BIENVENUE SUR LE SITE DU REPERTOIRE DES ONG ET ASSOCIATIONS HUMANITAIRES D' AFRIQUE
L'aide humanitaire est guidée par les principes fondamentaux d'humanité, d'impartialité, d'indépendance et neutralité ainsi que ceux définis par le Droit international humanitaire . L'action humanitaire intervient dans un contexte de crise aiguë ou durable consécutive à des catastrophes naturelles (séismes, inondations,...) ou d'origine humaine (conflits)
L'objectif du Répertoire des ong/association humanitaire d'Afrique ( R.O.A)
Sur l'éthique et la transparence est d'animer et de coordonner l'élaboration de propositions pour permettre aux associations humanitaires de mettre en œuvre des démarches de transparence vis-à-vis de leurs différentes parties prenantes et de tenir compte de la dimension éthique dans leurs pratiques et dans leur fiabilités .
Les associations humanitaires Sont amenées par obligation morale et légale à fournir des gages de fiabilité et à rendre des comptes à l'ensemble de leurs parties prenantes : pouvoirs publics, bailleurs, donateurs, bénéficiaires et bien sûr leurs membres. Le risque zéro de dérapage ou de transgression de la loi, pas plus que dans n'importe quel autre milieu professionnel ou que pour tout autre catégorie de personne morale (établissements publics,entreprises, etc.), n'existe pas. La possibilité de dérives individuelles, malgré les contrôles et les garde-fous existants, est en effet le prix à payer de la liberté associative, comme il en va de toute autre liberté. Il ne peut donc être question de contraindre ou de limiter la liberté d'association, droit fondamental des citoyens dans toute démocratie digne de ce nom, au nom d'une dangerosité ou de risques supposés. En cas de non respect des lois, il revient bien entendu à la justice de faire son travail. La voie choisie par les associations consiste donc à se rapprocher, s'identifier, s'organiser dans des collectifs autour de valeurs communes pour développer ensemble des outils, des démarches qualité et d'évaluation de leurs programmes, des codes de conduite, et des chartes portant aussi bien sur la gouvernance de l'association, que sur la gestion des ressources humaines ou encore le rôle des populations affectées. Ces initiatives, mettant en jeu le jugement par les pairs, sont une avancée déterminante vers la garantie éthique des associations et la qualité de leurs actions. Elles constituent autant de garde-fous susceptibles de prévenir les dérives qui pourraient survenir dans l'exercice de la liberté d'association.
Des questions à se poser dans notre engagement a) Quelle est notre place dans le système de coopération, de projets de développement ? b) Que faire pour ne pas travailler à la place des gens ? c) Quel rôle pouvons nous jouer sans écraser les personnes qui essaye déjà de monter des projets dans leur pays ? d) Chercher à apporter une éthique à la coopération pour éviter que les financements soient dépensés de manières inutiles e) Peut être pouvons nous aussi apporter un appuie méthodologique et aider les personnes à l'origine du projet à prendre du recul par rapport à leur projet. Même si on veut s'adapter au mode de vie de la population locale, on reste occidental. Parfois les habitants des pays dans lesquels on travail s'étonnent du fait qu'on veuille vivre « comme eux ».Ne doit-on pas aussi « rester qui on est ? » Comment s'adapter à une population, à un pays sans pour autant s'oublier ? Comme toujours il n'y a pas de réponse unique, mais simplement des équilibres à chercher. Voila, dans quel sens nous voyons, notre travail avec vous! On ne peut pas « développer quelqu'un ». On doit partir des initiatives de chacun et bâtir à partir de là.
Pour continuer à fournir nos services où ils sont nécessaires et de maintenir notre efficacités , nous avons besoin de l'engagement et le soutien de gens comme vous, en aidant le répertoire des ong d'Afrique dans ces démarches, et devenir un partenaire actif .
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L'ONU et les organismes de secours veulent renforcer et accélérer la livraison de vivres
Y a-t-il quelque chose qui ne va pas dans la façon dont la communauté internationale réagit aux famines, aux séismes et aux inondations? Demandez donc à Josephine Kachebe. Cette grand-mère de 83 ans de la communauté de Tiki Mwiinga, dans le sud de la Zambie, fait partie des quelque 12 millions d'habitants de l'Afrique australe qui ont désespérément besoin d'une aide alimentaire d'urgence, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). En juin 2005, le PAM a lancé un appel pour que la région reçoive suffisamment de vivres jusqu'à la moisson d'avril 2006.
Mais cinq mois de famine plus tard, cet objectif n'a été que très partiellement atteint. En novembre, Mme Kabeche a raconté aux inspecteurs du PAM que son seul repas ce jour-là avait été composé de cosses de graines récupérées, de noix sauvages et de racines d'arbre qu'elle avait mélangées avec des cendres dans un gruau amer. La veille, elle n'avait rien mangé. Si jamais les secours arrivent, ”ça sera trop tard pour moi. Je serai morte”, ajouta-t-elle.
Malheureusement, il faudra peut-être que Mme Kabeche et des milliers de ses amis et voisins meurent pour que la communauté internationale se décide à agir. Trop souvent, les donateurs ignorent les mises en garde jusqu'à ce que des images de famine soient diffusées sur les écrans de télévision, a affirmé en août James Morris, Directeur exécutif du PAM, devant un public américain. Ce n'est qu'à ce moment-là que les cordons de la bourse se délient et qu'une aide vitale est acheminée aux survivants.
“Nous ne pouvons pas attendre que nos postes de télévision projettent ces images effroyables dans nos salons pour réagir, a-t-il déclaré.
Réformer le dispositif international d'intervention humanitaire d'urgence est une obligation morale. C'est aussi une obligation morale. Alors même que le début et la fin de 2005 ont été marqués par deux des pires catastrophes naturelles des dernières années – le tsunami de l'Océan indien et l'effroyable séisme du Pakistan, tout effort visant à rendre le dispositif d'intervention plus rapide, pourrait sauver la vie de millions de victimes de catastrophes à venir. La réorganisation des dispositifs de secours vise à faire parvenir rapidement des vivres en quantité suffisante aux populations démunies. La réorganisation des dispositifs de secours vise à faire parvenir rapidement des vivres en quantité suffisante aux populations démunies.
Le plan de longue durée de l'Afrique, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), affirme qu'il ne sera pas possible d'éliminer la famine et l'insécurité alimentaire généralisées du continent tant que la production agricole locale ne sera pas renforcée et les conditions de vie rurale améliorées. Mais dans l'immédiat, “des interventions humanitaires rapides suivies d'un programme de reconstruction sont indispensables avant toute relance du processus de développement”, peut-on lire dans le Programme intégré du NEPAD pour le développement de l'agriculture en Afrique.
Trop peu, trop tard
Bien qu'agents humanitaires, organisations non gouvernementales (ONG) et donateurs ne soient pas d'accord quant à la manière d'améliorer les services d'urgence, tout le monde s'accorde à reconnaître que le dispositif actuel ne facilite pas les interventions rapides et ne permet pas d'obtenir des ressources suffisantes. D'après une récente étude d'Oxfam International, l'aide d'urgence “ne satisfait toujours pas tous les besoins. Elle arrive souvent en retard et est tributaire du degré de médiatisation ou de considérations politiques plus que des besoins humanitaires”.
L'un des problèmes est l'argent. Bien que l'ONU ait établi en 1991 des réserves de liquidités de 50 millions de dollars destinées aux secours en cas de catastrophes — le Fonds central autorenouvelable d'urgence — le fait que des institutions comme le PAM ou le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) doivent faire en sorte, avant même de débloquer des fonds, que les donateurs s'engagent à rembourser ces fonds freine le recours à ce fonds. Dans ces conditions, il faut des mois pour que des pays victimes de la famine comme le Niger (voir Afrique Renouveau, octobre 2005) puissent trouver des donateurs.
Un autre dispositif, la Procédure d'appel global, a également été créé en 1991 pour prévenir les donateurs des situations d'urgence et mobiliser des ressources rapidement. Administré par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ce mécanisme a pour mission de lancer des appels “éclairs” en cas de crises soudaines. Mais là aussi, la réaction des donateurs a été inégale. Dans un rapport du 20 octobre présenté à l'Assemblée générale, M. Annan a affirmé que les appels éclairs ne recueillaient en moyenne que 16 % des montants sollicités.
“Imaginez que la caserne de pompiers de votre localité soit obligée de demander de l'argent au maire chaque fois qu'elle a besoin d'eau pour éteindre un incendie, commentait au début de l'année 2005 Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires. C'est la situation impossible dans laquelle se trouvent les humanitaires accablés qui tentent de sauver des vies mais n'ont pas les moyens de payer l'eau - ou les médicaments, les abris ou les vivres, indispensables pour éteindre l'incendie… Ces retards sont fatals.”
Réformer le dispositif international d'intervention humanitaire d'urgence et l'ancrer plus solidement aux objectifs de développement à long terme constitue un volet important du programme de réforme de l'ONU du Secrétaire général Kofi Annan. C'est aussi une obligation morale.
L'ampleur et la destination de l'aide humanitaire dépendent aussi dans une certaine mesure de considérations politiques. Comme le rappelle dans une étude de 2001 l'Overseas Development Institute, organisme britannique indépendant, pendant la guerre froide, l'aide humanitaire a été manipulée par les deux blocs pour former des alliances, récompenser des alliés et sanctionner des adversaires. La fin de la guerre froide a éliminé, pour les pays du Nord, l'importance stratégique de certains pays en développement, dont des pays africains. Ces pays ont alors perdu de leur influence auprès des donateurs.
“L'aide humanitaire constitue depuis toujours une activité éminemment politique, qui se répercute sur l'économie politique des pays bénéficiaires et est influencée par les considérations politiques des donateurs… Des disparités sensibles entre le volume et le type d'aide humanitaire accordée à différents pays en situation de crise indiquent que l'aide humanitaire n'a jamais été consentie uniquement en fonction des besoins”, concluent les auteurs de cette étude.
Les statistiques confirment cette triste vérité. En juin, James Morris du PAM a indiqué devant le Conseil de sécurité que les appels d'urgence lancés en faveur de pays africains en crise n'avaient suscité qu'une réponse mitigée. Seuls 17 % des montants sollicités pour faire face aux inondations en République centrafricaine avaient été reçus, les appels pour la République démocratique du Congo (RDC) et la Côte d'Ivoire n'ayant suscité, pour leur part, que 35 et 30 %, respectivement, des contributions demandées.
“Je pense parfois que le pire endroit où un enfant affamé d'Afrique puisse vivre est un pays en paix avec ses voisins et relativement stable, car l'aide s'accroît avec l'intensification de la violence et la couverture médiatique… A nos yeux, il y a peu d'actes aussi politiques dans la vie moderne que l'aide humanitaire”, a ajouté James Morris.
“Loterie” mortelle
Les reportages diffusés à la télévision et dans la presse sont parfois le seul moyen d'inciter les donateurs à agir, mais rien ne dit que les médias s'intéresseront à une crise donnée ou que la couverture médiatique se traduira par des contributions.
Jan Egeland a comparé cette situation à une “loterie” dans laquelle les victimes de catastrophes se disputent l'attention des médias, condition indispensable pour inciter des donateurs publics imprévisibles à fournir une assistance. “Vous avez 25 communautés dans la même situation désespérée qui participent toutes les semaines à cette loterie visant à attirer l'attention, a-t-il déclaré en juillet au Columbia Journalism Review. A ce jeu, il y a 24 perdants et un vainqueur.” En 2005, a-t-il précisé, les rescapés du tsunami de l'Océan indien et des crises humanitaires du Soudan occidental ont bénéficié d'une large couverture médiatique et d'une aide généreuse. En revanche, les victimes des conflits du nord de l'Ouganda et de l'est de la RDC “sont parmi les perdants à ce jeu. Je ne comprends pas très bien, car il s'agit de situations similaires, sur le plan des drames personnels, des besoins, des violences, des souffrances humaines et des efforts héroïques pour venir en aide”, a ajouté M. Egeland.
Réorganisation du Fonds
Remédier aux carences du dispositif d'intervention humanitaire d'urgence figure en bonne place dans le plan de réformes de l'ONU de M. Annan. Intitulé Dans une liberté plus grande, il a été rendu public en prévision du Sommet mondial qui s'est tenu du 14 au 16 septembre (voir Afrique Renouveau, octobre 2005). Les propositions détaillées du Secrétaire général dans ce domaine, présentées à l'Assemblée générale en octobre, visent à réformer de fond en comble le CERF. En voici quelques-unes :
* multiplication par 10 du budget du Fonds à hauteur de 500 millions de dollars, d'ici trois ans * restructuration des crédits, lesquels à l'exception de 50 millions de dollars, seraient consentis sous forme de dons plutôt que de prêts renouvelables * affectation de deux tiers des dons aux programmes d'intervention et d'action rapides * capacité de débloquer des fonds dans un délai de 72 à 96 heures * allocation à hauteur d'un tiers des décaissements annuels aux besoins d'urgence des opérations humanitaires dotées de fonds insuffisants.
La réorganisation du Fonds central, qui aura désormais pour nom “Fonds central pour les urgences humanitaires”, aura pour conséquence de libérer les organismes humanitaires de leur dépendance vis-à-vis des donateurs, et de réduire ainsi à quelques jours les délais d'intervention après une catastrophe naturelle. Les travailleurs humanitaires estiment que cette capacité d'intervention rapide contribuera à sauver des vies, mais aussi à économiser de l'argent. Les retards de plusieurs mois observés dans l'acheminement de l'aide humanitaire aux populations nigériennes affamées ont entraîné une demande accrue de services onéreux de soins intensifs et contraint le PAM à recourir aux avions pour l'acheminement des vivres.
Le Fonds permettra également de répondre à des besoins importants qui ne sont pas pris en charge par des contributions spéciales, comme les campagnes de pulvérisation contre les moustiques en période de reproduction, ou l'achat de semences et d'engrais pendant la saison des plantations. Le rapport de M. Annan note que dans de nombreuses situations d'urgence où les fonds ne sont pas suffisants, les donateurs ont tendance à ne financer que certains programmes, au détriment d'autres tout aussi importants, comme l'approvisionnement en eau salubre, les soins de santé ou la création d'abris.
Le Niger fournit un autre exemple saisissant de la manière dont les imperfections du dispositif peuvent aggraver une situation d'urgence. L'une des causes principales de la malnutrition dans ce pays a été la destruction des pâturages par les criquets pèlerins en 2004. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) n'ayant pas réussi à trouver des donateurs pour financer un projet d'éradication des criquets pèlerins, ces insectes se sont propagés et ont plongé certaines régions du pays dans la crise.
Les propositions de réforme du Secrétaire général ont suscité la vive approbation des donateurs publics, des ONG et des organismes de secours, ainsi que des annonces de contributions de l'ordre de 200 millions de dollars à la fin de l'année 2005. Annonçant en novembre une contribution de son pays de plus de 29 millions de dollars, l'Ambassadrice norvégienne, Mona Jull, a réaffirmé à l'Assemblée générale la volonté de son gouvernement de renforcer le CERF, car cela permettrait à l'ONU “d'intervenir rapidement, voire même d'empêcher, des crises”.
Les Etats-Unis, de loin le principal pourvoyeur d'aide humanitaire, ont également approuvé le renforcement du CERF. Sichan Siv, représentant adjoint des Etats-Unis auprès des Nations Unies, a salué l'initiative en novembre, soulignant qu'une “source centralisée de fonds rapidement disponibles pourrait contribuer effectivement à répondre aux besoins urgents. Bien que les Etats-Unis n'aient pas encore contribué au Fonds, le porte-parole de la Mission américaine, Benjamin Chang, a expliqué à Afrique Renouveau que “cela tient simplement à notre processus budgétaire, et non à de quelconques réserves”.
Le Fonds devrait commencer à fonctionner au début de 2006.
Argent ou maïs?
Il existe d'autres propositions de réorganisation des opérations d'acheminement de l'aide d'urgence. Une étude réalisée en 2005 par l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) recommande en effet que les subventions se fassent en espèces plutôt qu'en produits de base (blé, maïs, huile alimentaire). Aux Etats-Unis, par exemple, principal fournisseur d'aide alimentaire, la législation exige que les produits de base proviennent de ce pays et soient transportés par des navires ou avions américains, pratique qualifiée “d'aide liée” (voir Afrique Renouveau, janvier 2004).
Selon l'OCDE, cette pratique rend ces articles jusqu'à 50 % plus chers que ceux achetés sur place, dissuade les agriculteurs locaux d'augmenter leur production, rallonge les délais d'acheminement et risque de détruire les économies rurales en inondant les pays bénéficiaires de produits alimentaires gratuits.
Cette question préoccupe même l'Organisation mondiale du commerce (OMC), où les pays européens en particulier ont qualifié l'aide alimentaire liée des Etats-Unis de subventions agricoles et commerciales déguisées.
La polémique de “l'aide en espèces contre l'aide en nature” a suscité l'attention de la presse internationale, plutôt favorable à l'octroi d'une aide alimentaire sans conditions.
En mai, James Morris a fait état des préoccupations du PAM dans ce domaine “Fournir une aide alimentaire à temps est une tâche compliquée, surtout dans les pays en développement, a-t-il expliqué. Les achats massifs effectués par les organismes de secours sur les marchés céréaliers locaux poussent très souvent les prix des produits alimentaires à la hausse, hors de la portée des pauvres, ce qui aggrave la famine. De plus, étant donné le piètre état des routes et des voies ferrées dans ces pays, les frais de transport et d'entreposage des céréales achetées localement sont parfois très coûteux”, contrairement aux économies considérables annoncées par les adversaires de l'aide liée.
“Malgré notre préférence pour les dons en espèces, force est de reconnaître que les dons en nature contribuent à maintenir un certain appui dans les pays donateurs, ce qui est absolument indispensable pour nos bénéficiaires”, a ajouté M. Morris. “Délier” l'aide alimentaire risquerait, de l'avis de nombreuses agences et ONG humanitaires, de déstabiliser ce qu'on appelle parfois “le triangle de fer” des puissants groupes d'intérêts nationaux – agriculteurs, compagnies de transport et organismes d'assistance, qui offrent une protection politique aux budgets de l'aide. Une aide “non liée” risquerait également de rendre le principe de l'aide d'urgence moins intéressant pour les agriculteurs et les affréteurs de navires du Nord, qui en profiteraient moins.
Certains organismes d'assistance estiment pour les mêmes raisons que l'aide alimentaire ne devrait pas être soumise aux règles de l'OMC. Dans une lettre adressée en septembre à Pascal Lamy, Directeur général de l'OMC, James Morris signale que l'interdiction des dons en nature “aurait pour conséquence de réduire le volume total de l'aide et d'en diminuer la souplesse… Lorsque l'un de nos principaux donateurs s'est converti au principe des dons en espèces, le volume total, en tonnes, de son aide alimentaire a chuté de plus de 50 %”, a-t-il mis en garde. De plus, une part croissante des dons alimentaires du PAM provient des pays en développement à revenu moyen, qui sont capables d'offrir des produits de base mais non des dons en espèces. Selon James Morris, la diversification des donateurs représente désormais un objectif primordial pour les acteurs de l'aide d'urgence. “Une politique de l'OMC véritablement en faveur des populations démunies devrait veiller à ne pas s'immiscer dans le financement et l'acheminement de l'aide alimentaire du PAM”, a-t-il ajouté.
De nombreuses ONG partagent cette position. Will Lynch, conseiller principal d'une importante association humanitaire américaine, Catholic Relief Services (CRS), a précisé à Afrique Renouveau que l'aide alimentaire mondiale ne représentait que 0,03 % du volume total des échanges commerciaux agricoles dans le monde; “pourtant, dit-il, la controverse porte sur les interventions d'urgence et le commerce. Ce n'est pas le propos.
L'Afrique affamée
Les associations humanitaires ont toutefois salué les efforts de développement et de réorganisation du CERF. Le Directeur des communications du PAM, Neil Gallagher, a confié en novembre à Afrique Renouveau qu' ”il serait merveilleux d'avoir ce type de fonds”. A son avis, la capacité à intervenir dès les premiers signes de danger permettrait d'épargner des vies, d'atténuer des souffrances et d'accélérer les efforts de reconstruction et de relance.
Toutefois, a-t-il indiqué, les programmes d'urgence les mieux financés et les mieux administrés ne sauraient jamais remplacer les initiatives de développement accéléré des secteurs agricole et économique. De meilleures conditions de vie et des récoltes plus abondantes rendent les couches pauvres de la population moins vulnérables aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours. L'apport de capitaux supplémentaires à la création d'une infrastructure agricole et rurale – projets d'irrigation, construction de routes, accès aux engrais et aux semences de meilleure qualité – pourrait alléger considérablement les effets des sécheresses et autres catastrophes naturelles.
Malheureusement, constate M. Gallagher, l'assistance des donateurs aux projets de développement agricole a diminué sensiblement, passant de 12 % du montant total de l'aide il y a une dizaine d'années à 4 % seulement en 2004. “On est ballottés d'une crise à l'autre et on espère que les équipes de télé en captureront les images, déplore-t-il. Pendant ce temps, le nombre de personnes qui souffrent constamment de la faim augmente, surtout en Afrique, tandis que le volume de l'aide alimentaire accordée par les donateurs baisse.”
D'après le PAM, la faim et la malnutrition chroniques ont été à l'origine de 92 % des 10 millions de décès liés à la famine dans le monde en 2004, 8 % étant dus aux crises humanitaires. Malgré l'engagement de la communauté internationale de réduire de moitié la faim dans le monde d'ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de malnutrition a augmenté considérablement ces 10 dernières années, passant de 790 millions au début des années 1990 à environ 852 millions en 2005, dont plus de 300 millions en Afrique. Malgré les besoins croissants dans ce domaine, la quantité de dons alimentaires a chuté, passant de plus de 15 millions de tonnes en 1999 à seulement 7,5 millions en 2004.
Les défenseurs de l'aide alimentaire dénoncent par ailleurs certaines décisions des donateurs qui ont eu pour conséquence, à leur avis, de nuire aux programmes nationaux d'assistance d'urgence. C'est ainsi qu'au Malawi, de nombreuses associations humanitaires, des représentants de donateurs et certains responsables locaux estiment que les pressions exercées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont forcé les dirigeants du pays à mettre en vente la plus grande partie des réserves céréalières stratégiques du Malawi. Sur ce est arrivée la famine de 2001-2002 qui a fait des milliers de victimes.
Le FMI rejette formellement cette accusation. Pourtant, une étude réalisée en 2005 par l'Agency for International Development des Etats-Unis confirme qu'une fois que les réserves céréalières du Malawi avaient atteint 180 000 tonnes, “le FMI a estimé que, pour différentes raisons, le maintien des réserves à ce niveau n'avait plus de sens … le FMI a donc recommandé … un niveau de réserves bien plus faible”.
Lorsque la famine a frappé, il a été constaté que l'intégralité des réserves avait été vendue discrètement, ce qui a déclenché une enquête officielle et contraint les autorités et les organismes d'assistance à consacrer de l'argent et du temps à l'importation d'urgence de vivres.
Réparer les filets de sécurité
De l'avis de M. Gallagher, les programmes d'alimentation suivis et durables, comme la distribution de repas à midi dans les écoles et les projets de nutrition des mères et des nourrissons, constituent une solution à la faim bien moins onéreuse et plus efficace que les opérations de secours d'urgence. Les enfants notamment souffrent de séquelles durables de la malnutrition, qui peuvent être évitées seulement grâce à un apport nutritionnel fiable, durable et ciblé.
Il y a 20 ans, a-t-il rappelé, 80 % des envois alimentaires du PAM étaient destinés aux programmes continus, appelés aussi “filets de sécurité sociale”, et 20 % aux situations de crise. En 2004, en revanche, 557 500 seulement des quelque 5,1 millions de tonnes de vivres acheminées par le PAM sont destinées aux “filets de sécurité”.
“Les donateurs ne trouvent pas [ce type de programme] exaltant, explique M. Gallagher. Ce n'est pas assez grisant, ce n'est pas comme se trouver au milieu d'une situation de crise aiguë. Ils disent que l'aide alimentaire distribuée à ce type de programme n'est pas une solution à long terme. C'est pourtant une solution à long terme pour l'enfant qui consomme au moins un repas valable par jour. Si vous ne nourrissez pas les gamins dès leur plus jeune âge et les femmes lorsqu'elles sont enceintes, vous créez des êtres humains incapables d'autonomie par la suite, du point de vue physique et psychologique.” L'idée que l'aide alimentaire n'est destinée qu'aux situations d'urgence “mène à plus de famine. Cela n'a pas de sens… Nous n'arriverons pas à éliminer la faim tant que les donateurs n'admettront pas que “tout le monde a droit à une nutrition élémentaire que nous allons assurer”, affirme M. Gallagher.
M. Lynch du CRS note pour sa part que le refus des donateurs de soutenir les projets nutritionnels de longue durée signifie que les associations caritatives ne sont plus en mesure d'administrer les programmes alimentaires destinés à 800 000 personnes, dont des orphelins du sida, des mères enceintes, des écoliers et des habitants pauvres des zones rurales de l'Angola, du Bénin, du Kenya, du Niger et du Rwanda. Il y a peu de chances que les autorités de ces pays puissent prendre le relais de ces programmes, et aucune autre source de financement n'a été trouvée à ce jour.
“C'est un aspect du problème, conclut M. Lynch. Les bénéficiaires de ces programmes appartiennent aux couches les plus démunies de la planète. Ils n'existent pour personne.” Afrique Renouveau, Vol. 19 #4 (Janvier 2006), page 6
La famine touche 12,4 millions de personnes dans la corne de l'Afrique (la Somalie, l'Ethiopie, le Kenya et Djibouti). Le chiffre est passé de 9 à presque 13 millions en quelques semaines. Près de la moitié de la population somalienne est en danger actuellement, dont un million d'enfants. Ce drame passe au second plan dans la presse et les médias en cette période de crise financière frappant à nouveau l'Europe et les Etats-Unis. Pourtant, c'est un drame humain à grande échelle, plus meurtrier encore que les les révoltes en Syrie ou en Libye. Et lorsqu'on en parle, c'est pour évoquer une cause : la sécheresse sans précédent depuis 60 ans, ou déverser des commentaires dégoulinant de compassion tout en réclamant des dons aux citoyens. Ces citoyens, culpabilisés d'avoir encore la chance de manger et se sentant responsables en partie de cette sécheresse, engendrée ou accentuée par un réchauffement climatique, causé par des émissions de gaz à effet de serre dues à nos excès de consommation énergétique...
D'autres causes que la sécheresse
Certes, la sécheresse est la cause primaire de la malnutrition, un élément déclencheur de cette catastrophe humanitaire. Cependant, d'autres causes expliquent pourquoi en Somalie plus qu'ailleurs, ce drame n'a pu être endigué : les guerres tribales locales et l'absence d'Etat, donc l'absence de protection des populations civiles et aussi des ONG sur place. D'où de grandes difficultés à acheminer l'aide alimentaire. Les rebelles Shebab contrôlent la quasi-totalité des zones déclarées en famine. 20 ans de guerre civile menée par les milices des Shebab, qui n'ont pas permis, durant plusieurs années, aux organisations humanitaires internationales de venir en aide à la population victime du désastre. L'organisation Al Chabaab, qui entretient des liens avec le réseau Al-Qaida, a interdit l'année dernière l'acheminement de l'aide alimentaire dans les régions sous son contrôle. Heureusement les ONG islamistes ont leurs entrées, et la seule façon de faire acheminer l'aide, est de passer par ces organisations en masquant l'origine des produits.
Comme l'explique Sylvie Brunel, géographe et ancienne présidente d'Action contre la Faim, dans Le JDD, d'autres pays que la Somalie, touchés également par la sécheresse, arrivent à endiguer la famine. La crise alimentaire n'est pas généralisée à toute la zone. Elle ne touche que certaines populations et certaines régions. La faim en Somalie résulte de la désorganisation totale du pays, elle ne touche pas les régions qui ont retrouvé un Etat. Le problème, c'est que les politiques de prévention des crises alimentaires, qui fonctionnent par exemple à l'ouest du Sahel (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, et même Niger) sont mises en échec dans les régions somalies de la corne de l'Afrique faute d'infrastructures, d'investissement agricole et, il faut bien le dire, d'un manque de considération à l'égard de ces peuples, qui ne comptent pas politiquement dans les pays où ils se trouvent.
Un drame qui aurait pu être évité en anticipant la situation, en réagissant aux alertes répétées de la FAO et de l'Oxfam depuis 2010 Jean-Cyril Dagorn, expert de la question au sein d'Oxfam France, pense que cette situation aurait pu être évitée : "Les zones les plus touchées sont des zones marginalisées qui ont souffert de sous-développement économique et de négligence de la part de la communauté internationale en terme d'investissement dans l'agriculture. On aurait pu prévenir la crise beaucoup plus tôt en travaillant notamment sur l'état sanitaire du bétail et en s'assurant que les groupes les plus vulnérables étaient identifiés pour les prendre en charge beaucoup plus tôt. La famine aurait pu être évitée", reprend RFI.
Une politique de prévention durable est indispensable
Dans ces régions pauvres touchées par la famine, il est nécessaire de prévoir des stocks alimentaires déjà répartis sur le territoire, des possibilités d'acheminement, une sécurisation du territoire pour protéger les populations civiles, empêcher les vols des stocks alimentaires, permettre l'accès des ONG. Comme le dit Sylvie Brunel, "les famines ne se produisent plus aujourd'hui dans les traditionnels pays de la faim, qui ont mis en place des politiques de gestion des stocks alimentaires, d'achats préventifs et de distribution de nourriture aux plus vulnérables, avec l'aide des ONG et des Nations unies. On sait parfaitement désormais enrayer une crise alimentaire naissante, à condition d'intervenir à temps. Mais pour cela, il faut non seulement le pouvoir, mais surtout le vouloir." Pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise à l'avenir, il faudrait penser à des solutions à long terme : augmenter la production, mieux gérer les stocks agricoles, faire des réserves alimentaires d'urgences, augmenter la part de l'aide publique au développement destinée à l'agriculture. Celle-ci a baissé de manière générale dans le monde : de 75 % en 30 ans, alors que 80 % des populations de la corne de l'Afrique dépendent de ce secteur. En Somalie, moins de 1 % de l'aide est consacrée à l'agriculture, un peu moins de 7 % en Ethiopie ou au Kenya, ce qui conduit à des situations invraisemblables.
Que dire aussi du taux de natalité extrêmement élevé (7 enfants par femme) alors que les parents n'ont pas les moyens de nourrir leurs enfants ? Peut-être faudrait-il également prévoir une prévention de la natalité ?
Les conséquences et l'extension aux zones voisines
Comme l'avertit RFI : "Les immenses camps de réfugiés de l'est du Kenya, et d'Ethiopie, déjà surpeuplés, ont vu l'arrivée massive de réfugiés somaliens. L'enjeu des prochaines semaines, ce sont ces déplacements de populations." La question des réfugiés est également primordiale pour l'aide humanitaire. Selon Luca Alinovi, responsable de la Somalie à la FAO, l'organisme des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, "prendre en charge des réfugiés coûte 10 à 15 fois plus cher que venir en aide à des déplacés. En outre, la famine crée de plus en plus de tensions à l'intérieur des camps. Les attaques de convois d'aide alimentaire se multiplient."
Un financement insuffisant
L'ONU demande 1,1 milliard d'euros pour la seule Somalie. Sur les 161 millions de dollars sollicités par la FAO pour la corne de l'Afrique, seuls 57 millions ont été reçus ou promis. "Le déficit actuel de financement de la FAO s'établit à quelque 103 millions de dollars pour apporter un soutien immédiat aux populations victimes de la crise", selon un rapport publié par la FAO. Sur les fonds requis, 70 millions de dollars sont destinés à la Somalie. Au total, l'aide humanitaire mondiale avoisine le milliard d'euros. Une somme très insuffisante. Le double est nécessaire avant la fin de l'année pour pouvoir enrayer le fléau. Une goutte d'eau pourtant à côté des milliards consacrés à la crise financière...
Sources : Le JDD, RFI, Le JDD
LE RETOUR DES COUPS D'ETAT
AFRIQUE DE L'OUEST « »
Comment expliquer ce phénomène des coups d'Etat ?
Les récents coups d'Etat au Mali et en Guinée-Bissau font craindre que le continent ne bascule, à nouveau, dans la violence. Or, des recherches montrent que les conflits en Afrique, de plus en plus, de basse intensité´, sont souvent, liés à la terre et à l'eau. L'Afrique de l'Ouest, notamment, sa partie sahélienne, serait-elle en train de basculer dans un nouveau cycle de violences ? Alors que l'on pensait révolu le temps des putschs et coups d'Etat à répétition, avec les avancées démocratiques de ces dernières années, voilà que deux brasiers s'allument, coup sur coup, au Mali et en Guinée-Bissau. La journaliste ghanéenne, Elizabeth Ohene, qui a occupé des fonctions ministérielles dans l'Administration de John Kuffor, se demande, non sans humour, si cette propension à recourir aux putschs, « sous nos latitudes » ne serait pas concomitante avec l'existence de zones paludéennes. « Un sentiment de rage impuissante m'a saisie, quand la nouvelle a été´ diffusée sur les ondes. Je fulminais car, une fois de plus, ma région était montrée du doigt, sans parler des conséquences, sur le plan humanitaire, économique et financier, pour les populations », confesse-t-elle dans un éditorial publié au lendemain du coup d'Etat en Guinéée-Bissau, peu après celui du Mali, le 22 mars dernier. Une trop grande tolérance Longtemps considérés comme des maladies infantiles des nouveaux Etats africains, après les indépendances, les coups d'Etat, aujourd'hui, ne sont plus du tout « in » et encore moins, tolérés. La condamnation de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), de l'Union Africaine (UA), puis des Nations unies et d'ailleurs, venue très vite, avec des menaces d'intervention armée, explicites, si le pouvoir n'était pas rendu aux civils dans les meilleurs délais. La preuve que « les choses ont changé et que les coups d'Etat ne sont plus acceptés », se réjouit Elisabeth Ohene. Il n'en a pas toujours été ainsi. En 1975, date de création de la Cedeao, la majorité des 15 Etats membres étaient dirigés par des militaires. Les auteurs de coups d'Etats, la plupart, militaires, eux aussi, étaient accueillis à bras ouverts, lors des réunions. Ce n'est qu'en 1980 que le président du Nigéria de l'époque, Shehu Shagari, a créé un précédent, en refusant que le nouveau maître du Liberia, le sergent-chef Samuel Doe, participe à une réunion de l'organisation sous-régionale, à Lomé. Ce dernier venait d'assassiner, avec une barberie sans nom, le président libérien William Tolbert. Peu après, la délégation de Samuel Doe fut également interdite, à Lagos, lors d'un sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), devenue aujourd'hui, l'Union africaine (UA). Ces sanctions politiques n'ont jamais vraiment dissuadé les putschistes de réaliser leurs sales besognes, souvent, avec l'aide et l'influence de puissances étrangères. Pas moins de 70 coups d'Etat ont, ainsi, été perpétrés sur le continent depuis les années 1960. Mais, en juillet 1999, l'OUA, décidant que cela suffisait, avait proscrit, par décret, les coups d'Etat. On peut, toutefois, se poser la question de savoir si cette résurgence des coups d'Etat est propre à l'Afrique ? Et qu'est-ce qui a pu changer, en 20 ans, sur le continent, pour rendre, ainsi, infréquentables les putschistes ? Des souverainetés chancelantes
Pour la plupart des analystes, l'Afrique a subi, de plein fouet, les déstabilisations politiques et sociales dues à la mondialisation. Ainsi, la puissance publique, est-elle devenue « une fiction dont on chercherait à tirer profit » et le coup d'Etat, « un mode naturel de conquête du pouvoir », selon le chercheur Pierre Franklin Tavares, pour qui, aujourd'hui, « les crises actuelles apparaissent d'une toute autre nature ». Aux luttes idéologiques de la guerre froide a succédé une « double déstabilisation » due, selon lui, à une insertion à marche forcée dans la mondialisation économique et à une démocratisation improvisée d'Etats sans moyens. « Ces deux phénomènes ont abouti à délégitimer les constructions nationales naissantes et à rendre purement fictive la souveraineté de ces pays », explique-t-il. Et, comme par une « ironie tragique », plusieurs phénomènes se sont conjugués pour déstabiliser encore davantage ces Etats. Y figurent, en bonne place, l'affrontement Est-Ouest, « qui structurait la géopolitique africaine, en finançant les insurrections », affirme Pierre Franklin Tavares, l'improvisation, par les bailleurs de fonds, d'une injonction démocratique mal maîtrisée (telle que relayée par le discours de François Mitterrand, à La Baule, en 1990), le nouveau cadre macroéconomique ultralibéral, les interventions sauvages des multinationales occidentales et de puissantes banques orientales, l'explosion de la dette et, enfin, les visées de certains Etats africains, comme l'activisme « panafricaniste » de la Libye et ses expéditions au Tchad. Une récession démocratique Les auteurs du rapport 2011 d'Africa Progress Panel, qui regroupe des analystes du continent proches de l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, notent, pour leur part, qu'avec, au moins, neuf pays africains victimes de conflits importants sur leur territoire et un nombre croissant de missions de maintien de la paix (cinq de l'ONU, trois régionales et une conjointe), « l'Afrique continue d'être la région la moins pacifique du monde. Les conflits, apparemment insolubles, continuent de sévir dans la région des Grands Lac, au Darfour et en Somalie, tandis que les récessions démocratiques, y compris, la crise électorale prolongée en Côte d'Ivoire, l'évolution démographique, l'augmentation du prix des denrées alimentaires et du pétrole, les inégalités croissantes ont attisé les tensions à travers tous le continent ». Dans cette analyse, les problèmes de sécurité sont, essentiellement, liés à la faiblesse et à l'inefficacité de la gouvernance, y compris, l'absence d'institutions publiques compétentes. « C'est ainsi que se propagent, dans toute la bande sahélo-sahélienne, le terrorisme et le crime organisé, y compris, le trafic de drogue et le commerce illicite que prolifèrent des armes de poing et des armes légères dans toutes les zones de basse intensité (Casamance au Sénégal, rébellions touarègues au Mali, Boko Haram, au Nigéria, etc.) et que la piraterie est omniprésente dans la Corne de l'Afrique », relèvent-ils. Le « militantisme transnational résiduel » et les « formes insaisissables de violences transfrontalières », tels que pratiqués par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA, Lord's Resistance Army), à partir de l'Ouganda ou, encore, Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), dans les quatre pays dits du champ (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger), sont « directement attribuables », pour les auteurs du rapport, à « l'existence de poches de non-droit et à la grande fragilité de nombreux Etats, à travers toute l'Afrique ». Lesquels sont encore exacerbés, toujours selon eux, par des « chocs externes », comme le changement climatique, la dynamique économique globale et l'augmentation de la volatilité du prix des denrées alimentaires. « Autant de facteurs qui augmentent la probabilité d'une déstabilisation des migrations de population à grande échelle ou de conflits à propos de ressources naturelles rares, comme l'eau et la terre arables », précise le rapport. De plus en plus de conflits de basse intensité Chiffres à l'appui, Scott Strauss, professeur de sciences politiques, et de relations internationales à l'université du Wisconsin, qui travaille, empiriquement, sur les coups d'Etats, à partir de données chiffrées, démontre que, contrairement à toutes les attentes, les conflits à grande échelle ou les guerres civiles provoquant de nombreuses victimes tendent à disparaître du continent. « Ce qui laisse place à de plus en plus de violences politiques liées, notamment, à la tenue d'élections et des conflits de basse intensité », écrit-il. Travaillés par une demande démocratique pressante, certains pays africains seraient, ainsi, plus exposés, à l'avenir, aux coups d'Etat. Au Niger, par exemple, le putsch contre le président Tandja était destiné à rétablir l'ordre constitutionnel, afin d'empêcher qu'un Président élu, trop avide de pouvoir, ne reste en place, à vie. La liste des pays africains où de telles situations prévalent, est longue et, donc, les chances de voir éclater de nouveaux coups d'Etat, nombreuses. Pourtant, la manière dont la crise politique sera résolue peut éviter un coup de force. Pendant dix ans, la Côte d'Ivoire a vécu avec la rébellion d'une partie de ses troupes. Jusqu'au coup d'Etat de Robert Gueï, à la veille de 40 ans après l'indépendance -les Ivoiriens n'avaient jamais expérimenté un putsch-. Le président Houphouët Boigny, qui se méfiait des militaires, avait veillé au grain. « Il nous a fallu un certain temps mais, en Afrique, nous avons appris, à nos dépens, que les hommes en uniforme sont certainement plus dangereux et tout aussi corrompus que leurs compatriotes civils », ironise un banquier installé à Abidjan.
Depuis la fin de la guerre froide, le curseur géopolitique s'est déplacé vers des puissances régionales, tout aussi promptes à financer des rébellions et des coups d'Etat en fonction de leurs intérêts. Toutefois, le poids, de plus en plus, important de la Chine en Afrique semble faire contrepoids, sans parler du rôle dissuasif que joue la Cour pénale internationale (CPI), sur les putschistes en herbe. En 2011, par exemple, aucun coup d'Etat n'a été signalé sur le continent. Ce qui est loin d'être le cas, en Asie. Plusieurs avancées positives ont même été observées, parmi lesquelles, le référendum pacifique dans le sud-Soudan, des avancées en direction de la démocratie en Tunisie et en Egypte ou des progrès importants réalisés en Guinée-Conakry et au Niger, en faveur de l'ordre constitutionnel et de la paix consolidée. Autant d'éléments permettant d'affirmer que le retour d'âge des coups d'Etat en Afrique relève davantage, aujourd'hui, de la gestion pacifique des conflits et de la capacité du continent à penser collectivement sa sécurité.
Pourquoi certains pays d'Afrique de l'Ouest échappent-ils aux coups d'Etat, tandis que d'autres les subissent régulièrement ? A partir de quelle durée peut-on ériger un pays en modèle ? Sur les 15 pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), ils sont deux à n'avoir jamais connu de putsch militaire, depuis les indépendances : le Sénégal, depuis 1960 et le Cap-Vert, depuis 1975. Voilà pour les modèles. Constituer la deuxième catégorie, celle des assez bons élèves, est déjà plus compliqué : il faut, non seulement, compter le nombre d'année sans coup d'Etat, mais aussi, exclure les pays qui ont basculé dans les guerres civiles, ainsi que ceux qui ont conservé, à leur tête, des putschistes reconvertis, pour ne retenir que ceux dont les longues années sans coup d'Etat ont été celles d'un apprentissage démocratique convaincant. Seuls deux pays sortent du lot : le Bénin, 40 ans sans coup d'Etat et plusieurs alternances politiques, et le Ghana, 31 ans sans putsch et une trajectoire démocratique jusque-là sans faute. Le Mali, après 21 ans sans aventure militaire, aurait pu prétendre en faire partie, avant le coup d'arrêt brutal de mars. Une piqûre de rappel pour tous les autres, y compris, ceux qui pourraient penser que le seuil d'irréversibilité de leurs expériences démocratiques et civiles a été franchi. Alors pourquoi le Sénégal a-t-il échappé aux coups d'Etat. A cause des conditions politiques initiales de son accession à l'indépendance ? De la qualité de ses premiers hommes d'Etat ? Du niveau de formation moyen des officiers et des sous-officiers, plus élevé, au moment des indépendances, que dans d'autres pays de la région ? De la gestion concrète de l'armée -critères de recrutement, représentativité nationale, transparence dans les décisions de promotions, équité dans les niveaux de solde et d'avantages accordés aux différents corps et grades ? Il n'y a pas de réponse simple et unique. Mais, la combinaison des conditions initiales et du franchissement heureux de quelques moments-clés de l'histoire politique du pays fournit l'explication la plus complète. Le Sénégal aurait-il réussi à échapper à l'aventure putschiste si le premier président, Léopold Sédar Senghor, n'avait pas cédé volontairement le pouvoir à Abdou Diouf, en 1981, si ce dernier avait opté pour une tentative de passage en force, au lendemain de sa défaite électorale en 2000, et si Abdoulaye Wade ne s'était pas lui aussi soumis au verdict des urnes, en mars dernier? Pas sûr. Ne pas fournir de prétexte à la prise du pouvoir par les militaires est d'abord la responsabilité des dirigeants politiques. Le cas des grands malades, devenus des modèles ou presque, est très intéressant : le Bénin, entre 1963 et 1972, et le Ghana, entre 1966 et 1981, ont battu tous les records, en matière de coups d'Etat à répétition dans les espaces respectifs francophone et anglophone d'Afrique de l'Ouest. En 1972, le coup d'Etat du commandant Mathieu Kérékou inaugure une longue période de stabilité sous dictature militaro-marxiste, jusqu'à la conférence nationale de février 1990 et au « renouveau démocratique » qui s'en est suivi. En 1981, le deuxième coup d'Etat du capitaine Jerry Rawlings, après celui de 1979, est suivi d'une décennie de pouvoir militaire dur, puis d'un retour au multipartisme en 1992. Le Ghana et le Bénin connaissent, depuis 20 ans, des alternances politiques remarquables, à la faveur d'élections réellement compétitives, qui font oublier à beaucoup leur passé agité. Ces deux cas montrent qu'il n'y a aucune fatalité dans l'évolution politique des Etats ouest-africains, jeunes et en construction.
Dossier rassemblé par Safiétou DIOP
REWMI QUOTIDIEN
DOSSIER HUMANITAIRE Les conflits des années 2000
Les conflits des années 2000 ont marqué la fin de la neutralité des ONG, qui, prisonnières des rapports de forces, sont de plus en plus prises pour cible par les belligérants. Par Pierre Micheletti.
Article paru dans Politis n° 1244
Sommaire En marge et dans les prolongements de l'opération militaire en cours au Mali, se pose et se posera la question de la capacité de déploiement des ONG internationales. Elles vont devoir décider de l'opportunité d'un soutien à une population locale déjà confrontée, en sus de la violence de ces derniers mois, à une grande pauvreté, ainsi qu'à des conditions sanitaires préoccupantes. Une fois que la logique militaire de reconquête, d'allure conventionnelle, sera allée à son terme, au moins sur le papier, elle devrait conduire à la restauration de l'intégrité territoriale du pays. Émergera alors une phase plus durable, et plus délicate, consistant à maintenir le contrôle et la sécurité des vastes territoires qui composent le Nord Mali. En toute logique, c'est à ce moment-là que les acteurs de la solidarité internationale devraient être amenés à se redéployer. Cependant, l'argumentation du radicalisme religieux utilisée pour justifier l'intervention militaire française s'inscrit dans une certaine continuité. En rapport avec celle utilisée sur d'autres terrains de crises complexes, tels que l'Afghanistan, elle renforce une fois de plus la nouvelle polarité mondiale qui reprend les thèses développées par Samuel Huntington sur le « choc des civilisations ». Si les besoins humanitaires sont au Sud, les acteurs humanitaires, comme les principales sources de financement, sont au Nord et, dans une très large proportion, portés par des ONG issues des pays occidentaux. Les volontaires de la solidarité internationale se retrouvent ainsi eux-mêmes pris dans les mailles de ce que Georges Corm préfère appeler le « recours » au religieux, plutôt qu'un « retour » supposé du religieux [1].
Dans bon nombre de cas, les ONG sont amenées à se déployer sur des terrains de conflits asymétriques, qui mêlent intimement comme substrats de la violence la pauvreté, la corruption politique, l'exacerbation des différences tribales, les trafics mafieux, le pillage des richesses naturelles et l'usage exacerbé des différences religieuses. Force est cependant de constater combien l'analyse se réduit souvent, dans les capitales occidentales, à un simplisme conduisant à essentialiser le fait religieux dans l'interprétation des causes de la violence. L'incapacité des ONG internationales occidentales à échapper à cette rhétorique les conduit vers une paralysie croissante dans leur capacité à être des acteurs universels de la solidarité internationale. Le prix à payer en termes d'insécurité atteint son seuil critique, traduisant qu'elles sont engluées, piégées par la rhétorique huntingtonienne. À l'heure actuelle, le système de repérages et d'enregistrements des actes de violence à l'égard des humanitaires est encore balbutiant, bien qu'il ait conduit à préconiser la mise en place d'un outil intégré, dit AWSD (Aid Workers Security Database). Mais certains travaux, tels ceux réalisés par le chercheur Abby Stoddard [2], montrent d'ores et déjà que, sur les terrains de crises récentes majeures comme l'Irak, le Sri Lanka, le Tchad, l'Afghanistan, la Somalie et le Darfour, la part des actes de violence délibérée à l'égard des travailleurs humanitaires, sur le total des décès enregistrés sur le terrain, est allée crescendo, et que, parmi les mobiles identifiés pour ces actes de violence, le principal est celui de l'objectif politique. Les ONG humanitaires françaises, dont la structuration, dans sa forme contemporaine, date de la guerre du Biafra (1968), ont émergé sur un positionnement politique hérité des thèses de Tocqueville, se revendiquant comme des outils de contre-pouvoir, y compris dans leurs capacités à infléchir la politique étrangère de la France. Même si une relecture de leur histoire montre, dès le « mythe fondateur » du Biafra, des ambiguïtés originelles. Ce modèle, qualifié par Édith Archambault [3] de « méditerranéen », a subi depuis le début des années 2000, et pour bon nombre d'ONG, des inflexions notables. En atteste le fait que le déploiement des organisations humanitaires françaises ne se fasse ou ne puisse se faire aujourd'hui, dans bon nombre de pays, que sur des zones contrôlées par des mouvements ayant la faveur des capitales occidentales. Les crises récentes de la Libye et de la Syrie constituent les dernières illustrations d'un repositionnement dont l'Afghanistan aura constitué un des terrains emblématiques, quant à la difficulté à pouvoir intervenir, dans des conditions acceptables de sécurité, sur des territoires contrôlés par les mouvements talibans. Cela a conduit, dans le cas de ce pays, à une véritable « inversion de paradigme » par rapport à l'époque soviétique, durant laquelle les organisations humanitaires étaient présentes essentiellement aux côtés de l'insurrection antisoviétique, ce qui, bien entendu, n'avait rien d'innocent [4]. La zone sahélienne en général et le Mali en particulier placeront les principales ONG humanitaires françaises en présence des mêmes risques sécuritaires pour leurs équipes, rendant très difficiles leur accès à des populations en situation de besoins importants et urgents, et, partant, la possibilité d'apporter leur aide.
Diluées dans le maelström des organisations internationales, les ONG françaises ont ainsi de plus en plus de mal à convaincre les belligérants (ceux qui peuvent l'être) de leur neutralité, de leur impartialité et de leur indépendance politique et financière. Si cette évolution a été opérée de manière consciente par certaines d'entre elles, d'autres sont l'objet d'une confusion des images qu'elles déplorent. Les organisations humanitaires qui ont essayé de garder une réelle forme d'équidistance par rapport aux différents belligérants côtoient en effet nombre d'ONG, françaises ou étrangères, qui s'affichent sans complexes comme des outils de politique étrangère de leur pays d'origine, selon le modèle « scandinave » de la typologie d'Archambault. Les événements du Mali constituent la dernière illustration en date de la nécessité pour les ONG françaises de se démarquer des tendances du modèle scandinave qui s'impose. Il devient également urgent de réfléchir à une ouverture réelle vers des ONG sœurs, issues des pays non occidentaux, afin de faire évoluer les pratiques opérationnelles en même temps que pour aider le mouvement humanitaire français à trouver des solutions et des alliances nouvelles. Elles seules le mettront en situation de contourner la paralysie et les dangers auxquels l'expose la rhétorique du choc des civilisations, dans laquelle il est lui-même progressivement conduit à l'immobilisme.
Nota Bene : Pierre Micheletti est professeur associé à l'IEP de Grenoble et ancien président de Médecins du monde, auteur de l'ouvrage Afghanistan : gagner les cœurs et les esprits (dir.), PUG/RFI, 2011.
[1] Voir Georges Corm, Pour une lecture profane des conflits, La Découverte, Paris, 2012.
[2] Stoddard Abby, Providing aid in insecure environments, 2009 update, Humanitarian Policy Group, Policy brief 34, ODI/HPG, Londres, avril 2009.
[3] « Le secteur associatif en France. Perspective internationale », Édith Archambault, in F. Bloch-Lainé, Faire société : la raison d'être des associations d'action sociale, Syros, p. ll-31.
[4] Voir « L'Afghanistan, nouveau paradigme humanitaire », Pierre Micheletti, 14 août 2010, le Monde.fr