementaux de ces dernières années. Leurs existences reposent sur de nombreux forums qui érigent ces nouveaux modèles de gouvernance associative en tant qu'expression de la société civile au sein de la « future gouvernance mondiale » [16].

Malgré les divergences évidentes entre la société civile et les entreprises privées transnationales, les ONG accompagnent bien plus le secteur privé et les Etats qu'elles n'agissent comme acteurs indépendants, voire comme contre-pouvoir. Ce comportement manifeste la lente dérive des grandes ONG de solidarité internationale, celles-ci représentant progressivement la défense d'intérêts extérieurs à la démocratie. Pis, l'idée —qui fait son chemin— d'une gouvernance mondiale à laquelle des ONG seraient associées est contradictoire avec la définition de la démocratie.



MALAWI 80 000 ENFANTS MALADES DES CHAMPS DE TABAC

Malawi : 80 000 enfants malades des champs de tabac
L'organisation de lutte pour les droits des enfants a affirmé le 24 août dernier dans son rapport que la majorité des enfants du Malawi qui travaillent dans les plantations de tabac souffrent de graves problèmes de santé liés à l'absorption quotidienne de plus de 54 milligrammes de nicotine. Cette situation est très préoccupante pour les institutions internationales qui revendiquent depuis longtemps déjà l'application véritable des droits de l'enfant dans plusieurs pays africains.

L'organisation de la défense des droits des enfants (Plan) a dénoncé dans un récent rapport l'empoisonnement à la nicotine de milliers d'enfants, âgés pour la plupart de 5 à 14 ans, qui travaillent dans les plantations de tabac au Malawi.
«Les enfants ouvriers, pour certains âgés de cinq ans, présentent de graves symptômes dus à l'absorption par la peau de jusqu'à 54 milligrammes de nicotine dissous par jour, soit l'équivalent d'en moyenne 50 cigarettes», dit le rapport de l'ONG Plan intitulé «Travail difficile, salaire ridicule, longues heures de labeur».
Cette Maladie verte de tabac, équivalant à la consommation de 50 cigarettes par jour, provoque chez ces enfants dont les corps n'ont pas construit de tolérance à la nicotine, des migraines violentes, des douleurs abdominales, des faiblesses musculaires, des toux et difficultés respiratoires, considérés comme les principaux symptômes révélateurs selon l'étude réalisée par l'ONG.
Le rapport de cette ONG révèle aussi que près de 80 000 enfants de ce pays devaient au lieu d'aller à l'école «travailler malgré l'exploitation pour survivre, soutenir leur famille et payer les frais de scolarité» et que la plupart d'entre eux «étaient victimes d'abus physiques, sexuels et affectifs».
Certains de ces petits ouvriers travailleraient sans aucune protection vestimentaire jusqu'à 12 heures par jour pour gagner en général l'équivalent de moins de 0,2 dollar par jour.
L'ONG Plan appelle le gouvernement du Malawi à «appliquer avec rigueur les lois sur le travail et la protection des enfants déjà en vigueur» et à contraindre les propriétaires des plantations de tabac à permettre aux enfants d'exercer dans de meilleures conditions de travail.
La moitié des 13 millions de Malawites vivent sous le seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour. Quelque 70% des gains à l'exportation du pays proviennent du tabac, secteur dans lequel travaillent près d'un demi-million de personnes.

Le Malawi est le pays d'Afrique méridionale où les enfants travaillent le plus, avec 88,9 % des 5-14 ans embauchés dans le secteur de l'agriculture.
Source : AFP/courrierinternational.com  Auteur : gaboneco
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UN MILLIARD D'AFFAMES DANS LE MONDE

Les mots ont un sens, par Napakatbra

G8 de l'agriculture : un milliard d'affamés souffrant de la faim dans le monde.
Un homme tombe dans la rue, devant vous. Crise cardiaque. Il suffoque... Mais vous êtes pendu au téléphone, vous ne l'aidez pas. Vous finissez calmement votre conversation en lui faisant signe d'attendre encore un peu... Vous. Oui, vous. Moi aussi. Et nos gouvernants, surtout, qui ne se lassent pas depuis des années de remettre à plus tard le problème de la faim dans le monde.
Famine et crise alimentaire : résultats du G8 de l'agriculture

Ce Week-End s'est tenu une sorte de G8 de l'agriculture, à Cison Di Valmarino, au nord-est de l'Italie. Etats-Unis, Russie, Allemagne, Japon, France, Canada, Grande-Bretagne et Italie ont consacré trois jours à discuter de la crise alimentaire. Y étaient aussi conviés les membres du G5 (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud) ainsi que l'Argentine, l'Australie et l'Egypte. Une "première", qui, à elle-seule, a constitué un grand motif de (auto)satisfaction pour les ministres présents. Le seul, car les conclusions sont à pleurer.

Le G8 de l'agriculture
En fait de "première", l'exercice se reproduit tous les ans, au cours des réunions traditionnelles du G8. Mais le sujet, s'il y est évoqué, est systématiquement écarté, à l'image de la sauterie de juillet 2008 au Japon. Il fallait donc créer un G8 de l'agriculture pour corriger le tir. Et... ça marche ? "Les participants ont pu parler franchement, même s'ils ne se sont pas entendus sur tout" a souligné la délégation française. Et... sur quoi se sont-ils entendus ? Sur la nécessité d'"accroître la production agricole", l'idée d'élaborer un "code de conduite" concernant l'acquisition par des pays étrangers de terres arables dans d'autres pays, et le besoin de mettre sur pied un système de "surveillance et [d']analyse des facteurs qui affectent potentiellement la volatilité des prix". Voilà. Donc rien de neuf et retour à la case départ, car cette déclaration est (uniquement) vouée à nourrir les réflexions du prochain G8.

Les mots ne sont pas importants
"Nous sommes vraiment très satisfaits de la déclaration" finale, a commenté la délégation française, précisant que "ce ne sont pas que les mots qui sont importants mais la tenue de la réunion elle-même". Juste une façon de voir les choses... En attendant, 75 000 personnes sont mortes de la faim pendant ces trois jours de discussion. Presque 10 millions tous les ans. En attendant, les "Objectifs du Millénaire" élaborés dès 1996 et formalisés en 2000, par lesquels les membres de l'ONU s'engagent à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition à l'horizon 2015, sont renvoyés aux calendes grecques. Selon les évaluations de la FAO, cet objectif ne sera, au rythme actuel, pas atteint avant 2150 !

Un cinquième de l'aide agricole promise
Selon l'Oxfam, l'association qui lutte contre la pauvreté dans le monde, "les pays riches fournissent tous les ans plus de 125 milliards de dollars en subventions directes à leurs propres agriculteurs [...] En revanche, les pays du G8 ont fourni moins d'un cinquième des 20 milliards de dollars d'aide agricole promise lors du Sommet de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome en 2008". Selon la FAO, 30 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour soutenir les agriculteurs des pays en développement. D'autant qu'à reporter systématiquement les décisions, les problèmes s'accumulent et le nombre de personnes touchées par les crises climatiques pourrait atteindre les 375 millions dans les six prochaines années, soit une augmentation de 54 pour cent, menaçant lourdement le système d'aide humanitaire.

Un milliard d'affamés qui devront prendre leur mort en patience
Le prix des céréales a augmenté de 71 % par rapport à 2005, en partie à cause de la flambée des agrocarburants décrétée par les pays riches, et rien ne semble arrêter cette hausse. Le nombre de personnes sous-alimentées atteint maintenant le milliard, 150 millions de plus qu'en 2007. "Aujourd'hui, un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes. Ce seul fait devrait pousser les ministres de l'Agriculture des pays les plus riches au monde à agir" annonçait Oxfam International avant la réunion. Désillusion. Suite à la publication de la déclaration finale, l'ONG fustigeait ce G8 qui "abandonne aujourd'hui un milliard de personnes affamées dans le monde".
Un milliard d'affamés dans le monde. Quelques pistes de campagne…
La faim est un phénomène qui n'est pas nouveau, mais que les manifestations du printemps 2008 dans une quarantaine de pays du Sud ont sortie de l'anonymat. Que s'est-il passé depuis un an de « crise alimentaire » ? Vers où allons-nous aujourd'hui ? Quels rôles et responsabilités de l'Union européenne dans la situation actuelle ?

UNE PERSONNE SUR SIX DANS LE MONDE SOUFFRE DE LA FAIM
La crise alimentaire a rappelé au monde le drame de la faim
Il y a un an, le monde assistait médusé à la multiplication des « émeutes de la faim » dans 38 pays en développement, à la suite de la hausse des cours mondiaux des matières premières agricoles. Ces manifestations contre la vie chère étaient le fait essentiellement de consommateurs, populations urbaines approvisionnées jusque-là par des importations à bas prix. Ces consommateurs pauvres venaient s'ajouter aux masses rurales silencieuses qui constituaient jusque-là la majorité des affamés : en 2007, les trois-quarts des 850 millions de personnes souffrant de la faim sont des paysans ! De fait, avec 963 millions de personnes recensées en décembre par la FAO, c'est une personne sur six dans le monde qui souffre de la faim de façon durable [1], une personne sur trois souffre de malnutrition. Trente millions de personnes meurent chaque année des suites de la faim, soit un chiffre plus élevé que celui des victimes de guerre. Cette situation marque la faillite de la communauté internationale pour lutter efficacement contre la faim, malgré les proclamations répétées notamment en 1974 [2], en 1996 [3] et à travers le premier Objectif du millénaire pour le développement (qui fixait la division par deux du nombre d'affamés entre 2000 et 2015).

Le phénomène de la faim n'est donc pas nouveau. Mais ce que les émeutes ont révélé, c'est la dépendance alimentaire des pays vis-à-vis des importations agricoles pour approvisionner leur population. Dans le cas de l'Afrique, où se sont déroulées la majorité des émeutes, cette dépendance est paradoxale pour un continent disposant d'un potentiel foncier et hydraulique considérable, ainsi que d'un potentiel humain fabuleux puisque la population est majoritairement rurale. Mais cette agriculture familiale et vivrière, majoritaire mais silencieuse, est laissée à son sort par ses gouvernements (en Afrique subsaharienne, seuls 4% du budget en moyenne sont consacrés à l'agriculture ! [4]), tandis que les plans d'ajustement structurel imposés dans les années 1980 par le FMI et la Banque mondiale ont réduit la place de l'Etat à une peau de chagrin. Le renforcement de la société civile est ainsi un enjeu majeur pour une meilleure considération des populations par les gouvernements du Sud.
Mais cela ne saurait nous dédouaner, au Nord, de nos responsabilités.

VERS OU ALLONS NOUS AUJOURD'HUI ?

Des conditions qui restent favorables à la poursuite de la crise La récente baisse des prix mondiaux des matières premières agricoles a pu laisser croire à un retour à la « normale », propre à tourner la page des « émeutes de la faim ». Hélas, un examen honnête de la situation n'offre pas l'occasion de se réjouir. Tout d'abord, s'ils ont quitté les sommets, les prix restent élevés et légèrement supérieurs à 2007, ce qui signifie que les 75 millions de personnes supplémentaires ayant sombré dans la faim ne verront pas leur pouvoir d'achat se rétablir. Surtout, la baisse des prix est due à une excellente récolte céréalière mondiale (+5,3%) marquée par l'absence d'accident climatique, ce qui a peu de chance de se reproduire. Les populations vulnérables des pays du Sud ne doivent leur salut qu'à ce hasard, tandis qu'aucune mesure n'a été adoptée par la communauté internationale en terme de régulation des marchés pour éviter la volatilité des prix, de lutte contre la spéculation, ou d'investissement agricole. Et les indicateurs globaux restent à la hausse pour la prochaine décennie.

L'accaparement des terres, conséquence du manque de régulation du commerce mondial
Le phénomène d'accaparement des terres dans les pays du Sud, illustré par le cas médiatique de l'entreprise coréenne Daewoo ayant projeté de louer prés de la moitié des terres agricoles à Madagascar, est une conséquence directe de la crise alimentaire 2007-2008. En effet, la hausse brutale ainsi que la volatilité record des cours mondiaux ont effrayé les pays structurellement importateurs et disposant de réserves de devises (pays du Golfe, tigres asiatiques, Chine,…) qui avaient jusque-là recours au marché mondial pour s'approvisionner. Face aux prévisions d'une hausse des prix durable, et en l'absence de politiques et d'outils internationaux de régulation des marchés mondiaux, ces pays font aujourd'hui le choix de diversifier leur approvisionnement en ayant recours à l'achat de terre à l'étranger et à leur mise en culture pour leurs propres besoins. Ce phénomène est appelé à continuer et s'étendre dans les prochaines années. Des préoccupations sont permises quant aux rapports qui vont alors s'instaurer entre les investisseurs et les populations rurales locales.

Pourtant, des espoirs étaient nés…
Un des aspects positifs de la crise, si l'on peut dire, a été justement de réhabiliter un vocabulaire qui paraissait alors désuet, tel que « agricultures familiales », « production vivrière », ou « souveraineté alimentaire ». Les négociations OMC de juillet 2008 ont d'ailleurs échoué après avoir buté sur le désaccord entre les Etats-Unis et l'Inde sur une clause de protection réclamée par cette dernière dans l'éventualité de pics d'importations agricoles, susceptibles d'affecter les petits producteurs. Par ailleurs, lors du « Sommet de l'alimentation » de la FAO en juin 2008, 183 pays s'engageaient, malgré des annonces contradictoires et évasives en termes de stratégies et politiques à adopter, à investir durablement dans l'agriculture et à lutter contre la faim.

L'amer constat de la Réunion de Madrid : plus d'affamés, mais des promesses non-tenues
La Réunion de haut niveau de Madrid « la sécurité alimentaire pour tous », tenue fin janvier sous l'égide des Nations-Unies, a dressé un double constat mettant le holà aux enthousiasmes qui avaient pu être suscités. D'une part, le nombre de personnes affectées par la faim chronique est monté à 963 millions de personnes [5] ; d'autre part, les annonces financières faites à Rome par les pays développés n'ont pas été tenues, avec seulement 10% des 22 milliards de dollars décaissés [6] . La Réunion a été toutefois l'occasion de réaffirmer au plus haut niveau le Droit à l'alimentation [7] ratifié par la majorité des pays à travers la Déclaration universelle des droits de l'homme. Mais cette affirmation reste dans une impasse, en l'absence de politiques de mise en œuvre au niveau national. Par ailleurs, comme l'a souligné Olivier de Schutter dans un excellent rapport sur l'OMC sorti en mars, « le système actuel nous mène au désastre » [8], et le respect du droit à l'alimentation exige une remise à plat de certaines règles commerciales et des modèles économiques basés sur l'exportation, ainsi qu'une meilleure régulation des marchés mondiaux.

Nécessité d'ouvrir un espace de discussion : vers un Partenariat mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire ?
La mise en place éventuelle d'un « Partenariat mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire » a été au centre de la Réunion de Madrid. Ses contours et ses objectifs restent toutefois extrêmement flous aujourd'hui. Tel que proposé par la France lors du Sommet de Rome, ce partenariat mondial aurait pour objectif de « stimuler une action cohérente, durable, orientée vers des résultats, et efficace pour la situation actuelle et à venir d'insécurité alimentaire ». Il serait décliné en trois « piliers » :
  • politique : pour une meilleure coordination et une plus grande cohérence des stratégies et des politiques internationales ayant un impact sur la sécurité alimentaire, notamment en matière de règles commerciales, de politiques structurelles, de régulation mondiale.
  • scientifique : grâce à l'expertise scientifique et professionnelle déjà existante, et afin d'éclairer les décideurs sur les choix de long terme.
  • financier : pour des mesures de sécurité sociale (bons alimentaires…) des populations les plus vulnérables, et pour une relance des agricultures dans les PED.
Soutenu par le Secrétaire général des Nations-Unies, cette proposition devrait être discutée tout au long de l'année 2009, pour un éventuel lancement à la fin de l'année. Si la proposition de créer de manière inédite un lieu de discussion et d'orientation réunissant l'ensemble des acteurs concernés -y compris la société civile -pour aborder des questions par nature multilatérales est extrêmement intéressante, la qualité de ce projet dépendra de l'ambition que pays et institutions voudront bien lui accorder.
RÔLE ET RESPONSABILITÉS DE L'UNION EUROPÉENNE
En cette veille d'élections européennes, et l'hôte de ce colloque étant lui-même député européen, il convient de s'interroger sur le rôle et les responsabilités de l'Union Européenne dans cette crise. La Commission européenne vient de lancer en mars 2009 les procédures de déblocage du fameux « 1 milliard d'euros » pour la relance agricole d'urgence, qui concerne une cinquantaine de pays pour la période 2009-2011. Cette initiative est la bienvenue, en dépit d'interrogations autour du respect des principes de la Déclaration de Paris sur la prévisibilité et l'appropriation de l'aide par les pays bénéficiaires. Néanmoins, il est regrettable que l'aide dédiée à la sécurité alimentaire dans les programmes du Fond européen de développement reste faible, alors que le Xème FED vient d'être discuté en pleine crise alimentaire. L'initiative de la Commission européenne ne doit pas non plus éluder la question du respect des engagements des États-membres européens à porter à 0,7% de leur PIB leur aide au développement, et à valoriser l'aide à l'agriculture à l'intérieur de cette enveloppe (3% aujourd'hui seulement !).

Surtout, l'Union européenne ne pourra pas faire l'économie d'une révision de certaines de ses politiques affectant gravement la sécurité alimentaire des pays du Sud. Face à « l'impératif moral » [9] de lutter contre la faim et la pauvreté, il est notamment nécessaire de réviser les politiques européennes qui affectent la sécurité alimentaire des pays du Sud. On peut distinguer schématiquement quatre catégories.

Exportations, dumping et concurrence déloyale
Première catégorie, sans doute la mieux connue du fait des nombreuses critiques des ONGs : les exportations vers les pays tiers à des prix inférieurs au coût local de production. Les restrictions aux importations de pommes de terre en Guinée, ou de bas morceaux de poulet au Cameroun (productions subventionnées de manière indirecte en Europe !) ont montré la capacité des filières locales à se développer dés lors qu'elles ne sont plus en concurrence déloyale. D'autre part, il est urgent de supprimer les restitutions aux exportations au plus vite. Même si l'Union européenne a un recours moindre à ces restitutions que par le passé, elle doit respecter sa promesse de supprimer cet outil qui permet l'exportation de produits agricoles dans les pays du Sud à un prix inférieur au coût de production européen. L'UE réutilise par exemple ces restitutions pour le lait depuis décembre 2008.

L'Europe, grand marché des monocultures d'exportation au Sud
Deuxième catégorie de politiques néfastes : la création de marchés rentables en Europe qui suscitent des monocultures d'exportation dans les pays en développement. C'est bien sûr le cas du soja pour l'alimentation du bétail européen, qui est importé d'Amérique latine où il est cultivé selon un modèle agroindustriel intensif, à l'origine de nombreux déplacements des populations locales et de graves dégâts environnementaux. Pourtant, l'UE peut, et doit, produire elle-même ses protéines végétales. A l'échelle nationale, même si cela reste insuffisant, les déclarations du ministre de l'agriculture français le 23 février dernier vont d'ailleurs dans le bon sens. Plus récemment, l'adoption en décembre 2008 d'un objectif ambitieux d'incorporation de 10% d'agrocarburants d'ici 2020 pour les transports européens participe à la même logique, puisque cette politique repose en grande partie sur les importations. La création de ce marché rentable attise les projets de monocultures énergétiques d'exportation au détriment des agricultures familiales et vivrières locales, telles que l'huile de palme en Indonésie ou en Colombie, ou la canne à sucre au Brésil. De nombreux projets d'investissement sont en cours en Afrique.

Multiplication des accords bilatéraux de libre-échange
Troisièmement, la politique européenne de multiplier les accords de libre-échange avec les pays du Sud est extrêmement préoccupante. En particulier, les Accords de partenariat économique que l'Union européenne est en voie d'imposer aux 77 pays Afrique-Caraïbes-Pacifique est symptomatique. Les APE imposent aux pays ACP, au nom de l'OMC, l'ouverture de leurs marchés aux exportations européennes, en concurrence directe avec les filières locales. Une exception pour les produits agricoles est nécessaire, au-delà de ce qui est discuté actuellement autour de quelques filières. De nombreux accords bilatéraux sont en discussion aujourd'hui (avec l'Amérique centrale, la CAN, l'Asean, etc), dont le degré de libéralisation va beaucoup plus loin que ce qui est discuté dans le cadre OMC.

L'Europe doit renouer avec la régulation des marchés
Enfin, c'est plus généralement le soutien de l'Union européenne à la libéralisation de l'agriculture sur lequel il faut revenir. Au niveau communautaire, cela se traduit par exemple par la préparation à la sortie des quotas laitiers d'ici 2014, afin de « gagner en compétitivité sur les marchés mondiaux ». Mais cela s'est vu aussi par l'absence de volonté de l'UE de continuer à jouer le rôle d'un des « stockeurs » mondiaux en matières premières agricoles, l'absence de stocks mondiaux ayant été à la cause de la spéculation spectaculaire au cours de l'année dernière.
CHANGER DE SYSTÈME, EN SE BASANT SUR LE DROIT A L'ALIMENTATION

La situation de la faim dans le monde d'aujourd'hui et de demain reste donc extrêmement préoccupante. Mais ce n'est pas une fatalité. La crise actuelle peut constituer une occasion unique de transformer les conditions existantes. Pour citer Olivier De Schutter10 : « le système existant doit être repensé en profondeur : il mène non seulement à l'existence d'un milliard de personnes affamées mais aussi à des taux comparables de personnes obèses, en surpoids ou mal alimentées. Il n'est pas soutenable dans ses dimensions sociales et environnementales. Il doit être revu, et corrigé ».

Le droit à l'alimentation est un outil essentiel pour guider les Etats et les organisations internationales dans leurs réactions à la crise alimentaire mondiale. Le droit à l'alimentation ne contient certes pas d'obligation de résultat, mais constitue une obligation de processus : il doit constituer une grille d'analyse des différentes politiques en cours. D'autre part, la spécialisation des pays dans quelques cultures d'exportation, la libéralisation de l'agriculture, la dérégulation des marchés mondiaux, ont montré non seulement leur incapacité à lutter contre la faim, mais aussi leur responsabilité dans la situation actuelle. L'Union européenne a participé à cette situation. Il est capital que le prochain Parlement européen revienne sur ces orientations libérales de l'Europe.



NOTES

[1] Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde selon la FAO était de 850 millions début 2008, 925 millions en septembre, et 963 millions en décembre 2008, avec une tendance à la hausse dans les prochains mois, conséquence de la crise alimentaire.
[2] Avec notamment la création du Fond d'investissement pour le développement agricole (FIDA) pour lutter contre les effets de la récession économique sur la sécurité alimentaire.
[3] Lors du Sommet Mondial de l'alimentation (Rome).
[4] Malgré une population active à 60% agricole et une agriculture rapportant un tiers du PIB. A titre de comparaison, ce pourcentage est de 13% pour les pays européens. La Politique agricole commune (PAC) représente par ailleurs la principale politique économique de l'Union européenne, et 45% du budget européen.
[5] Chiffre fourni par la FAO en décembre 2008, susceptible d'évoluer à la hausse.
[6] Allocution d'ouverture de Jacques Diouf, directeur de la FAO, à la Réunion de Madrid.
[7] A travers l'allocution d'ouverture d'Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l'alimentation, et le discours de clôture de Ban Ki Moon, secrétaire général des NU.
[8] Allocution d'ouverture d'Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l'alimentation.

La discussion est terminée. Vous avez fini votre appel, mais c'est trop tard. Juste une façon de voir les choses...

AFRIQUE CONSIDEREE DERNIER DE LA CLASSE


Habituellement, l'Afrique est considérée comme le dernier de la classe, toujours en décalage avec le reste des continents.

Or notre beau continent reste le continent le plus éclatant, le plus riche potentiellement quoique le plus négligé. D'une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l'Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une population, en 2009, estimée à
996 533 200 habitants, les Africains représentent 15,54% de la population mondiale.

L'Afrique est un continent qui compte ne serait-ce qu'au niveau de sa population, 43% de jeunes qui ont moins de 20 ans, ce qui reste un vivier pour son développement. Difficile, du reste, d'imaginer l'Afrique autrement que sous les traits sévères qu'on lui prête généralement. Et pourtant, « Le Monde diplomatique », N°108, n'a pas trouvé meilleur titre que « Indispensable Afrique ». Si notre continent est indispensable au bon fonctionnement de l'économie mondiale, il est alors possible de se poser une seule question : pourquoi l'Afrique peine à se développer au même rythme que les autres ? Si nous tenons le savoir pour libérateur, il nous faut le vulgariser : tel est notre but. Et Nous n'avons jamais fait mystère de notre volonté de réveiller les consciences endormies car comme disait Napoléon Bonaparte, « Les hommes qui ont changé l'univers n'y sont jamais parvenus en gagnant des chefs; mais toujours en remuant des masses. ». L'Afrique et son développement reste donc la centralité de notre présente contribution.

L'AFRIQUE, LE CONTINENT AUX RESSOURCES INÉGALABLES
Le continent africain est riche au regard de son potentiel. L'Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. 80 % des ressources de la planète en coltan, qui sert à la fabrication des portables, 90% du platine, 50% du diamant, 40% de l'or. C'est la raison pour laquelle, certains observateurs traitent à propos de notre continent de « scandale géologique ». Entre 1990 et 2004, la production du continent africain a augmenté de 40%, passant de 7 à 10 millions de barils/jours et elle doit atteindre cette année 50%. Le continent assure 11% de la production pétrolière mondiale. Avec la Guinée, qui représente 30% des réserves mondiales de bauxite, tout juste derrière l'Australie, le continent ne manque pas d'aluminium.
Les Nations unies estiment, par exemple, qu'il y a plus de 800 millions d'hectares de terres cultivables inutilisées qui attendent leur révolution verte. Elle devrait être le lieu de la réponse attendue aux pénuries alimentaires en Afrique et ailleurs. Après l'Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. Précisément, 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le "Bassin du Congo" (au sud-est du Cameroun). Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français. A ce stade de réflexion, nous retiendrons que l'Afrique regorge d'énormes ressources pourtant le continent est abonné aux aides occidentales.

L'AFRIQUE, UN CONTINENT ABONNÉ AUX AIDES EXTERIEURES
L'APD aux pays d'Afrique subsaharienne est passée de 3,1 milliards en 1990 à 1,4 milliard en 1999, soit une baisse de 55%.
L'Afrique est devenue le continent mendiant qui fait toujours la manche pour vivre. Du coup, ce continent aux fabuleuses ressources, passe pour être celui qu'on doit assister continuellement. L'homme politique de premier ordre, selon les termes consacrés du général DE GAULLE, Félix Houphouët Boigny, disait qu'un homme qui a faim, n'est pas un homme libre. L'aide devient un levier très puissant pour les pays aujourd'hui dits riches, mais pauvres hier, de corriger leur image avec leurs aides au développement.
Pour corriger son image désastreuse dans bien de pays d'Afrique subsaharienne, Alain Joyandet, le ministre français de la coopération, voudrait rendre cette aide « visible » car selon lui, elle n'est « ni assez visible, ni assez efficace ».
Désormais, la France voudrait privilégier l'aide directe, via les ONG, pour construire par exemple des écoles, avec un drapeau français planté dessus. La démarche, on ne peut plus claire, est politique. En effet, cette bataille de la France, guidée par la volonté française de gagner l'estime des africains déjà très entamé. L'aide n'est pas seulement une main tendue, mais un couteau pour nous trancher « la gorge » ou une corde pour nous étrangler.
En ce qui concerne la France, elle étudie "la création d'un jeu spécifique pour l'Afrique", un loto ou un bingo en ligne, qui complèterait l'aide publique au développement et s'inscrirait dans le cadre des "financements innovants". En tout cas, c'est ce qui se prépare au secrétariat d'Etat à la Coopération français.
L'Afrique reste de loin le continent où les mérites d'un ministre de l'économie restent attachés à ses efforts de mobilisation de l'aides extérieures et à annuler les anciennes. Ils sont abonnés aux clubs de Paris et de Londres. Le Club de Paris est un groupe informel de créanciers publics (19 pays développés en sont membres permanents) qui a pour but de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiements de nations endettées.
Quant au Club de Londres, c'est un groupe informel de créanciers bancaires privés qui s'occupe de dettes publiques. Il préfère rééchelonner les dettes. Et sa première rencontre eut lieu en 1976 pour tenter de résoudre les problèmes de paiements du Zaïre.

Les africains n'ont pas encore compris que l'aide extérieure est un piège. Pis, il ne semble pas toujours acquis aujourd'hui qu'ils veuillent s'en débarrasser. C'est la raison pour laquelle, dans son livre «L'Aide Fatale», l'économiste Dambisa Moyo s'insurge contre l'assistance portée au continent noir. Dans sa démonstration, elle n'y va d'ailleurs pas avec la tendresse qu'on connait aux femmes. Selon elle, Il faudrait fermer les robinets, en finir définitivement avec l'aide au continent noir et ce, pour le bien de l'Afrique, pour la sauver, l'aide étant la cause de tous ses maux, de son sous-développement. Pour Dambisa Moyo, les occidentaux ont notamment eu tort de prêter de l'argent à Jean Bedel BOKASSA, le dirigeant de la Centrafrique qui, mettait les têtes de ses ennemis dans son frigo.

Pour clore ce paragraphe, nous empruntons deux citations de deux présidents africains sur la question de la dette.
Dans une interview accordée à Time, le président Paul Kagamé a déclaré :
« maintenant il faut poser une question à nos donateurs et partenaires qui ont tant dépensé d'argent : qu'est ce que cet argent a changé en Afrique ?
Dans les 50 dernières années vous avez dépensé 400 milliards de dollars sous forme d'aide. Mais quels sont les résultats visibles ? ». Tout aussi flamboyant, Abdoulaye Wade aurait dit en 2002: «Je n'ai jamais vu un pays se développer grâce à l'aide et au crédit. Tous ceux qui ont réussi, en Europe, en Amérique, au Japon, ou en Asie —comme Taiwan, la Corée, Singapour— ont cru au marché. Il n'y a pas de mystère ici. L'Afrique s'est trompée de route après l'indépendance». C'est donc dire que le juste et fol espoir de l'endettement est berne.
Mais une fois qu'on a dit ceci, se pose alors la sempiternelle question de l'attitude à adopter. Une des premières solutions est la réappropriation de nos richesses.

LA REAPPROPRIATION DE NOTRE CONTINENT ET DE SES RESSOURCES
Les africains sont de plus en plus contre l'exploitation de matières premières abondantes sans qu'en résulte un véritable décollage du continent et singulièrement dans l'espace francophone, pourtant bien doté.
Pétrole au Gabon, au Congo, au Cameroun, au Tchad, en Cote d'ivoire. Dans presque tous les pays africains, il ne reste que moins de 20% des royalties. Le Tchad perçoit 12,5 % des revenus totaux, sous forme de royalties, le Congo de Sassou N'Guesso, 17 % alors que Lissouba voulait porter ce pourcentage à 33%.
Or dans ce pays, les recettes pétrolières représentent 60 % des ressources internes mobilisables.
Ces matières premières sont le plus souvent exploitées abusivement par des multinationales françaises. Il est temps de mettre définitivement fin aux pactes coloniaux sur le continent. Comment comprendre ce paradoxe : les pays qui détiennent le plus de matières premières sont ceux-là qui accusent le plus grand retard en matière de lutte contre la pauvreté. Le scenario est connu, il est clair et simple. Pour les pays ayant le pétrole en offshore, les majors du pétrole ont tout simplement provoqué chez eux des guerres civiles afin de « privatiser » d'une manière unilatérale l'exploitation. Ils arrosent les différents seigneurs de guerres, en leur fournissant les armes. On en trouve moult exemples sur le continent africain.
Des pays africains, comme le Congo Brazzaville, possèdent une richesse pétrolière qui devrait faire leur prospérité, et pourtant tous les indicateurs de développement humain y sont au rouge.

La France a la réputation de soutenir envers et contre tout, les dictateurs de l'espace francophone : pour ne citer que les défunts, pour ne pas allonger la liste, Jean Bedel Bokassa (Centrafrique), Joseph Mobutu (République Démocratique du Congo), Gnassingbé Eyadema (Togo), et Omar Bongo (Gabon). Et ces soutiens n'ont pour seul dessein le pillage systématique des fabuleuses ressources de l'Afrique. Encore une preuve, s'il en était besoin, que les aides occidentales n'ont aucune vocation à nous aider. Mieux, Lumumba fut assassiné le 17 janvier 1961, moins de sept mois après la déclaration d'indépendance du Congo dont il était Premier ministre, pour le remplacer par Mobutu Sesseko. Marien N'Gouabi, l'homme qui avait pour seul devise « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple » a été assassiné le 18 mars 1977 et remplacé par Yhombi Opango, lui aussi renversé le 5 février 1979, par Sassou Nguesso. L'assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987, pour le remplacer par Blaise Compaoré. Laurent Kabila, fut assassiné et remplacé par son fils Joseph, plus accommodant avec les intérêts financiers occidentaux.
Nous devons lutter pour notre survie car toujours selon Napoléon, « La mort n'est rien, mais vivre vaincu et sans gloire, c'est mourir tous les jours. ».
L'enjeu est d'importance : il s'agit de lutter pour notre survie et notre humanité.

L'INTEGRATION REGIONALE REELLE COMME NOTRE ISSUE DE SECOURS

La grandeur tragique de l'Afrique, c'est de n'avoir jamais su mettre un mouchoir sur ses certitudes. Si les indépendances ont conféré à chaque pays, une autonomie politique de juré, celle-ci peine à se concrétiser tant les inégalités sociales et l'illégitimité de certains régimes alimentent guerre et instabilité. Nous avons dit plus haut que l'Afrique devait d'abord compter sur elle-même, et non sur l'aide extérieure.
La renaissance africaine doit prendre une ampleur neuve, elle doit dépasser le simple cadre de l'esthétique pour redéfinir le rapport de « l'homme africain » au monde. Cette année, pas moins de dix-sept pays d'Afrique sub-saharienne célébreront un demi-siècle d'indépendance.
Il est insoutenable de voir nos frères mourir dans les eaux territoriales européennes. On estime chaque année, qu'environ deux millions de personnes essaient de rentrer illégalement sur le territoire de l'Union européenne.
Sur ce nombre, environ deux mille périssent en méditerranée, et autant dans les flots de l'Atlantique. Pour dit-on « refuser la misère du monde », les européens ont mis sur pied une organisation semi-militaire, le Frontex pour défendre l'Europe contre ces migrants. Face à cette palissade dressée par ceux qui viennent squatter nos richesses, les africains gagneraient à créer une sorte d'organisation pour lutter contre le pillage légalisé, cette fois de nos matières premières, par les multinationales.
Aujourd'hui les pays africains ont le devoir de bâtir des économies génératrices de prospérité et propices à la création d'une classe moyenne
  • laquelle est l'assise indispensable de toute démocratie. Il n'est pas difficile de tenter de dresser un bilan politique et économique du continent depuis les indépendances. Les faits sont sacrés et parlants : le développement de l'Afrique est embryonnaire en dépit de ses ressources. Son développement serait sans doute moins décontenancé si des mesures vigoureuses étaient prises.
Il est urgent que les pays africains révisent les contrats pétroliers qui font la part belle aux entreprises occidentales. Cette tache n'est pas simple quand on sait qu'elles entretiennent des rebellions et guerres afin d'exploiter gratuitement les ressources du continent. Il nous faut explorer une nouvelle voie : celle du « jeu collectif » pour reconquérir nos richesses.
Il serait donc profitable pour les africains, d'établir au sein des regroupements régionaux (UEMOA, CEMAC, par exemple) un niveau minimum de royalties, appliqué par tous les membres aux majors du pétrole et autres produits stratégiques. C'est le seul moyen d'éviter que ces vautours de multinationales punissent les gouvernements moins accommodants.

Bien-aimés frères et sœurs d'Afrique, notre devise doit être « nulli concedo » c'est-à-dire n'appartenir à personne. Mais ce à quoi nous devons aspirer pour notre continent, c'est son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions.
Dieu bénisse l'Afrique !


Séraphin PRAO

Docteur en économie monétaire

Spécialiste des Pays Africains de la Zone Franc Président du MLAN 
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ETRE ACTEUR DANS LA SOLIDARITE INTERNATIONALE

Être acteur dans la solidarité internationale : difficultés et contraintes d'un engagement
S'engager dans la solidarité internationale, par le biais d'une ONG ou d'une association internationale, porter secours aux victimes d'une catastrophe naturelle ou d'une guerre dans un camps de réfugiés ne s'improvise pas. En effet, être recruté comme volontaire pour partir en mission demande que l'on réponde à un certain nombre d'exigences bien précises. Comment devient-on acteur de la solidarité internationale aujourd'hui ? Quel est le profil du candidat à l'expatriation ? Enfin, quelles sont les difficultés d'un tel engagement ? Nombreux sont ceux qui souhaitent « exercer un métier dans l'humanitaire » pour donner un sens à leurs parcours mais encore faut-il avoir des compétences et des qualités pas uniquement de cœur, à offrir aux partenaires. Tout d'abord, il est essentiel de comprendre que l'humanitaire ou plus largement la solidarité internationale constitue plutôt un « milieu d'exercice ». Ainsi, Dominique Desplat, conseiller projet à Santé Sud, définit l'humanitaire comme une activité : « l'humanitaire est une activité à laquelle on participe quelque temps, mais on n'est efficace que si on a déjà un métier comme ingénieur, médecin ou infirmière. Par la suite, on met ce métier au service de l'humanitaire et pour cela il faut se préparer ».

Choisir de s'engager dans la solidarité internationale
« Se préparer » donc. La sphère « humanitaire » est désormais une affaire de professionnel(le)s. Ainsi, pour avoir une chance de se faire recruter par une ONG et partir en mission, il faut avant tout justifier de compétences et d'une expérience préalable sur le marché du travail. Quels métiers peuvent éventuellement conduire à s'engager dans la solidarité internationale ? Quel est le profil des candidats à l'expatriation ? L'exercice d'un métier passe d'abord par une bonne formation initiale. Selon une étude effectuée en 2002 par l'association Résonances Humanitaires, sur 128 expatriés de la solidarité internationale 72% avaient un niveau d'étude supérieur ou égal à bac +4. Les associations et les ONG ont ainsi besoin, en général, de spécialistes et de personnes qualifiées dans les domaines de la santé : médecins, anesthésistes, infirmières, sages-femmes…Mais aussi dans de nombreux autres secteurs : ingénieurs agronomes ou du bâtiment, hydrauliciens, comptables, gestionnaires, collecteurs de fonds, enseignants ou encore secrétaires, maçons, charpentiers ou mécaniciens. Outre une bonne formation initiale et une première expérience d'un métier, il s'avère aussi nécessaire pour le candidat au départ, d'ajouter une formation plus spécifiquement axée sur l'humanitaire afin, comme l'explique Julie Bégin, responsable de la communication au CESH (Centre Européen de Santé Humanitaire), « d'adapter son savoir-faire à

l'exercice en milieu humanitaire ».
Les profils des candidats sont multiples, mais certains critères sont incontournables pour un candidat à l'expatriation : parler anglais, avoir quelques années d'expérience dans son secteur, et en général disposer d‘une bonne capacité d'adaptation, autrement dit avoir un « bon état d'esprit ». En effet, le facteur personnalité joue un rôle important dans l'humanitaire. Il faut se montrer clair et solide sur ses motivations à partir et disposer de qualités bien précises. Pour Dominique Desplat, le futur expatrié doit faire preuve de « souplesse et de détermination » afin d'être capable, une fois sur le terrain, « de comprendre l'Autre sans perdre de vue les objectifs de sa mission ». « Le mélange de ces qualités est rare » poursuit D. Desplat, mais peut permettre au candidat de réussir son adaptation et par conséquent de mener à bien son projet. Les candidats à l'expatriation proviennent d'horizons divers, mais se regroupent autour de trois statuts.
Les bénévoles
Ils s'investissent en général dans des actions de courte durée parallèlement à leurs études, leur travail ou, pendant leur retraite. En tant que salarié d'une entreprise, il est d'ailleurs possible de prendre, en accord avec son employeur, un « congé solidaire », non rémunéré et d'une durée de 6 mois maximum afin de se mettre à la disposition d'une association pour une mission à durée déterminée à l'étranger.

Les volontaires
Ils représentent 80% des humanitaires. Contrairement aux bénévoles, ils s'engagent sur le long terme dans le cadre d'une mission d'urgence ou de développement à l'étranger pouvant aller d'un an à 6 ans. Outre une indemnité de subsistance, destinée à couvrir les frais de la vie courante sur place, les volontaires bénéficient d'une couverture sociale (assurance maladie, mutuelle complémentaire, assurance rapatriement), d'une prise en charge du billet d'avion aller-retour et en général d'un logement sur place.
Les salariés Les postes de salariés sont rares. Seule une minorité de personnes se font recruter par des organisations internationales ou comme permanents dans une ONG (organisme non gouvernemental) après plusieurs années d'expérience sur le terrain. En effet, la plupart des ONG fonctionnent essentiellement avec des volontaires et des bénévoles.

La formation et la préparation au départ
L'Institut Bioforce, un centre de formation et d'orientation axé sur la solidarité internationale, a développé une offre de formation concrète, pratique et bien adaptée au terrain. « Bioforce travaille en partenariat avec des associations humanitaires et des ONG », explique Marie Perroudon, Chargée de communication. « Nous recueillons des informations pour chaque poste et nous étudions les métiers exercés sur le terrain auprès des ONG. Nous avons un taux de placement de nos élèves de plus de 90% ». Ainsi, Bioforce propose des cycles de formation longs souvent complétés par une période d' « application » sur le terrain aux métiers de logisticien, de technicien en eau et sanitation, d'administrateur, de coordinateur ou encore de gestionnaire de projet. Il est aussi possible de suivre un cursus court afin de réactualiser ses connaissances. On peut alors choisir des formations « à la carte ». Si Bioforce fait plutôt de la « préparation terrain », au CESH (Centre Européen de Santé Humanitaire) on insiste davantage sur la dimension interculturelle inhérente à toute mission de solidarité internationale. S'adressant majoritairement à un public déjà intégré dans un système de santé (hôpital), le CESH accueille néanmoins des personnes issues d'autres secteurs d'activité qui pour la plupart ont déjà une petite expérience de l'humanitaire. Afin de bien préparer ses candidats au départ, le CESH propose trois types de formation. Des formations généralistes (initiation à l'action humanitaire, communication, coopération civilo-militaire, etc.) qui permettent de s'initier dans les grandes lignes à l'environnement, aux enjeux et à quelques aspects spécifiques de la solidarité internationale. Puis, des formations plus pointues qui s'adressent à des spécialistes pour « adapter leur savoir-faire technique à l'environnement humanitaire » (anesthésie-réanimation ou gynécologie-obstétrique etc.). Enfin, le CESH propose des diplômes (un Diplôme Inter Universitaire de Santé humanitaire et un Diplôme Universitaire en Solidarité et coopération) qui abordent « le plus largement possible les différents aspects de l'action humanitaire ». Il existe, bien sûr, d'autres organismes proposant un complément de formation axé sur l'humanitaire ainsi que des cycles universitaires : une liste non exhaustive en est proposée en fin d'article. Une fois que le candidat est sélectionné pour participer à une mission, la plupart des ONG ou OSI (Organisations de Solidarité Internationales) offrent des formations spécifiques au départ. Selon une enquête menée par l'Institut Bioforce en 2005 auprès d'ONG francophones et des plus grosses ONG étrangères, 94,1% d'entres elles offrent une formation au départ. Selon l'enquête, les thèmes majoritairement abordés sont le fonctionnement interne de l'organisation, le programme et les outils ou métiers de la mission. Action contre la faim (ACF), par exemple, propose des briefings axés sur les aspects administratifs et techniques de la mission. Le candidat est aussi informé sur le contexte spécifique du pays où il sera envoyé et reçoit une formation plus générale sur l'humanitaire ainsi qu'une vue d'ensemble sur ACF, son mode de fonctionnement et sa charte. La formation est rémunérée et prise en charge par ACF.

Les difficultés sur le terrain…
Pourquoi est-il capital d'être bien préparé à partir en mission ? Parce que le travail qu'effectue le volontaire sur le terrain engendre des difficultés spécifiques qu'il est important d'anticiper surtout pour une première expérience. Catherine Perez, chargée de formation solidarité internationale et chargée du suivi des diplômés à l'Institut Bioforce, estime que les principales difficultés sur le terrain sont liées à des problèmes relationnels au sein des équipes une fois sur place. « On ne choisit pas les personnes avec qui on part, on travaille beaucoup et on a de longues journées. Les équipes sont logées souvent au même endroit et côtoient donc les mêmes personnes en permanence. Ensuite, au début, ajoute-t-elle, il y a un temps d'adaptation à traverser qui fragilise les personnes. Cela se ressent à travers les relations. Le changement brutal d'environnement entraîne une perte de repères qui fragilise les individus et les relations entre eux. C'est pourquoi, à Bioforce, on insiste sur cet aspect du relationnel dans une mission et sur l'importance du « savoir être », du « savoir se comporter » autant que du « savoir faire », conclue-t-elle. Julie Bégin du CESH insiste davantage sur le choc culturel, que le volontaire ou le bénévole peut ressentir une fois sur le terrain. « Le choc à l'arrivée est surtout au niveau du contact humain », explique-t-elle. « Il faut aider l'autre mais le faire dans la modestie. Souvent il y a des conflits dus à des malentendus. Il est surtout important d'être à l'écoute de l'autre. On oublie souvent d'écouter. Les expatriés doivent aussi être conscients du fait que les techniques et les connaissances ne sont pas les mêmes qu'en France. Il faut être ouvert sur les pratiques locales en matière de santé par exemple. La relation à la maladie et au corps est différente dans les pays où nous intervenons ». Pour Dominique Desplat de l'association Santé Sud, orientée principalement vers des programmes de développement dans les domaines de la santé, toute la difficulté d'une mission réside dans le fait d'être capable d'adapter les techniques du projet que l'on souhaite mettre en place au terrain. « La difficulté est d'adapter ces techniques dans un contexte socioculturel très différent du nôtre. Tout le problème c'est l'adaptation », souligne-t-il. Des écueils d'ordre interculturel peuvent surgir aussi et amènent l'intervenant à ne pas se comporter de manière trop rigide. « La difficulté est souvent d'avancer vers ses objectifs dans la réalité du terrain », conclue-t-il. Si l'ensemble des ONG préparent généralement bien leurs candidats aux conditions parfois difficiles ou quelque peu déroutantes qu'ils trouveront sur place, d'aucuns reconnaissent que les difficultés sont parfois plus grandes, au moment du retour de mission.

Le retour de mission….
On estime à environ 3000 ou 4000 le nombre de volontaires qui rentrent de mission chaque année. Selon Catherine Perez, de l'Institut Bioforce, la principale difficulté c'est la réinsertion. « A Bioforce, on insiste sur cette dimension. Il faut préparer le retour avant le départ », explique-t-elle. « Nous aidons la personne à se repositionner et à se construire un projet professionnel. On travaille un peu comme l'ANPE avec des entretiens individuels et des ateliers collectifs de recherche d'emploi. Le retour est une étape très importante. On essaie aussi de travailler avec les ONG pour qu'elles délèguent à Bioforce la prise en charge de cette étape du parcours de l'expatrié ». Aider les expatriés de retour de mission à se réinsérer sur le marché du travail, en France, c'est l'objectif que s'est donné l'association Résonances Humanitaires. À l'origine de la création de cette association, un constat simple : les volontaires qui partent en mission avec les ONG n'ont pas droit au chômage à leur retour et se trouvent donc dans une grande précarité. « L'année dernière, on a reçu 160 personnes et sur 160, 60 étaient au RMI après plusieurs années d'engagement dans l'humanitaire sur le terrain, avec les ONG », souligne Éric Gazeau, directeur et fondateur de l'association en juillet 2002. Résultat : selon une étude menée par Résonances Humanitaires auprès de 128 expatriés en 2002 plus de 62% déclaraient ne pas avoir de ressources suffisantes pour accéder à un logement à leur retour. Outre une situation matérielle précaire, les volontaires vivent aussi un grand choc émotionnel et se sentent souvent « largués » à leur retour. « Quand on quitte son ONG, on a un peu l'impression de vivre un divorce auquel s'ajoute le sentiment de perte de réseau dû à l'expatriation », explique le directeur de l'association. Les volontaires se heurtent, de plus, à un problème d'image lors de leurs démarches pour retrouver un emploi. Un cliché leur colle toujours à la peau et ils ne sont pas toujours pris au sérieux. « L'aspect professionnel de leur expérience n'est pas vraiment pris en considération », se désole Éric Gazeau. Pourtant, 75% des adhérents de l'association ont un niveau de formation supérieur à bac + 4 ; ils sont souvent bilingues et selon l'enquête menée en 2002 par Résonances Humanitaires sur 128 expatriés 72% ont eu des responsabilités de coordination et d'encadrement dans le cadre de leurs missions. C'est pourquoi, pour Éric Gazeau, il est urgent de mettre en évidence tous les talents qui se révèlent au cours de ces expériences sur le terrain. Pour accueillir et aider cette population bien spécifique, l'association a mis en place des espaces de paroles où les volontaires peuvent se retrouver pour partager leurs expériences au centre socioculturel Cerise à Paris une fois par mois ou rencontrer à titre individuel un bénévole de l'association consultant en ressources humaines. Si cela s'avère nécessaire, le volontaire peut ainsi bénéficier d'un suivi personnalisé dans sa phase de recherche d'emploi avec élaboration et validation du projet professionnel, refonte du CV, mise en place de techniques de recherche d'emploi etc. L'association a mis aussi sur pied un réseau de parrainage grâce aux anciens expatriés qui aident les nouveaux à traverser la délicate phase de transition avant la réinsertion. En contact avec les directions des ressources humaines de plusieurs entreprises, associations et organismes, Éric Gazeau explore et identifie les secteurs d'activité qui pourraient bénéficier de l'expérience des humanitaires et travaille, dans le même temps, à faire évoluer la vision qu'ont les recruteurs de ces derniers qu'ils soupçonnent souvent de manque de professionnalisme. Des partenariats mis en place avec plusieurs organismes permettent aussi de créer un réseau dont peuvent bénéficier les volontaires en recherche d'emploi.

Pour de nombreux volontaires passés par l'association Résonances Humanitaires, le simple fait de pouvoir discuter des difficultés rencontrées à leur retour avec un membre de l'association ou d'avoir une adresse en poche avec le nom d'une personne à contacter a permis à beaucoup de reprendre confiance en eux et de rebondir professionnellement. Outre la richesse de l'expérience humanitaire, être volontaire au cours d'une mission de solidarité internationale permet aussi de développer de précieuses qualités comme l'adaptabilité et l'autonomie et d'acquérir de nombreuses compétences en exerçant d'importantes responsabilités dans l'encadrement d'équipes ou la gestion administrative et financière d'un programme. Reste à convaincre les pouvoirs publics et les entreprises du professionnalisme des anciens volontaires et des nombreux atouts qu'offrent de tels parcours.

Publié le 28/08/2006  par Mariane Meunier - ASAH  http://www.collectif-asah.org/accueil


Etre diplômé pour une mission de solidarité internationale ?
Par forcément !
Attention, je parle bien de solidarité internationale, non d'humanitaire urgentiste !
En terme de bénévolat en solidarité, nous accueillons ou faisons accueillir par nos partenaires, depuis plus de 10 ans :
  • voyageurs en immersion,
  • stagiaires et bénévoles.
Pour les voyageurs en immersion il s'agit pour nous de leur faire découvrir un type de "tourisme autrement"
devenu très à la mode, mais que nous pratiquons depuis 1991.
Nous sensibilisons ce public à l'aide bénéficiant aux populations visitées puisqu'ils paient leur séjour sur place aux campements qui les hébergent. C'est un moyen de maintenir, voire de créer de l'emploi local favorisant la sédentarisation. es voyageurs vivant au sein des villages sont volontiers acceptés pour participer aux activités villageoises. Ils peuvent aussi s'intéresser à l'organisation sociale et la gestion du village, ce qui n'exclut pas le farnienté, les balades voire baignades....
Nous préparons aussi au départ et au retour, par une journée d'information.
Nous ne vendons pas de séjours ni de billets d'avion.
Nous demandons :
  • une lettre de motivation et un c.v.
  • pour les frais de participation à la journée (repas et boissons compris), l'adhésion à l'association et le suivi du dossier : 80 €.
Cette journée de préparation est une condition sinequanum pour un départ à travers nous car nous tenons à la réussite du séjour, pour tout le monde.
En dehors du fait que l'on présente les réalités du terrain, nous fournissons des points de chute fiables au niveau de l'accueil, du séjour et du suivi sur place.

Pour les stagiaires et bénévoles que nous préparons aussi dans les mêmes conditions, nous proposons toutes filières d'activités : travaux liés à la ruralité (selon la saison : travaux champêtres, maraîchage,construction...), formation, santé, environnement au large sens du terme, socio-culturel.
Certains stages peuvent être validés (santé et nutrition notamment).

Avant le départ, nous entretenons des contacts par mails, skype et tél pour répondre à toutes les questions. Pour les jeunes, nous entrons volontiers en relation avec les parents qui le souhaitent.

Pour en savoir plus vous pouvez visiter notre site
et nous rejoindre par mail
Voir coordonnées en signature
Cordialement
Geneviève Wink
_________________
Site : http://asso-un.fr
Mail : asso.un@gmail.com
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UTILES LES ONG ?


Utiles les ONG ?
Par Ibrahim Taouti : Avocat. Le Quotidien d'Oran, 5 août 2006
Beaucoup pensent que les ONG sont utiles. Elles sont en rapport avec les sociétés civiles, tant au Nord, pour maintenir ou acquérir leur légitimité par des politiques d'information, de collecte de fonds et de soutiens de bénévoles, qu'au Sud, pour justifier tant de leur existence que de leur «permis d'opérer» afin d'obtenir «l'information utilisable». Leur neutralité et a-politisme sont, de moins en moins, évidents. Les ONG sont donc utiles; mais pour qui? Pour les victimes des violations des droits civils et politiques de l'homme? Examinons l'hypothèse en 3 points.

D'abord, la manière d'opérer des ONG se fixe généralement sur l'urgence, et sur un choix arbitraire de droits à promouvoir, renvoyant donc la question des causes des violations et des menaces de disparition des droits et fermant la porte à celle de la transformation du réel. Elles participent donc à la reproduction du réel qui est leur raison d'être tant que l'agenda du donneur d'ordre réel n'est pas réalisé. La fixation de leurs objectifs, droits civils et politiques, renseigne amplement sur le choix irrationnel et arbitraire de délaisser les autres droits (économiques, sociaux et culturels) alors même que, théoriquement et sur leurs propres statuts et discours, tous les droits de l'homme sont universels, indivisibles et inter-dépendants.
Sans doute que la violation des droits économiques, sociaux et culturels sont aussi le fait des multinationales et des structures du marché international qui imposent les prix des matières premières et du travail des paysans et ouvriers du Sud. Il faut bien admettre que le besoin de droits civils et politiques dans les pays du Sud est pressant; mais celui des autres droits l'est davantage sur le double plan de la culture et des réalités socio-économiques. En Algérie, après des décennies de socialisme, avec ce que cela comporte d'acquis sociaux et économiques, ces acquis sont directement menacés de remise en cause systématique par l'adoption de la politique libérale. Aucune ONG n'a pensé à adopter un programme pour faire face à ce danger imminent. Il faut bien reconnaître que les restes du socialisme ne font pas leur soupe. Elles ont toujours défendu la libre entreprise et été les partenaires du libéralisme. La Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH), créée en 1922 n'a jamais dénoncé, jusqu'en 1970, le colonialisme et ses crimes (massacres de Sétif et de Guelma de mai 1945, de Madagascar de 1947, des ouvriers algériens à Paris en 1961).

Ceci s'explique par le fait que ces ONG prennent modèle sur leurs sociétés d'origine et leurs valeurs. Elles sont aujourd'hui l'un des instruments de néo-libéralisme. Leurs ordres du jour le confirment de manière éclatante. Elles sont des partenaires privilégiés des gouvernements du Nord et des organisations financières internationales afin d'instaurer (restaurer dans les pays de l'Est) le capitalisme. Le reste du monde doit s'y refléter. L'idée générale qui sous-tend leur activisme est qu'il y a un retard de libertés (de circulation du capital et des idées dominantes) à combler, des réglementations restrictives à démanteler aux niveaux politique et économique, et donc un Etat à affaiblir. Peu importe si elles agissent consciemment ou non. Seul le résultat est parlant.

Ensuite, le choix et l'organisation des partenaires du Sud est révélateur. Les ONG entraînent dans leur sillage les partenaires du Sud qui acceptent leurs conditions, avec de plus en plus d'exigences, y compris dans la définition des programmes et le contrôle des ressources. Le partenariat Nord-Sud des ONG est de la pure rhétorique. Il est à sens unique. Les ONG du Sud devront ajuster leurs programmes, projets et priorités sur les grandes sœurs, car l'évaluation de leur travail est externe et leur survie en dépend en raison de l'absence de ressources et de la stupidité des gouvernants du Sud. Toute ONG locale qui refuse de se plier aux normes nordistes est boycottée et, dans les coulisses, dénigrée.
Devenues de véritables Etats et/ou entreprises commerciales déguisées, les ONG internationales exigent de leurs sous-traitants des rapports plus fréquents, plus détaillés et selon des canevas pré-établis. L'attitude condescendante et paternaliste est toujours de mise. La société du Sud ne sait pas ce qui lui convient dans une ambiance de cafouillage des idées, d'absence volontaire ou forcée de l'élite et des organisations politiques et syndicales locales. Il faut aussi dire que, parfois, l'interlocuteur du Sud est heureux de ce partenariat tant que son ou ses représentants sont invités à voyager gratuitement dans les capitales du Nord. L'autosatisfaction résultant d'un article de presse révèle aussi la culture bla-bla; alors qu'un procès retentissant aurait pu faire bouger les choses. Mais l'usage des tribunaux pour faire respecter les droits humains n'est pas dans les cordes des ONG. Cela signifie travailler hors des institutions gouvernementales et régionales dont les programmes destinés aux ONG prévoient bien autre chose. Enfin, les ONG visent apparemment à faire pression sur les gouvernements afin que ceux-ci respectent davantage le droit et, en dernier recours, à les faire condamner moralement devant l'opinion publique internationale. Sans doute que le mandat des différentes ONG ne les prédispose pas à militer au-delà de la pression publique et de l'alerte des institutions des Droits de l'Homme de l'ONU. Or, elles ne le disent jamais clairement aux victimes, qui continuent de garder l'espoir entretenu de résultats palpables grâce à des chimères.

Le mode classique d'action des ONG laisse de très faibles probabilités d'un changement de conduite radical des gouvernants dénoncés. En réalité, ce sont les alertes, pressions et actions médiatiques qui font tenir le fonds de commerce des ONG dans leur pays d'origine. Pour prospérer, elles doivent aussi maintenir des sources d'information locales, les plus variées si possible pour faciliter les recoupements et n'utiliser que les mécanismes de l'ONU des Droits de l'Homme. Or ces mécanismes ont, d'une part, gardé une approche sectorielle et, d'autre part, n'offrent que des résultats stériles au regard de leur fonctionnement bureaucratique coûteux. D'ailleurs, les ONG le savent bien. Ainsi, après plus de dix années de récolte d'informations sur les violations des Droits de l'Homme et sur les victimes, en Algérie, très peu de dossiers ont été présentés par ces ONG aux mécanismes de l'ONU. Prenons l'exemple du dossier des victimes de disparitions forcées. Les chiffres en Algérie tournent entre 7 et 12.000 victimes directes. Il s'est même trouvé des chiffres officiels qui les situent à un peu plus de 6.000. Malgré l'absorption par les ONG internationales des Droits de l'Homme d'un nombre considérable de dossiers de disparus, il n'a été formellement déposé auprès des instruments de l'ONU qu'un nombre infime de cas, pas plus d'un millier.

Que conclure après ce rapide tour d'horizon certes schématique mais révélateur des grands traits de la réalité?
Il est vital, nous semble-t-il, que l'élite locale s'attache à revitaliser le patrimoine intellectuel et idéel dormant des droits humains. Il est tout aussi vital de revoir les collaborations horizontales et verticales locales pour un meilleur partage des rôles et des ressources. Plusieurs associations et comités de victimes, ainsi que de nombreux avocats et défenseurs des Droits de l'Homme travaillent, de façon isolée et sans coordination, et restent sous l'influence familiale, tribale ou partisane inconsciente. Ils ne doivent pas s'attendre à ce que les ONG internationales les aident à changer de perspective et de mode d'actions, car ce qui les intéresse, c'est la récolte de leurs témoignages et l'usage d'une main-d'oeuvre gratuite. Ce n'est pas l'organisation des victimes et des ONG locales et leur promotion qui les intéresse, elles peuvent bien continuer à être éparpillées et parfois à se faire une guerre de renommée, de représentation ou seulement de prestige personnel. Ce n'est pas assez de faire le tour des capitales étrangères, une telle activité devrait plutôt servir à se faire comprendre et aider les victimes directes qu'à pleurnicher sur leur sort et, le soir venu, penser au prochain tour. Les victimes directes, elles, n'y peuvent malheureusement rien.

Elles n'ont jamais la faculté d'agir en tant que sujets de droit; ce sont des objets passifs figurant sur des fiches. Elles savent plus que quiconque, qu'après douze années de sang et de larmes, jamais leurs droits n'ont été rétablis, ni aucun dédommagement ne s'est matérialisé. Elles n'ont que la satisfaction psychologique d'avoir été indirectement écoutées par des témoins «prestigieux». Cela n'a pas de prix pour la victime isolée faisant face au mur du silence et à la douleur du dédain. Les ONG auront alerté l'opinion publique internationale de cas concrets, mais seulement avec l'effet éphémère d'un fait divers. Si la victime éprouve une certaine satisfaction morale lorsqu'elle entend parler d'une condamnation symbolique de l'Etat qui a attenté à ses droits, elle reste, tout comme les défenseurs locaux des Droits de l'Homme, insatisfaite car la dure réalité va encore perdurer. Pour recentrer les choses, les victimes et ONG locales ont, sans doute, l'obstacle politique à franchir.

Alors qu'au Nord, les ONG sont les partenaires des gouvernements, au Sud elles sont sinon interdites, du moins combattues. Les gouvernements du Sud devraient plutôt faciliter cette prise de conscience et aider les ONG locales à sortir du rôle de porte-voix des ONG du Nord et de leur tête-à-tête abrutissant. Un nouveau pacte gouvernements/ONG locaux est donc vital pour tous. Et le plus important objectif à réaliser ensemble est un «plus jamais de violations». Tout un programme pour préserver l'avenir sur des bases authentiques et solides et sur un «comptons sur nous-mêmes».
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L'HONNEUR DE DESOBEIR

L'honneur de désobéir
texte de Jacques Atalli
06 novembre 2007
Le droit d'ingérence, tel qu'il fut inventé par Hugo Grotius en1625, puis précisé par Jean François Revel, Mario Bettati et Bernard Kouchner dans les années 80, était parfaitement justifié, au temps où des dictatures écrasaient leurs peuples dans l'indifférence générale. Et il est même regrettable qu'on ne l'ait pas utilisé d'avantage au 20ème siècle, quand les dictateurs mourraient dans leur lit et recevaient les hommages funèbres des démocrates.
Aujourd'hui, ce droit, devenu devoir, est le fondement de l'action de beaucoup d'ONG, poussées plus encore à l'action par la transparence médiatique, qui rend moins tolérable encore les tragédies du monde. Ainsi s'est peu à peu installé un corps de doctrine, conduisant la communauté internationale à réagir, non plus seulement par des actions spontanées et individuelles, mais par des actions étatiques ou multilatérales : peu de tragédies aujourd'hui qui ne déclenchent des mobilisations diplomatiques, militaires, logistiques et financières. Et les ONG n'en sont plus, en général, les avant-gardes, mais les simples auxiliaires, permettant aux gouvernements d'envoyer des experts remplir des missions que tout citoyen veut voir réalisées sans qu'aucun contribuable ne soit prêt à les financer.
Devant cette interpénétration croissante des ONG et des gouvernements, le moment est sans doute venu d'inscrire ce devoir d'ingérence dans un cadre plus institutionnel et d'encadrer l'action des bénévoles dans des règles universelles fixant les conditions dans lesquelles leur action peut être acceptée, sinon demandée, par les pays d'accueil et par les pays pourvoyeurs. On ne saurait cependant réduire les ONG à remplir ce rôle de simples supplétifs de l'action publique : elles doivent conserver le droit d'aller là où les gouvernements n'osent pas aller, d'agir là où nul n'ose agir, de refuser la loi au nom de la morale. Elles doivent donc, comme tout un chacun conserver le devoir de désobéir, c'est-à-dire d'agir au nom d'une morale, contre des lois qu'elles jugent scélérates ou insuffisantes. Elles doivent donc se voir reconnu, comme tout être humain, le devoir de se révolter.
Ce droit ne doit pas etre unilatéral: les ONG du sud doivent avoir les memes droits dans les pays du Nord que celles du Nord dans les pays du Sud.
Ce n'est pas plus alors un devoir d'ingérence, mais un droit à la désobéissance, d'agir illégalement en son âme et conscience. Pour sauver des vies. Une seule condition : Si on se trompe, ou si on trompe ceux qu'on prétend aider, ou si la loi du plus fort empêche la morale de triompher, il faut être prêt à en payer le prix.

Jacques ATTALI c'est qui?
Professeur, écrivain, conseiller d'Etat honoraire, conseiller spécial auprès du Président de la République de1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement à Londres de 1991 à 1993, je suis maintenant président de A&A, société internationale de conseils (www.aeta.net), spécialisée dans les nouvelles technologies, basée à Paris, et président de PlaNet Finance (www.planetfinance.org), organisation internationale à but non lucratif, rassemblant l'ensemble des institutions de microfinance du monde. J'ai fondé en 1980 Action Contre la Faim; en 1984 le programme européen Eurêka (programme majeur européen sur les nouvelles technologies qui a inventé, entre autres, le MP3). J'ai aussi lancé, en 1989, un programme international d'action contre les inondations catastrophiques au Bangladesh. Ensuite, j'ai conseillé le secrétaire général des Nations Unies sur les risques de prolifération nucléaire. Je suis à l'origine de la réforme de l'enseignement supérieure, dite LMD, qui harmonise tous les diplômes européens. Docteur d'Etat en Sciences économiques, je suis diplômé de l'Ecole Polytechnique, (major de la promotion 1963), de l'Ecole des Mines, de l'Institut d'Etudes Politiques et de l'Ecole Nationale de l'Administration.
J'ai enseigné l'économie théorique à l'Ecole Polytechnique, à l'École des Ponts et Chaussées et à l'Université Paris-Dauphine. Je suis docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères et membre de l'Académie Internationale des Cultures.
Je suis chroniqueur à L'Express et l'auteur de quarante livres, traduits dans plus de vingt langues et diffusés à plus six millions d'exemplaires dans le monde entier: des essais (traitant de sujets variés allant de l'économie mathématique à la musique), des romans, des contes pour enfants, des biographies et des pièces de théâtre.

j@attali.com
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CORDONNER LES APPUIS AU NIVEAU D'UN VILLAGE

COORDONNER les APPUIS au NIVEAU d'un VILLAGE

"L'incohérence des initiatives ong d'aide aux démunis est une véritable barrière pour le développement.
Si plusieurs acteurs, chacun avec sa philosophie et ses modes de gestion, interviennent dans un même village, il y a télescopage* à l'intérieur même du village. Le résultat est le cafouillage* ou l'échec, voire même des querelles qui aboutissent à des choses dont nous ne voulons pas.
Il est courant de trouver un village dans lequel interviennent plusieurs partenaires à la fois, sans se connaître, sans se rencontrer. Chacun a sa manière d'intervenir. Ce qui intéresse les paysans, c'est le fait qu'il y ait de l'argent qui rentre même s'ils ne savent pas "tirer" les conséquences que cela entraîne; ceci cultive l'incohérence* et entretient une certaine division sociale, parce que les gens n'ont plus à se mettre ensemble, ce qui développe une concurrence même au niveau interne du village.

Les effets négatifs sont ceux-ci :
  • Dispersion des efforts des bénéficiaires;
  • Détérioration des relations familiales;
  • Conflits familiaux en veilleuse qui explosent dès l'arrivée des projets.
Chaque organisation, chaque leader a tendance à chercher de l'aide de son côté. C'est le système d'aide qui favorise cela.
Les ONG* ont pris le relais de l'Etat, mais ne sont-elles pas en train de faire pire que l'Etat ? C'est souvent la question que se posent certains leaders paysans lors de nos discussions.

Un cas :
Une ONG a orienté son appui vers les chefs de ménage (qui sont gestionnaires des récoltes) pour favoriser la constitution des greniers collectifs en vue de résoudre le problème de soudure dans les villages où elles mènent des actions. Très vite, des groupements de greniers collectifs se sont multipliés dans les villages et les chefs de ménage membres de ces groupements ont pu avoir accès à des crédits pour améliorer leur production agricole. Les jeunes des villages concernés, se voyant écartés des actions menées, n'ont pas cherché à aider leurs parents à améliorer le travail avec l'appui de l'ONG mais ont trouvé là un moyen d'accélérer l'exode rural étant donné qu'aucun contrat ne les lie avec l'ONG. Les jeunes sont partis, laissant derrière eux des chefs de ménage âgés et fatigués qui ne peuvent pas travailler convenablement.
Progresser vers plus de maîtrise "ascendante" demande d'utiliser conjointement :

a) la maîtrise d'ouvrage locale : elle facilite l'intégration des efforts des différentes entreprises et associations existantes au sein du territoire. Elle donne à ces dernières des moyens et une possibilité de faire évoluer le système d'aide puisqu'elles en sont partie prenante;

b) la planification locale : il s'agit, dans chaque territoire aidé, de "tracer la voie" en élaborant et en négociant une sorte de guide stratégique;

c) le déboursement rapide, décidé sur place et partiellement flexible* : il suffit que 20 ou 30% d'un budget d'aide constitue un fonds non affecté d'avance pour assurer la flexibilité* de l'ensemble. Cette procédure semble être acceptée par les bailleurs à deux conditions : que les institutions de concertation soient crédibles, légitimes et transparentes et que les fonctions de suivi-évaluation et de contrôle financier soient efficientes;

d) le suivi-évaluation : cette fonction n'est pas facile à introduire, tant du côté des agences d'aide (souvent avides de tellement de renseignements que la méthode de suivi s'étouffe elle-même) que du côté des bénéficiaires et de leurs organisations car elle est exigeante et rend (trop) transparente la relation entre les membres d'une association ou entre les villageois et leurs leaders. Mais une fois qu'un groupe a pu vivre la série d'étapes permettant de se mettre d'accord sur des outils de suivi et d'évaluation (critères, indicateurs, etc.) et qu'il utilise ces derniers, l'ouverture obtenue par cette attention au réel est féconde.
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L'AIDE A L'AFRIQUE, UNE DROGUE NEFASTE?

L'aide à l'Afrique, une drogue néfaste ?

L'aide au développement accroît la pauvreté, encourage la corruption et est source de conflits. C'est la thèse iconoclaste d'une jeune économiste zambienne. Son livre suscite le débat au sein des ONG belges et des milieux européens.
Un gros pavé dans la marre ! Dambisa Moyo, choisie parmi les femmes les plus influentes de notre époque par le magazine Time, peut se vanter d'avoir remué les consciences, de Londres à Nairobi et de Bruxelles à Kinshasa. Des responsables d'ONG belges avouent que Dead Aid , son livre provocateur sur les ravages de l'aide à l'Afrique, les a interpellés. Tout aussi troublé, l'eurodéputé Louis Michel, ex-commissaire européen au Développement, s'est procuré une dizaine d'exemplaires de la traduction française du livre (1), parue fin 2009, pour les distribuer à ses visiteurs.
La jeune auteur, originaire de Zambie et établie dans la capitale britannique, ne manque pas de références : diplômée en économie d'Oxford et de Harvard, elle a travaillé pour la Banque mondiale, avant d'entrer chez Goldman Sachs, l'une des banques les plus puissantes (et controversées) de la planète, où elle est chargée de la stratégie économique internationale. Chiffres et exemples à l'appui, elle affirme que l'assistance financière a été et continue à être, pour une grande partie du monde en développement, un désastre économique, politique et humanitaire.
Pourquoi, demande-t-elle, la majorité des pays subsahariens « se débattent-ils dans un cycle sans fin de corruption, de maladies, de pauvreté et de dépendance », alors que les pays riches ont déversé plus de 1 000 milliards de dollars d'aide sur l'Afrique au cours des cinquante dernières années ? Entre 1970 et 1998, quand le flux de l'aide à l'Afrique était à son maximum, encouragé par l'industrie du spectacle (Live Aid...), le taux de pauvreté des populations s'est accru d'une façon stupéfiante.
L'intuition de Dambisa Moyo est que l'octroi de dons et de prêts à des conditions très favorables a des effets comparables à la possession de ressources naturelles précieuses : il favorise la mauvaise gouvernance, est source de conflits et sape l'épargne et les investissements locaux.

Fermer graduellement le robinet
Elle propose que les principaux donateurs s'entendent pour annoncer la fermeture graduelle des robinets de l'aide sur une période de cinq à dix ans. Les pays concernés réorienteraient leurs économies vers des sources de financement privés aux effets secondaires moins nuisibles. Moyo préconise le recours au marché obligataire, l'essor du microcrédit, le renforcement du droit de propriété et des mesures drastiques pour favoriser le commerce. Elle considère le Botswana, qui a prospéré après avoir rejeté la culture de l'assistance, comme un modèle à suivre.
Au risque de choquer, elle vante aussi les mérites de l'offensive chinoise en Afrique. Elle critique, au passage, le Belge Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d'investissement (BEI), pour ses attaques contre les banques chinoises, accusées de s'être emparées de certains projets en offrant de supprimer ou d'édulcorer les conditions imposées par la BEI en matière de traitement des travailleurs et de protection de l'environnement.
Encore plus iconoclaste est son éloge du despotisme éclairé : elle rappelle les succès économiques de Singapour et d'autres pays asiatiques peu démocratiques et cite abondamment le président rwandais Paul Kagame, prompt à dénoncer les « erreurs des donateurs » qui « veulent choisir eux-mêmes où ils mettent leur argent » et « se trompent dans le choix de leurs partenaires ».« Elle souligne l'effet de dépendance »
« L'aide ne marche pas bien, en Afrique subsaharienne spécifiquement, admet Eric Driesen, président de l'ONG belge Aquadev. Les effets de dépendance engendrés par l'assistance telle qu'elle se pratique devaient être soulignés. Il y a un intérêt à ce que cette vérité soit dite par une ressortissante du continent. Son livre fait débat en Afrique anglophone, où cela bouge au niveau des idées. Mais l'analyse économique de Dambisa Moyo ne me convainc pas. Il manque aussi, selon moi, une explication, fondamentale, sur les déficiences des élites. »
« Nous avons habitué des chefs d'Etat voyous à ne pas être comptables de l'aide octroyée, reconnaît Louis Michel. Nous leur donnions de l'argent d'une main et faisions, de l'autre, notre mea culpa pour le passé colonial. Cinquante ans après les indépendances, certains dirigeants africains n'ont toujours qu'un mot à la bouche : c'est la faute aux autres ! » L'eurodéputé belge estime que l'aide internationale devrait se focaliser sur l'administration, la justice, l'enseignement : « Tant que ces pays ne sont pas des Etats, ils ne se développeront pas. » Selon l'ONG ActionAid, 47 % du total de l'aide est totalement inefficace pour renforcer les capacités d'un pays et réduire la pauvreté.
« L'analyse de Dambisa Moyo sur l'échec de l'aide néglige un élément clé, lance Arnaud Zacharie (2), secrétaire général du Centre national de coopération au développement : les relations Nord-Sud ont été, dès l'origine, déterminées par l'axe Est-Ouest du nouveau monde bipolaire. Le développement a donc été conçu pour répondre aux objectifs de la guerre froide. Depuis 1999, les programmes d'ajustement structurels sont remplacés par des plans de réduction de la pauvreté. Mais aujourd'hui, le concept de développement lui-même est en crise. »
Zacharie poursuit : « Les inégalités sociales et les limites écologiques de notre temps impliquent de remettre en cause les modes de production, de consommation et de répartition des richesses. Cela rend obsolète la théorie du développement fondé sur la croissance économique et la libéralisation des marchés. » Une certitude : l'impact des crises globales - financière, économique, sociale, alimentaire, climatique - dans les pays pauvres provoque une dégradation des indicateurs de développement. Dix ans après leur adoption, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), sont hors d'atteinte pour nombre de pays du Sud.

OLIVIER ROGEAU source http://levif.rnews.be/
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DERIVE HUMANITAIRE

mercredi 25 août 2010, 08:27

Les risques de dérives liés aux contraintes de fonctionnement


1. L'humanitaire est-il indépendant du politique ?
2. La dimension morale de l'humanitaire et la professionnalisation
3. Les scandales financiers

1. L'humanitaire est-il indépendant du politique ?

" Ce qui fait la force de l'humanitaire est aussi ce qui en fixe la limite : le refus du sacrifice. La préservation de la vie humaine est son unique horizon, sa seule légitimité. Cela implique parfois d'entrer en tension, voire en conflit, avec le pouvoir politique, comme cela a été le cas avec les Talibans ainsi qu'avec les Moudjahidin, pour ne parler que de l'Afghanistan."
L'action humanitaire est intrinsèquement politique par sa nature même puisque qu'elle est la prise en charge des conséquences humaines de toutes les formes de violences, sociales et politiques. Par-là même l'humanitaire est toujours confronté au politique.

a) L'instrumentalisation politique de l'humanitaire
L'humanitaire peut être instrumentalisé au niveau diplomatique, militaire, idéologique ou économique par les Etats bailleurs, les armées, les Etats bénéficiaires ou des groupes organisés (rebelles, mafias...).
La courte histoire de l'humanitaire - du détournement de l'aide à l'Ukraine par les autorités soviétiques en 1921 à l'utilisation des camps de réfugiés du Kosovo comme base arrière par l'armée alliée en 1999 - montre combien toute action porte le risque de l'instrumentalisation. Les associations humanitaires connaissent ce risque et acceptent de le prendre, considérant le plus souvent qu'il vaut bien les vies sauvées par l'intervention. L'opinion publique est beaucoup moins informée de ce choix cornélien entre sauver la victime et accepter un léger compromis politique ou rester ferme sur son indépendance et prendre le risque de ne pouvoir atteindre la victime.On peut distinguer quatre formes d'instrumentalisation des associations humanitaires par le politique :
  • L'intervention humanitaire comme facteur de reproduction des guerres civiles.
En voulant soulager les victimes de conflits internes (guerres civiles), les associations humanitaires peuvent contribuer à nourrir la guerre et à la faire durer. C'est ainsi que les humanitaires ont nourri et soutenu les Khmers Rouges (Cambodge) qui disposaient de bases dans les camps de réfugiés à la frontière avec la Thaïlande, réfugiés qui étaient en fait leurs prisonniers. Il est également avéré que les camps de réfugiés afghans du Pakistan étaient les bases arrières des moudjahidins qui combattaient l'occupation soviétique. L'aide humanitaire en terrain de guerre civile est également assez souvent détournée par les chefs de guerre ou même les armées gouvernementales (Soudan...). Si la relation entre l'aide humanitaire et la reproduction des forces de destruction à l'œuvre dans les guerres civiles est souvent prouvée, il est difficile d'imaginer abandonner des victimes sous prétexte de tarir l'économie de guerre.

  • Des interventions militaires au discours humanitaire
Les interventions militaires utilisant des prétextes humanitaires sont de plus en plus courantes (Somalie, Rwanda, Kosovo...). La confusion entre humanitaire d'Etat et humanitaire privé est d'autant plus grande que les Etats sont les principaux bailleurs de la plupart des associations humanitaires. Ces dernières peuvent alors avoir des difficultés à trouver leur place dans ce type de situation dans la mesure ou elles se fondent sur un principe d'impartialité. Certaines d'entre elles choisissent clairement la collaboration avec les armées et les gouvernements. CARE Canada, intervenant au Kosovo, a signé un accord d'espionnage avec le gouvernement canadien. Beaucoup d'ONG américaines sont ainsi clairement un outil de la politique étrangère des Etats Unis. Cette confusion entrave souvent le travail des ONG qui ne peuvent accéder à tous les sites, étant assimilées à un camp plutôt qu'un autre. Cette assimilation peut d'ailleurs mettre en danger les expatriés susceptibles de devenir des boucs émissaires.
Ci-contre, les rations de survie et les bombes envoyées par les forces américaines durant l'intervention " Liberté immuable " en Afghanistan. Cette similitude d'emballage est assez représentative de la confusion qui a eu lieu, durant cette intervention, entre guerre et humanitaire.

  • L'instrumentalisation diplomatique des associations humanitaires
Les Etats considèrent souvent les ONG nationales comme des instruments de politique étrangère, comme des représentants du pays à l'étranger, et ceci d'autant plus que certaines sont largement financées par les Ministères. Des fonds peuvent ainsi être distribués aux ONG pour qu'elles interviennent dans les pays avec lesquels il serait politiquement inopportun d'avoir des relations diplomatiques directes. Ainsi, l'Union Européenne propose-t-elle des financements aux associations afin qu'elles interviennent à Cuba, toute relation diplomatique étant difficile de par l'embargo diplomatico-économique imposé par les Etats Unis. Pour l'Union Européenne, c'est une façon indirecte d'être présent et actif à Cuba. Les fonds publics accordés par les Etats correspondent toujours à des choix politique. Certains pays bénéficieront ou non de ces fonds selon la volonté diplomatique.

  • L'intervention humanitaire et la légitimation du pouvoir.
Par leur action, il peut arriver que des ONG soient intrumentalisées pour légitimer le pouvoir d'un dictateur, d'un chef de guerre, d'un dirigeant populiste. La famine du Biafra en 1969 fut ainsi utilisée et même entretenue par le chef de la rébellion pour attirer la sympathie sur sa cause. L'aide humanitaire apportée en 1985 en Ethiopie fut également utilisée par le gouvernement pour déplacer des villages entiers dans le cadre d'une politique d'homogénéisation démographique. Pendant la guerre afghane contre l'occupation soviétique (1979-1989), l'aura et le pouvoir des chefs de guerre locaux (les commandants) pouvait dépendre de leur capacité à attirer l'aide humanitaire dans leur village, leur vallée . Parce que les humanitaires semblent cautionner ces pouvoirs par leur présence, les victimes de ces mêmes pouvoirs peuvent parfois être encore plus vulnérables, plus résignées.

b) Du refus du politique au retour vers le politique
L'humanitaire a d'abord voulu éviter la confrontation avec le politique en fondant son action sur les principes de neutralité et d'impartialité (Croix Rouge). Mais le mouvement des " sans frontières " se créé dans les années 1970 en rupture avec le principe de neutralité traditionnelle ne retenant que l'impartialité, se souvenant du silence de la Croix Rouge sur les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale.
En 1985, MSF demande au gouvernement éthiopien de se justifier sur les déplacements de populations forcées. L'association est expulsée pour cette insolence. Les autres associations décident de rester pour sauver des vies. Le dilemme est à chaque fois le même, dans le cas d'intervention d'urgence : quand de la présence de l'association sur place peut dépendre la vie de centaines d'individu, est-il possible de prendre le risque de se faire expulser et de laisser ainsi derrières des victimes non sauvées ? Mais, d'un autre côté, est-il possible de rester quand indirectement l'association participe à la politique meurtrière ou totalitaire d'un gouvernement ? Répondant à ce dilemme des associations humanitaires défendent l'idée du témoignage, de la prise de parole (MSF), en utilisant l'opinion publique pour faire réagir les politiques.
Dans le même temps, des ONG d'interpellation se créent, défendant les droits de l'homme ou l'environnement telles Amnesty International ou Greenpeace. Elles font clairement le choix de l'intervention dans le champ du politique par le biais du lobbying et de campagnes de sensibilisation.
On assiste également à un retour des associations dans le champ du politique afin de se démarquer des politiques ou de les influer. D'où la présence de plus en plus importantes des ONG humanitaires dans les sommets mondiaux (Porto Alegre, Johannesburg...) et l'essor de "l'éducation au développement" et des campagnes de sensibilisation clairement politiques. Victimes de la confusion entre humanitaire privé et humanitaire public lors des interventions armées, les associations humanitaires d'urgence, telles MSF et MDM, ont de plus en plus besoin de se démarquer des politiques gouvernementales et ont ainsi recours à des campagnes de sensibilisation politique (sur les conflits comme la Tchéchénie, le développement durables, la misère...).
Le lobbying et les campagnes de sensibilisation de l'opinion servent aussi de moyens de pression pour les associations afin d'amener les institutions vers plus d'impartialité dans la distribution des financements humanitaires. Françoise Bouchet-Saulnier, Directrice de recherches à MSF, fit obtempérer l'agence d'aide humanitaire européenne, ECHO, en usant de la menace : "Si vous enlevez un seul dollar sur la ligne de financement en Ingouchie (où sont réfugiés de nombreux Tchéchènes), on fera un scandale" .

c) Les politiques financières : équilibre ou indépendance totale
La capacité des associations humanitaires à faire des choix indépendants des contraintes politiques (intervenir ou non, se retirer d'une zone, être libre de s'exprimer...) dépend souvent de leur indépendance et de leur santé financière vis à vis des bailleurs institutionnels (Etats, organisation internationales...), mais aussi parfois vis à vis des donateurs privés. En fonction de ce constat, les associations font des choix de politique financière. MSF est l'une des seules ONG d'urgence qui ait fait le choix du 100% de financements privés afin d'être totalement indépendante du pouvoir politique . D'autres recherchent l'équilibre, arguant de leur volonté de ne pas dépendre exclusivement de fonds privés afin de ne pas sombrer dans le tout spectaculaire et la recherche de fonds frénétique. Certaines associations, telles Amnesty ou Greenpeace, se doivent d'être complètement indépendante du politique et donc des financements publics de par leur vocation et leur mission d'interpellation.

2. La dimension morale de l'humanitaire et la professionnalisation
a) Les devoirs des humanitaires
L'engagement humanitaire a d'abord été un engagement de conviction. Inspiré de la charité chrétienne multi-séculaire et des mouvements progressistes du XXème siècle, il mobilisa d'abord, en plus des âmes religieuses, d'anciens militants désenchantés de la politique et voulant agir concrètement. Le geste humanitaire est d'abord fait par des bénévoles de façon désintéressée. Il doit faire le bien. Il se nourrit de la générosité du public qui donne sa confiance et son argent par compassion, charité, conviction. Pour tout cela l'humanitaire à une dimension morale lourde de devoirs.
Dans l'imaginaire collectif, le bénévole humanitaire est le bon samaritain moderne: il doit non seulement sauver les victimes mais aussi compatir, comprendre, s'intéresser à ceux qu'il aide, les respecter. Il lui est même demandé, indirectement, de partager le sort des bénéficiaires, tel un franciscain ayant fait vœux de pauvreté. Sur la base de cette image et des valeurs qui y sont associées, les associations collectent de l'argent auprès de personnes privées qui, parce que c'est un geste plus libre que l'impôt, ont de fortes exigences quant au respect de ces valeurs.
Dans ces conditions, les questions touchant à la professionnalisation des humanitaires, à leur rémunération, à leurs comportements vis à vis des victimes, aux "stratégies opportunistes" des associations ou aux arrangements avec le politique, sont des questions extrêmement sensibles parce qu'elles ébranlent cette image et minent la confiance.
L'écho donné aux propos de l'ancienne présidente d'ACF, Sylvie Brunel, en mars 2002 , dénonçant pêle-mêle les coûts de fonctionnement trop élevés, les salaires abusifs et la logique de rentabilité est révélateur des hautes exigences demandées à l'ensemble du secteur humanitaire. Cependant, les salaires au siège, par exemple, dépassent rarement 3000 € et la majorité des travailleurs de l'humanitaire, même s'ils se sont professionnalisés, touchent de 1000 à 1500 € . Les salaires pour un travail similaire dans le secteur marchand sont de 20 à 30 % supérieurs. Ce débat touche peu, ou pas du tout, les ONG anglo-saxonnes qui rémunèrent "grassement" - comparé aux ONG françaises - leur personnel, la question de l'efficacité primant sur celle de la moralité. Cette différence entre mondes de l'humanitaire anglo-saxon et français se retrouve aussi dans l'utilisation de pratiques marchandes à des fins de collecte de dons.

b) L'humanitaire et la tentation de pratique marchande
La professionnalisation des personnels de l'humanitaire, la concurrence entre les associations et la masse d'argent brassée tendent à rapprocher le monde associatif humanitaire du secteur marchand. Beaucoup d'associations ont adopté une logique de développement sinon de survie qui vise soit à augmenter leurs capacités financières et leur volume d'activité soit à les préserver. Les interventions dépendraient de plus en plus d'une logique structurelle plutôt que d'une logique de besoins et le coût de plus en plus important des frais de fonctionnement (locaux, communication, personnels qualifiés...) n'autoriserait pas de baisse d'activité. Toute réduction des revenus pourrait mettre en péril l'équilibre financier des associations et provoquer une crise.
Ces impératifs de développement peuvent amener les associations à se focaliser sur la recherche de fonds publics et privés. Les décisions peuvent alors prendre en compte le potentiel rémunérateur d'une intervention, dans le cas d'associations fortement dépendantes des bailleurs de fonds institutionnels ou dans le cas d'associations " roulant pour elle-mêmes ". Ainsi, chez Action Contre la Faim, des documents internes classifient les missions en rubriques. Certaines sont qualifiées de " vaches à lait ", d'autres de " poids morts " ou encore de " missions stars ", classification reprise du jargon marketing pour évaluer la rentabilité de l'ensemble des produits d'une firme. A cela, Christian Captier, Directeur des opérations d'ACF, répond que les éléments financiers entrent en ligne de compte mais seulement après l'étude des besoins du terrain et après que la légitimité de l'association à intervenir ait été prise en compte.
Dans la recherche du maximum d'efficacité (optimisation des ressources) les associations ont de plus en plus recours à des pratiques importées du secteur marchand (dans leur management, leur gestion financière, la gestion de leur image...). La concurrence et la volonté de développement ont laissé s'établir des stratégies réfléchissant en terme de part de marché, de zone d'influence, de client. Ainsi, le dirigeant d'une grosse ONG confie, en parlant du " client " d'une association, que " l'important, une fois localisé, c'est de ne plus le lâcher ".
Ces pratiques marchandes peuvent se doubler de liens ambigus avec les entreprises privées. Les associations travaillant au Congo-Brazzaville, pays riche en pétrole, sont souvent liées financièrement à Total Fina Elf, participant indirectement au pouvoir tentaculaire du pétrolier français dans ce pays . Les opérations de communication établies avec des partenaires privés (produits-partage, promotion gratuite de l'association) peuvent aussi nous interpeller : qui y gagne le plus ? Qui instrumentalise l'autre ? N'y a-t-il pas de risque d'amalgame entre les intérêts marchands de l'un et les intérêts humanitaires de l'autre?

3. Les scandales financiers
L'industrie du don" s'est particulièrement développée dans les années 1980. Des sommes d'argent considérables sont récoltés chaque année. Entre 1985 et 1998, les ressources drainées par les ONG sont passées de 198 Millions d'Euros à près de 534 Millions. En 1999, les ressources collectées étaient estimées à 665 Millions d'Euros, dont 407 Millions de dons privés . Inévitablement, il y a eu quelques détournements personnels, gaspillages et usages détournés.
a) Le détournement d'argent au profit d'individus
En 1985, l'affaire Crozemarie bouleversait le secteur associatif bénéficiant de la générosité du public : la France apprenait que l'homme à la blouse blanche (qui n'avait jamais été médecin) venait de se faire épingler pour détournement d'argent. Celui-ci confiait ses campagnes de communication à la firme International Development, qui surfacturait ses services et reversait aussitôt des salaires indus à la société du patron de l'ARC.
En 1996, le rapport de la Cour des comptes indiquait que seuls 26% des dons pour la recherche parvenaient effectivement aux scientifiques, ce qui représente au moins 300 millions de francs détournés. Avec cet argent, Monsieur Crozemarie a pu financer sa piscine privée, son matériel vidéo sophistiqué, la climatisation de l'une de ses villas, sans oublier l'aménagement de son appartement à Villejuif, ses voitures de fonction, ses voyages en avion, ainsi que les salaires de ses domestiques et de ses maîtresses…
Du côté des donateurs, et du secteur associatif, le scandale a fait place à l'indignation et les donateurs ont vu leur confiance trahie. Pour cette raison, le secteur associatif faisant appel à la générosité du public qualifie le scandale de fait structurant dans l'établissement d'une nouvelle relation entre associations et donateurs (cf. étude de Weil Opinion sur la confiance).

b) Les détournements d'argent au profit de l'association
Les difficultés que rencontrent nombres d'associations pour financer leur frais de fonctionnement peut entraîner des dérives ou " arrangements " comptables. Il peut en effet arriver que certaines associations, déclarant utiliser 80% des dons pour le terrain, " maquillent leurs comptes " pour faire correspondre la réalité avec le discours. Par exemple, le salaire des coordinateurs de mission qui travaillent au siège peut être réparti sur le différentes missions auxquelles ils sont affectés ou sur les frais de structure.
Ainsi, Handicap International fait figurer, sur son site Internet, sur une page accessible en cliquant sur l'onglet " Dépenser pour agir ", fait figurer la répartition suivante pour un don de 100F : 71,21F en réalisation de programmes, 12,96F en appel et gestion des dons, 7,90F en gestion de l'association, 4,38F en animation et vente des produits, 2,24F en information des médias et de l'opinion, 1,30F en soutiens et provisions. Nous remarquons alors que la sacro-sainte règle des 20% des fonds affectés au fonctionnement et 80% à la réalisation des actions n'est pas respectée. Cependant, compte tenu des actions menées par l'association et de la qualité de services que celle-ci fournit, elle peut se permettre d'afficher certaines dépenses, notamment en terme de représentation publique.
Il peut aussi y avoir des usages détournées "moins moraux" parce que beaucoup plus orientés. On peut citer, à titre d'exemple, l'affaire Raoul Follereau, révélée par l'IGAS (Ministère des Affaires Sociales) en 2001 et rapidement relayée par les médias. D'après ce rapport, l'association offrait des aides financières sans lien avec la lèpre à des églises en Afrique, subventionnait des cardinaux conservateurs au Vatican et réalisait des investissements dans des plantations de palmiers en Côte d'Ivoire. D'après Rony Brauman, il semblerait que dans le milieu humanitaire, ces pratiques aient été connues depuis des années .

c) Les détournements d'argent "pour la bonne cause"
Sans que l'argent de la générosité du public soit utilisé aux fins personnelles de quelques-uns, il arrive parfois qu'il soit détourné de son usage premier pour des raisons plus ou moins morales. Ces dérives s'expriment le plus souvent par des maquillages comptables. Des associations peuvent ainsi, selon les périodes, transférer "pour la bonne cause" une partie de l'argent récolté pour des crises médiatiques vers des crises oubliées.Une partie de l'argent donné pour le Burundi pourra ainsi passer en Afghanistan, ou l'inverse, en fonction du baromètre médiatique. "Nous savons que nous n'avons pas le droit, mais nous n'avons pas le choix..." a lancé un dirigeant d'une grosse association humanitaire, basée à Paris, aux envoyés de la Cour des Comptes venus inspecter ses livres comptables. Cette pratique tend à combler les lacunes et les dérives de la médiatisation et de la politique dans le souci de traiter équitablement les victimes.
Afin de régulariser cette pratique, Handicap International informe ses donateurs que leur argent sera destiné en priorité à l'action pour laquelle ils ont donné, mais que dès que le budget nécessaire à la réalisation de cette action serait atteint, le reste serait réorienté vers des actions plus défavorisées en terme de dons. Ainsi les dons pour l'Inde, toujours surnuméraires, sont en grande partie réorientés vers le Mozambique ou autres pays moins "vendeurs".
Certains modes de fonctionnement présentés dans cette partie peuvent, pour certains, être considérés comme des dérives auxquelles les associations doivent remédier, ce à quoi, d'après nos sources, celles-ci travaillent, soit en interne, soit par le biais de groupes de recherche.
Dans cette partie, nous avons identifié certaines dérives ou risques de dérives relatifs au bon fonctionnement des associations. Généralement ces dérives restent méconnues du grand public, mais lorsque celles-ci peuvent faire scandale, elles sont rapidement relayées par les médias.

Finalement, ces dérives - détournement d'argent au profit d'individus mis à part - sont en fait des contraintes de fonctionnement justifiables vis à vis des donateurs. Dans ce cadre, nous comprenons donc l'importance d'ouvrir des espaces de dialogue entre donateurs et associations. L'information de ceux-ci sur ces sujets doit être pensée au regard des profils et comportements des donateurs identifiés au chapitre 1.

source : stephanie.dupont
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L'IMPERIALISME HUMANITAIRE A L'OEUVRE

lundi 6 septembre 2010, 19:29

Entretien avec Julien Teil, ONG : L'impérialisme humanitaire à l'œuvre

Rébellion/Vous avez travaillé dans le monde des Organisations Non-Gouvernementales ? Quels enseignements avez-vous tiré de leur mode de fonctionnement parfois opaque ?
Julien Teil/Je n'ai pas travaillé au sein d'ONG mais pour une société spécialisée dans la collecte de fonds pour de grandes ONG. Suite à cela, une réflexion sur l'essence des ONG et leur instrumentalisation m'apparut plus que nécessaire. Tout d'abord, il faut prendre le soin de préciser quelques éléments :

Les ONG, accréditées auprès de l'ONU exercent ce qu'on appelle un soft power, c'est-à-dire qu'elles influencent des instances décisionnaires à l'échelle mondiale

. Pour certains, c'est une nouvelle forme de démocratie. Pourtant, les ONG ne sont pas élues, et leurs propres modes de gouvernance ne sont pas toujours démocratiques. A cela il faut ajouter les liens qu'ont certaines grandes ONG avec des transnationales qui animent en parallèle de puissants lobbys. Par ailleurs, elles jouent parfois un rôle géopolitique, principalement par l'intermédiaire des grands bailleurs de fonds comme ECHO pour l'union européenne et USAID pour les Etats-Unis. Enfin, parmi les ONG accréditées par l'ONU, beaucoup sont en réalité des fondations. Celles-ci sont souvent issues des grandes familles philanthropes, de multinationales et de banques. On y trouve aussi des instituts, des think-tanks, etc. ; bref, tout ce qui peut être qualifié de « société civile ». Du fait de tous ces éléments, il est difficile de cataloguer les ONG en général, et l'étude de leur fonctionnement est souvent rude et complexe.

Leur  financement  est souvent difficile à établir. Les grandes multinationales interviennent-elles auprès des ONG ?
Oui, elles interviennent, mais pas nécessairement sous forme de financements, bien que cela arrive ceux-ci sont en général peu importants par rapport au total des fonds levés par les ONG. Par contre, les partenariats entre ONG et multinationales sont courants. Les grandes multinationales aux pratiques contestées, notamment dans les PED, peuvent ainsi labelliser leur image. C'est une sorte de greenwashing. En règle générale, une multinationale agit souvent par intérêt, tout financement et partenariat pose donc des questions sur la légitimité d'une ONG, d'autant plus lorsque la multinationale en question a des intérêts dans les pays ou travaille l'ONG. Enfin, elles ont la possibilité d'intervenir indirectement au travers des personnes qui ont des postes importants au sein des ONG. Un bref aperçu de leurs parcours montre qu'elles ont parfois servi ces multinationales, aujourd'hui partenaires de leur ONG.

L'humanitaire est devenu un enjeu géopolitique. Pouvez-vous nous donner des exemples du détournement de cette idée dans des buts très éloignés de l'aide aux pays du Sud ?
Il y a un exemple très parlant au sujet de l'actualité. C'est avec prudence que je l'aborde, car encore une fois il s'agit de quelques ONG et fondations et qu'il est très difficile à saisir. Certaines ONG entendent proposer une « Robin Hood Tax » ; celle-ci étant la continuité des revendications associatives suite à « l'échec de Copenhague ».
Mais avant tout, quelques précisions sont nécessaires. Beaucoup d'ONG estiment que le réchauffement climatique anthropique aura des conséquences sur l'accélération de l'assèchement des terres africaines, et donc de l'appauvrissement des cultures vivrières. C'est en tout cas ce que prétend par exemple Action Contre la Faim.
En parallèle, comme je l'ai expliqué dans mon article " Les liaisons incestueuses des ONG avec les Etats et les transnationales", ces fondations et ONG participent à des programmes financés par la Howard Buffet Foundation , dont le Global Water Initiative est le pilier central. L'IIED, partenaire important du Global Water Initiative, a d'ailleurs publié les détails de l'opération sur son site internet.
Le site du journal Le Monde a quant à lui publié la liste des ONG impliquées dans la « Robin Hood Tax ». On y trouve Oxfam et Greenpeace, des organismes hautement impliqués dans le sommet de Copenhague, Oxfam étant aussi partenaire du Global Water Initiative. Notons que ces organismes n'ont jamais émis le moindre doute suite à l'affaire du Climatgate, suivie de la démission du président du CLU (Climat Research Unit), ni au sujet de l'inexistence d'un consensus sur la question de la théorie du réchauffement climatique anthropique.
Parmi les soutiens du projet de la « Robin Hood Tax », on retrouve aussi bien des politiques (Gordon Brown, Nicolas Sarkozy) que Warren Buffet. La famille Buffet est impliquée au travers de ses fondations dans de nombreux programmes de solidarité et a des intérêts dans les solutions dites "écologiques" : voitures électriques, bioéthanol, etc. ; mais aussi dans les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et leur distribution.

Bien que la taxe proposée par ces ONG et reprRébellion/Vous avez travaillé dans le monde des Organisations Non-Gouvernementales ? Quels enseignements avez-vous tiré de leur mode de fonctionnement parfois opaque ?
représentants du pouvoir politique et économique propose de taxer les transactions financières, il faut s'interroger sur les secteurs dans lesquels les fonds seront afférés. Il est spécialement question selon Oxfam de « réduire la pauvreté à travers le monde et d'aider les pays pauvres à s'adapter au changement climatique ».  C'est donc en toute prudence que je décide d'indiquer les instituts et organismes impliqués dans l'élaboration de cette taxe. Il est donc légitime, au vu de l'histoire et des implications de ces organismes, de s'interroger sur leur réelle ambition.
Par ailleurs, les réseaux occultes de solidarité de la Françafrique, tels ceux de Charles Pasqua avec Coopération 92, et ceux de Jacques Attali avec Planet Finance, ont montré que certains réseaux pouvaient interférer dans l'ambition humanitaire affichée, et en particulier en Afrique. C'est aussi ce que l'on constate dans le cas de la loi Oudin-Santini. Parfois ces organismes sont crées à des fins qui n'ont rien à voir avec la solidarité internationale, ou sont utilisés par exemple dans l'affaire de l'Angolagate à des fins criminelles.
Pour comprendre la situation actuelle, il convient de se référer au passé. Celui-ci comporte de nombreuses analogies avec la situation présente. Pour ce faire, la lecture du livre " Pétrole une guerre d'un siècle, l'ordre mondial anglo-américain ", de William Engdahl, (en particulier les pages 168-172) est particulièrement intéressante. Celui-ci montre comment, il y a déjà des décennies, ces problématiques de ressources énergétiques et vitales donnaient lieu aux accointances les plus douteuses. Ces réalités questionnent sur la nature du sommet de Copenhague, et invitent à s'interroger sur la voie dans laquelle s'engagent ses architectes. Il se pourrait que ce sommet mondial reflète également les combats pour la gouvernance du vivant et des futures énergies. Et, on ne peut nier que ces domaines sont en particulier importants pour les intérêts américains, qui du fait de la crise économique sont en perte de vitesse. D'ailleurs l'administration U.S est de longue date impliquée dans ces pratiques par l'intermédiaire de fondations, de think-tanks et d'ONG. C'est donc encore une fois, une réalité géopolitique qui pourrait, en partie, expliquer la voie dans laquelle s'engagent ces ONG, fondations, et gouvernements au nom de l'écologie.

Comment les ONG servent-elles les intérêts des Etats occidentaux ? L' « impérialisme humanitaire »  est-il une nouvelle forme de la domination des grandes puissances ?
Les ONG peuvent servir les intérêts des Etats occidentaux pour la simple raison qu'elles sont transnationales. Elles travaillent partout, et remontent une quantité d'information à travers leurs études et les bilans de leurs pratiques. Les Etats occidentaux, quant à eux, ont toujours cherché à faire perdurer le colonialisme, notamment par l'intermédiaire de leurs multinationales (comme Danone ou Lafarge par exemple). Il est évident que ces sources humanitaires sont pour eux du pain béni, et permettent de poursuivre les processus coloniaux en ayant nombre d'informations à disposition. En ce qui concerne le colonialisme, seules les formes changent, mais le but reste le même : privatiser les biens publics, les terres, les ressources. Les ONG assoient nécessairement l'hégémonie des pays occidentaux, tout comme le font le FMI et la Banque Mondiale.
La seule différence que l'on peut noter en comparaison avec le passé se résume par le fait que ces « grandes puissances » ont tendance à devenir privées, alors qu'auparavant elles étaient étatiques. Même si les pratiques des Etats occidentaux étaient auparavant faites au nom des peuples souverains, avec leur argent et sans leur accord, il s'agissait de renforcer l'hégémonie d'une Nation, aujourd'hui il s'agit de renforcer celle des multinationales. Ces deux pratiques doivent être condamnées mais ce constat n'est pas anodin. Ce phénomène va de pair avec la mutation des politiques nationales vers une gouvernance mondiale anti-démocratique. C'est d'ailleurs cette mutation que Francois Xavier Verschave décrivait dans son livre «  de la Françafrique à la Mafiafrique » lorsqu'il expliquait que certains grands industriels n'ont plus besoin d'un Etat pour conduire leurs pratiques prédatrices en Afrique. Néanmoins, l'impérialisme humanitaire revêt aussi une forme géopolitique, lorsqu'il administre un pays pour les intérêts d'un autre pays par exemple, c'est notamment ce qu'on peut observer en Haïti. L'intervention des armées lors d'opérations humanitaires se généralise, ce mélange des genres est regrettable et en dit long sur les ambitions à long terme.

Que pensez-vous du modèle de l'aide au développement ? N'y a-t-il pas une volonté de rendre dépendant l'ensemble des pays de la planète, des Organisations Economiques Internationales (comme le FMI ) ?
Tout à fait. A ce sujet, je vous renvoie aux travaux du comité d'annulation de la dette du tiers monde. Il est certain que les programmes prodigués par la banque mondiale et le FMI entretiennent dans un premier temps le maintien de la pauvreté, la perte de la souveraineté alimentaire et de toute autonomie dans les PED. Dans un second temps, ces modèles de gouvernance nés sous prétexte de réajustement économique et au nom d'une soi-disant nécessaire croissance mondiale, vont être visiblement utilisés dans les pays dits développés qui souffrent actuellement de la crise économique. L'Allemagne a d'ailleurs appelé à la création d'un FME (Fonds Monétaire Européen). Que va-t-il se passer ? La Grèce va-t-elle être vendue aux multinationales comme ce fut le cas pour l'Argentine ?
L'aide au développement est, de plus, un concept hiérarchisant, qui mériterait quelques critiques. Les DSRP (documents stratégiques de réduction de la pauvreté) qui ont suivi les programmes d'ajustements structurels, prétendent intégrer les peuples dans les décisions. Mais ils ne font que permettre la pérennité d'un néocolonialisme en perpétuelle mutation, là est la dite stratégie. Cette stratégie ne pourrait exister sans le très contestable rayonnement de la culture occidentale, qui lui même est impérial et profondément ethnocentriste.

La mondialisation capitaliste se dirige vers la mise en place d'une gouvernance mondiale. Quelles furent les étapes de sa mise en place et quels objectifs vise-t-elle ?
Il est difficile de répondre à cette question. Le mondialisme n'est pas seulement une conséquence de la mondialisation mais aussi une idéologie. Pierre Hillard a récemment publié un article intitulé « histoire du nouvel ordre mondial » qui décrit l'ensemble des processus mis en place par les grands princes du mondialisme. Il y a de plus, une mystique mondialiste assumée par ses acteurs. Elle est difficile à interpréter, mais ses objectifs sont clairement énoncés. Les processus sont longs et peuvent prendre différentes formes.
Jacques Attali décrit dans «  Une brève histoire de l'avenir » la perspective de cette gouvernance mondiale. Je ne pense pas qu'il se trompe, les ambitions qu'il révèle sont d'ailleurs en synchronicité avec ce à quoi nous assistons de nos jours.
Il serait donc question d'une gouvernance mondiale, au sein de laquelle chaque être humain consommerait, penserait et agirait de la même manière et uniformément sur le globe. Cela passe évidemment par l'abolition des souverainetés, pas seulement étatiques, mais aussi alimentaires, ce qui à mon sens représente un énorme danger. L'intervention des assurances semble également inéluctable pour aboutir à un tel système : chaque homme ayant droit selon des critères socio-économiques, à une alimentation de telle catégorie, une santé de telle catégorie, une éducation de telle catégorie, etc. ; le tout régi par des assurances mondiales sous le contrôle de divers ministères et organismes mondiaux. Nous vivons déjà dans un tel système mais il n'est pas encore totalement verrouillé. Le but est naturellement d'aboutir à un système profondément antidémocratique puisque calqué sur la gouvernance européenne, qui n'est autre que la gouvernance des lobbys. À ce propos, seul 40% des agences de lobbyistes sont inscrites sur le registre bruxellois.
L'opacité de la gouvernance européenne, pourrait certainement se retrouver dans une gouvernance mondiale institutionnalisée, et ses institutions ne seraient plus seulement interventionnistes mais exerceraient une primauté sur les droits nationaux et les constitutions. Cela s'accompagnera bien entendu, comme l'a montré Medvedev en présentant un prototype de pièce mondiale lors du sommet du G20 à l'Aquila, d'une monnaie mondiale. La crise actuelle sert en outre indiscutablement l'accélération de l'abolition des monnaies nationales au profit de l'émergence de nouvelles monnaies continentales qui convergeront vers la monnaie mondiale. C'est du moins ce qu'indiquent les écrits des laboratoires de pensée élitistes, notamment Foreign Affairs, la revue du CFR. Il faut noter que l'émission de cette monnaie se fera sans aucun doute par les banques privées, ce qui pourrait détruire le principe même de souveraineté, et de facto annoncer la fin de la démocratie. C'est d'ailleurs ce qu'a permis l'article 104 du traité de Maastricht en Europe: mettre une fin définitive à l'indépendance des peuples face aux banques privées, entretenir la dette des pays européens, pendant que le FMI et la Banque Mondiale construisaient celle des PED. Notons que ces dettes coloniales et antidémocratiques n'ont aucun sens et aucune légitimité au regard de nombreuses constitutions.
La question de la « FrançAfrique » est toujours d'actualité pour vous.  Où en sont  les rapports entre les gouvernements français et les Etats africains ? Les « réseaux africains » des partis politiques français de Gauche comme Droite existent-ils encore ?
Dresser un tableau d'actualité des relations franco-africaines serait un travail long et pénible. Je vous renvoie donc aux travaux de l'association Survie. Samuel Foutoyet a publié fin 2008 un parfait résumé de la situation dans son ouvrage « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée ». Il faut bien comprendre que sous Sarkozy nous avons affaire à la branche affairiste de la Françafrique, des réseaux Pasqua et donc de ceux de la Corse. Les réseaux africains des partis politiques français subsistent, mais il est certain que des réseaux chinois, israéliens, américains, iraniens et libanais, etc., sont engagés dans la « conquête de l'Afrique ». De plus, comme l'a expliqué Verschave, les multinationales sont elles aussi de plus en plus présentes et n'agissent pas au nom d'un pays, mais simplement au nom du profit. Cela est à mettre en rapport avec la mutation des relations internationales vers une gouvernance mondiale dirigée par des multinationales et des banques privées.

La résistance à la mondialisation a pris diverses formes en Europe. Comment jugez-vous le bilan de l'altermondialisme ?
La crise de ce mouvement, longtemps représenté par ATTAC, est-elle révélatrice de ses faiblesses initiales (mélange de réformisme et d'analyses dépassées) ?
Ce n'est que mon avis mais je vais rester général : ces organisations proposent de traiter les conséquences du système en place. Elles ne proposent aucunement de le démanteler en s'attaquant à sa base. Elles ne font finalement que rationaliser l'expression des maux de la société, lui ôtant toute sa charge vindicative. Elles se présentent pour la plupart en tant que société civile, mais elles ne sont pas élues. En somme, elles veulent sauver le système, l'économie, la démocratie ; en bref sauver des choses qui ont depuis longtemps fait l'aveu de leur propre inconsistance.<

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OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE L'USAGE Du VIOL COMME TACTIQUE DE GUERRE

Observatoire international de l'usage du viol comme tactique de guerre

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